mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2024631 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CAPSTAN SUD OUEST |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 4 avril 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président de la section du contentieux du Conseil d'État a transmis au tribunal la requête, enregistrée au tribunal administratif de Toulouse, et présentée par M. A, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative.
Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2020, M. B A, représenté par Me Robert, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 29 juillet 2020 par laquelle le ministre du travail a autorisé son licenciement pour faute ;
2°) d'enjoindre au ministre du travail de prononcer sa réintégration au sein de la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Fibre Excellence Saint Gaudens ;
3°) de condamner la SASU Fibre Excellence Saint-Gaudens à lui verser un rappel de salaires pour la période courant de la fin du préavis à la date du prononcé du jugement ;
4°) de condamner la SASU Fibre Excellence Saint-Gaudens à lui fournir les bulletins de salaire rectifiés ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 29 juillet 2020 est entachée d'une erreur de fait dès lors que, contrairement à ce qui est soutenu, l'identification de M. A procède des images de télésurveillance sur le chantier " Turbine ", procédé installé sans consultation préalable du comité économique et social de l'entreprise ;
- elle ne prend en compte ni le contexte d'urgence de l'intervention, ni l'absence de consignes claires du contremaître et est donc entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2021, la SASU Fibre Excellence Saint-Gaudens, représentée par Me Christau, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions à fin d'injonction tenant à la réintégration de M. A relèvent de la juridiction prudhommale et ont donc été portées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;
- au surplus, les moyens soulevés à l'appui des conclusions à fin d'annulation ne sont pas fondés.
Une mise en demeure a été adressée, le 7 janvier 2021, à la ministre du travail, qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions à fin de versement des rappels de salaire et de production des fiches de salaire rectifiées présentées contre la SASU Fibre Excellence Saint-Gaudens qui sont relatives à un litige opposant deux personnes privées et relèvent par là même de la compétence de la juridiction judiciaire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public ;
- et les observations de Me Mangholz, représentant la SASU Fibre Excellence Saint-Gaudens.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté, le 16 janvier 2016, par la SASU Fibre Excellence Saint-Gaudens en qualité d'agent de maintenance posté dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. A compter du 13 novembre 2018, il a été membre titulaire de la délégation du personnel au comité social et économique de l'entreprise. Le 25 septembre 2019, la SASU Fibre Excellence Saint-Gaudens a formulé une demande d'autorisation de licenciement pour faute grave, qui a été rejetée par une décision de l'inspecteur du travail en date du 25 novembre 2019 au motif d'une insuffisante gravité de la faute. La SASU Fibre Excellence Saint-Gaudens a formé un recours hiérarchique, reçu le 23 janvier 2020 par la ministre du travail. Une décision implicite de rejet de ce recours est née le 23 mai 2020. Par une décision du 29 juillet 2020, la ministre du travail a, d'une part, annulé la décision de l'inspecteur du travail et, d'autre part, autorisé le licenciement de M. A. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement d'un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l'appartenance syndicale de l'intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Si un doute subsiste, il doit profiter au salarié.
3. En vertu des dispositions de l'article R. 2422-1 du code du travail, le ministre chargé du travail peut annuler ou réformer la décision de l'inspecteur du travail sur le recours de l'employeur, du salarié ou du syndicat que ce salarié représente. Lorsqu'il est saisi d'un recours hiérarchique contre une décision d'un inspecteur du travail statuant sur une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, le ministre compétent doit, soit confirmer cette décision, soit, si celle-ci est illégale, l'annuler puis se prononcer de nouveau sur la demande d'autorisation de licenciement compte tenu des circonstances de droit et de fait à la date à laquelle il prend sa propre décision.
4. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Malgré une mise en demeure dont elle a accusé réception le 13 janvier 2021, la ministre du travail n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant. En outre, l'acquiescement aux faits est en lui-même sans conséquence sur la qualification juridique au regard des textes sur lesquels l'administration s'est fondée ou dont le requérant revendique l'application.
5. Pour solliciter, par lettre du 23 septembre 2019, l'autorisation de licencier M. A pour faute grave, la SASU Fibre Excellence Saint Gaudens a formulé le grief tiré de ce que M. A, sollicité, le 24 juillet 2019, pour une intervention électrique sur le chantier " Turbine " afin de réarmer le filtre Beaudrey, en panne depuis plus de deux heures, y est arrivé vers 18 heures en véhicule de fonction sans autorisation du bureau d'études, en fracturant l'attache des barrières métalliques, ainsi que le cadenas du portail d'accès et a laissé le chantier accessible sans en informer son supérieur.
6. Par décision du 25 novembre 2019, l'inspecteur du travail a considéré qu'en l'absence de consignes précises de sécurité pour accéder au filtre Beaudrey en véhicule et en raison d'une situation d'urgence, les faits reprochés ne présentaient pas un caractère suffisamment grave pour justifier un licenciement et a refusé de l'autoriser.
