mardi 29 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2024389 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SOULIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 septembre 2020 et 22 septembre 2021, Mme B A, représentée par Me Touboul, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 mars 2020 par laquelle la directrice des soins de l'institut de formation aux métiers de la santé (IFSI) d'Albi a prononcé son exclusion définitive de cet établissement ;
2°) d'enjoindre à l'institut de formation aux métiers de la santé d'Albi qu'elle soit réintégrée afin de terminer son cursus scolaire, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à venir ;
3°) de mettre à la charge de l'IFSI le versement d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été informée des sanctions encourues, que le rapport motivé du directeur n'a pas été transmis au moins sept jours avant la réunion ce qui révèle un défaut d'examen réel et sérieux de son dossier, le délai de quinze jours prévu entre la notification de la convocation et la réunion n'a pas été respecté ;
- la décision est insuffisamment motivée en droit ;
- la décision a été prise le jour même de la réunion de la section compétente, révélant ainsi un défaut d'examen réel et sérieux de son dossier ;
- les faits reprochés sont insuffisamment établis et matériellement inexacts ;
- la décision est entachée d'un détournement de procédure et d'une erreur de droit dès lors que l'article 28 de l'arrêté du 21 avril 2007 relatif à la procédure disciplinaire ne prévoit pas la possibilité de prononcer l'exclusion définitive de l'étudiant ;
- la directrice a commis une erreur d'appréciation ;
- la mesure d'exclusion définitive est disproportionnée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 juin et le 22 septembre 2021, l'institut de formation aux métiers de la santé d'Albi, représenté par Me Tchizimbila Viodho, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme A à lui verser la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 18 décembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- l'arrêté du 21 avril 2007 modifié par l'arrêté du 17 avril 2018 relatif aux conditions de fonctionnement des instituts de formation paramédicaux ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- l'ordonnance de la section du contentieux du Conseil d'Etat du 4 avril 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Charvin, président-rapporteur,
- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,
- et les observations de Me Jacquinet, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 3 mars 2020, la directrice des soins de l'institut de formation aux métiers de la santé (IFSI) d'Albi a prononcé à l'égard de Mme A, étudiante en troisième année, l'exclusion définitive de l'institut de formation en raison d'actes incompatibles avec la sécurité des patients. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° qui retirent ou abrogent une décision créatrice de droit ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision par laquelle le directeur d'un IFSI exclut de la formation conduisant au diplôme d'Etat d'infirmier un étudiant ayant commis des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge n'est pas au nombre des décisions dont l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ou un texte particulier impose la motivation. Il en résulte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune disposition de l'arrêté du 21 avril 2007, modifié par l'arrêté du 17 avril 2018, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée, que le rapport sur l'étudiant ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge doive aborder les perspectives pédagogiques envisagées. En tout état de cause, les mesures possibles, dont l'exclusion définitive, sont mentionnées par l'arrêté du 21 avril 2007 modifié dont il ressort des pièces du dossier qu'il était joint à la convocation du 12 février 2020 envoyée par voies électronique et postale à Mme A. Le courrier lui indiquait également la possibilité de se faire assister ou représenter par une personne de son choix, qualifiait les faits reprochés d'actes incompatibles avec la sécurité des personnes et comprenait le rapport de synthèse de sa situation, le rapport circonstancié de la cadre de santé du centre hospitalier d'Albi du 31 janvier 2020 et le bilan d'acquisition de compétences. Par suite, Mme A ne peut utilement soutenir que les droits de la défense ont été méconnus ou que la décision est entachée d'un vice de procédure en tant qu'elle ne précisait pas qu'elle était exposée à une exclusion définitive.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 21 avril 2007 : " La section rend, sans préjudice des dispositions spécifiques prévues dans les arrêtés visés par le présent texte, des décisions sur les situations individuelles suivantes : 1. Etudiants ayant accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge () Le dossier de l'étudiant, accompagné d'un rapport motivé du directeur, est transmis au moins sept jours calendaires avant la réunion de cette section. / L'étudiant reçoit communication de son dossier dans les mêmes conditions que les membres de la section. La section entend l'étudiant, qui peut être assisté d'une personne de son choix. / L'étudiant peut présenter devant la section des observations écrites ou orales () ". Aux termes de l'article 16 du même arrêté : " Lorsque l'étudiant a accompli des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, le directeur de l'institut de formation, en accord avec le responsable du lieu de stage, et le cas échéant la direction des soins, peut décider de la suspension du stage de l'étudiant, dans l'attente de l'examen de sa situation par la section compétente pour le traitement pédagogique des situations individuelles des étudiants. Cette section doit se réunir, au maximum, dans un délai d'un mois à compter de la survenue des faits. Lorsque la section se réunit, en cas de suspension ou non, elle peut proposer une des possibilités suivantes : -soit alerter l'étudiant sur sa situation en lui fournissant des conseils pédagogiques pour y remédier ou proposer un complément de formation théorique et/ ou pratique selon des modalités fixées par la section ; - soit exclure l'étudiant de l'institut de façon temporaire, pour une durée maximale d'un an, ou de façon définitive ".
6. Il ressort des pièces du dossier que l'ensemble du dossier administratif et pédagogique de la requérante, dont le rapport motivé de la directrice de l'IFSI, était joint à la convocation adressée par courrier à Mme A le 10 février 2020 et par mail le 12 février 2020. Dans ces conditions, le délai minimal de sept jours avant la réunion pour la transmission du rapport motivé a bien été respecté. Par suite, le moyen sera écarté.
7. Il ressort des pièces du dossier que la directrice de l'institut a pu légalement décider, sur le fondement des dispositions de l'article 15 précité de l'arrêté du 21 avril 2007, de consulter la section pédagogique afin que celle-ci propose, en application de l'article 16 du même arrêté, la suite à donner aux actes incompatibles avec la sécurité des personnes soignées reprochés à la requérante. Par suite, et alors même qu'il est également reproché à cette dernière de manquer d'implication dans sa formation et plus particulièrement dans ses stages, le moyen tiré de ce que les griefs formulés à son encontre relevaient de la procédure disciplinaire prévue aux articles 21 et suivants de l'arrêté du 21 avril 2007, et non de ses articles 15 et 16, doit être écarté.
8. La décision attaquée prononce l'exclusion définitive de Mme A de l'IFSI d'Albi. Toutefois, eu égard à ses visas, aux motifs qu'elle expose et à la procédure suivie, cette décision ne saurait être regardée comme ayant pour objet de prononcer, à l'encontre de l'intéressée, une sanction disciplinaire en vertu de l'article 28 de l'arrêté du 21 avril 2007. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
9. Mme A fait valoir que les faits qui lui sont reprochés, tenant principalement à des actes incompatibles avec la sécurité des personnes prises en charge, ne sont pas établis et qu'en prenant la décision d'exclusion définitive à son encontre, la directrice de l'IFSI aurait commis une erreur d'appréciation. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'au cours des deux précédentes années de formation, il a été fait régulièrement part d'observations à Mme A quant à son implication variable, de difficultés, s'agissant notamment de sa capacité à tenir compte des observations des personnels chargés de l'encadrer, de la gestion de son anxiété alors même que l'acquisition des compétences requises, sans être totale, était satisfaisante et qu'elle a bénéficié également d'appréciations positives. Ces insuffisances se sont de nouveau manifestées lors du stage pratique de troisième année. Mme A, dont il est constant qu'elle n'a toutefois jamais fait l'objet officiellement même d'un avertissement, a été ainsi invitée à améliorer son comportement lors de précédents stages et n'a pas su tenir compte des observations formulées. Ainsi, et nonobstant la validation de ces deux premières années de formation, les faits commis par Mme A tels que " erreurs de calcul de dose, pose de contention sans prescription médicale " ou encore " non remise en question, ni prise de conscience de la gravité de la situation ", dont la matérialité est établie par les pièces versées au dossier, constituent des actes incompatibles avec la sécurité des patients au sens des dispositions précitées de l'article 16 de l'arrêté du 21 avril 2007. Eu égard à leur nature et à leur gravité, la décision attaquée portant exclusion définitive de Mme A de ladite formation, n'est pas entachée d'erreur d'appréciation et n'apparait pas disproportionnée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 mars 2020 prononçant son exclusion de l'IFSI d'Albi. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par l'IFSI d'Albi sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que l'IFSI, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, soit condamné à verser à la requérante la somme demandée à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'IFSI d'Albi au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'Institut de formation aux métiers de la santé d'Albi.
Délibéré à l'issue de l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Jérôme Charvin, président,
Mme Michelle Couégnat, première conseillère,
Mme Camille Doumergue, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.
Le président-rapporteur,
J. Charvin
La greffière,
L. SalsmannL'assesseure la plus ancienne,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 29 novembre 2022,
La greffière,
L. Salsmann
Ls
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026