7. Pour annuler la décision de l'inspecteur du travail et autoriser le licenciement demandé, la ministre du travail a retenu une méconnaissance du principe du contradictoire au regard de l'absence de communication à l'employeur du témoignage du contremaître du chantier " Turbine ", supérieur de M. A, et a estimé que ces faits fautifs, reconnus par le salarié, étaient suffisamment graves pour justifier un licenciement en relevant que le salarié avait été destinataire d'une note du 7 juin 2019 indiquant que le chantier " Turbine " était clôturé et interdit d'accès sans autorisation du bureau d'études et qu'il n'avait pas, ce faisant, respecté les consignes de sécurité de son employeur. La ministre a également indiqué que la demande de licenciement ne présentait pas de lien avec le mandat du salarié.
8. Il est constant que M. A a reconnu au cours de la procédure avoir enfreint la règle d'interdiction de passer par le chantier " Turbine ", en empruntant avec son véhicule de fonction la voie d'accès principale, après avoir, au préalable fracturé une attache entre deux barrières métalliques, ainsi que le cadenas du portail d'accès à la Garonne pour accéder au local contenant le filtre Beaudrey. Si le non-respect de cette interdiction est fautif, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A, qui n'avait pas pris connaissance de la note de service du 7 juin 2019 adressée par mail le 12 juin suivant, indiquant que le chantier " Turbine " était clôturé et interdit d'accès sans autorisation préalable, a toutefois contacté son supérieur hiérarchique pour savoir s'il pouvait se rendre sur les lieux de son intervention avec son véhicule, et ne s'est pas vu préciser le mode d'accès. Selon le témoignage circonstancié de ce responsable, communiqué à l'employeur dans le cadre du recours hiérarchique, ni lui-même, ni aucun membre de l'équipe ne savait comment procéder, ni même si un accès véhicule était autorisé. En outre, au regard de la circonstance que l'ensemble des ateliers de l'usine était en arrêt total depuis plus d'une heure induisant des interventions du personnel de maintenance électrique en différents points de l'usine après 17 heures, soit en dehors des heures de service, situation non prévue par la note de service du 7 juin 2019, l'intervention de M. A revêtait un caractère d'urgence, ainsi que l'a retenu l'inspecteur du travail. Si le ministre a également retenu que M. A n'avait pas prévenu son supérieur hiérarchique des conditions de son passage au sein du chantier et du fait qu'il l'avait laissé en l'état, il n'est pas contesté, et cela n'a pas été relevé par l'autorité ministérielle, que M. A avait prévenu l'agent qui prenait sa relève de ce que le chantier " Turbine " était désormais ouvert. Dans ces conditions, au regard de l'urgence et de l'insuffisante connaissance de la procédure d'accès au chantier " Turbine " de l'ensemble des salariés de l'entreprise, le non-respect de l'interdiction d'accès et l'absence d'information de son supérieur hiérarchique quant aux conditions de l'intervention de M. A ne constituent pas des manquements revêtant un caractère de gravité suffisant pour autoriser le licenciement de l'intéressé, qui n'avait, au surplus, aucun antécédent disciplinaire.
9. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, M. A est fondé à soutenir, qu'en autorisant son licenciement, la ministre du travail a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'annulation de la décision ministérielle n'a pas pour effet de faire revivre la décision de l'inspecteur du travail, la ministre du travail étant saisie à nouveau du recours hiérarchique.
11. M. A demande au tribunal d'ordonner sa réintégration et de condamner la SASU Fibre Excellence Saint-Gaudens au versement de rappels de rémunération au cours de la période écoulée entre l'expiration de son préavis et le prononcé du jugement et à la production de fiches de salaires rectifiées. Toutefois, de telles conclusions sont relatives à un litige opposant deux personnes privées dont il n'appartient pas à la juridiction administrative de connaître. Par suite, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que le fait valoir à bon droit la SASU Fibre Excellence Saint-Gaudens, et les conclusions à fin de versement des rappels de salaire et de production des fiches de salaire rectifiées doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente, étant précisé que, pour ces deux dernières séries de conclusions, l'incompétence de la juridiction administrative, après information des parties, doit être relevée d'office.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 29 juillet 2020 par laquelle la ministre du travail a autorisé le licenciement pour faute grave de M. A est annulée.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions tendant à la réintégration de M. A et au versement des rappels de salaires sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la société par actions simplifiée unipersonnelle Fibre Excellence Saint-Gaudens et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Occitanie.
Délibéré à l'issue de l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Encontre, présidente,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère.
M. Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
La rapporteure,
D. C
La greffière,
C. Arce
La présidente,
S. Encontre
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Montpellier, le 22 novembre 2022,
La greffière,
C. Arce
No2024631 lr
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026