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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2025147

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2025147

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2025147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCASSIGNOL - GERVAIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une ordonnance du 4 avril 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président de la section du contentieux du Conseil d'État a transmis au tribunal les requêtes présentées par M. D.

I/ Par une requête enregistrée le 13 octobre 2020 sous le numéro 2025147 et un mémoire enregistré le 12 mars 2021, M. C D, représenté par la SCP Gervais Mattar Cassignol, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 23 août 2020 par laquelle le préfet de la région Occitanie a rejeté son recours formé le 12 mars 2020 à l'encontre de l'arrêté préfectoral du 19 février 2020 portant autorisation partielle d'exploiter la parcelle A643 sur la commune de Saint-Vincent-Lespinasse et rejet de sa demande portant sur la parcelle B 887 sur la commune de Goudourville ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région Occitanie de le rétablir dans ses droits d'exploiter les parcelles A 643 et B887 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime en ce que l'ordre de priorité défini par le schéma directeur régional des exploitations agricoles du 29 mars 2016 n'a pas été respecté, entre son offre et celle de l'Earl E ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2021, le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

II/ Par une requête enregistrée le 13 octobre 2020 sous le numéro 2025148 et des mémoires enregistrés les 18 janvier et 12 mars 2021, M. C D, représenté par la SCP Gervais Mattar Cassignol, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 23 août 2020 par laquelle le préfet de la région Occitanie a rejeté son recours formé le 12 mars 2020 à l'encontre de l'arrêté préfectoral du 19 février 2020 portant autorisation d'exploiter délivrée à l'Earl E pour les parcelles A 643 sur la commune de Saint-Vincent-Lespinasse et B 887 sur la commune de Goudourville ;

2°) de rejeter les demandes de l'Earl E d'autorisation d'exploiter les parcelles A643 et B887 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision :

- est entachée d'un vice de procédure en ce que l'Earl E n'était pas recevable à déposer une demande d'autorisation d'exploiter dès lors qu'elle n'a jamais exploité les parcelles, seul M. A E avait été bénéficiaire d'un bail ;

- est entachée d'un vice de procédure au regard de l'article L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime car l'ordre de priorité défini par le schéma directeur régional des exploitations agricoles du 29 mars 2016 n'a pas été respecté entre son offre et celle de l'Earl E ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime, dès lors notamment que l'EARL E n'a jamais été autorisée à exploiter les parcelles.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er janvier 2021, l'Earl E demande au tribunal de statuer en faveur du rejet de la requête de M. D.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2021, le préfet de la région Occitanie, préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n°2025147 et 2025148 par M. D présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées uniquement contre les décisions implicites de rejet des recours gracieux de M. D du 12 mars 2020 doivent également être regardées comme dirigées contre les arrêtés du 19 février 2020 du préfet de la Haute-Garonne en tant qu'il lui accorde partiellement une autorisation d'exploiter et en tant qu'il accorde une autorisation à l'Earl E.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 330-1 du code rural et de la pêche maritime : " L'Etat détermine le cadre réglementaire national de la politique d'installation et de transmission en agriculture, notamment la nature et les critères d'attribution des aides à l'installation. La mise en œuvre en est assurée à l'échelon régional sous l'autorité conjointe du préfet de région et du président du conseil régional ou, pour la Corse, sous l'autorité du président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Corse. Cette politique comprend un volet relatif à l'installation des jeunes ne disposant pas des diplômes requis, mais engagés dans le cadre d'une formation. Pour bénéficier du dispositif d'aide à l'installation, les candidats doivent justifier de leur capacité à réaliser un projet viable par la détention d'une capacité professionnelle. Les candidats élaborent un projet global d'installation couvrant les aspects économiques et environnementaux. ". Aux termes de l'article L. 331-1 de ce code : " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol au sein d'une exploitation agricole, quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. L'objectif principal du contrôle des structures est de favoriser l'installation d'agriculteurs, y compris ceux engagés dans une démarche d'installation progressive. () ". L'article L.331-2 du code rural et de la pêche maritime liste les différentes opérations soumises à autorisation préalable et en vertu de l'article R. 331-6 de ce même code le préfet de région dispose d'un délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier complet mentionnée dans l'accusé de réception pour statuer sur la demande d'autorisation.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; 2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place ; 3° Si l'opération conduit à un agrandissement ou à une concentration d'exploitations au bénéfice d'une même personne excessifs au regard des critères définis au 3° de l'article L. 331-1 et précisés par le schéma directeur régional des structures agricoles en application de l'article L. 312-1, sauf dans le cas où il n'y a pas d'autre candidat à la reprise de l'exploitation ou du bien considéré, ni de preneur en place ; 4° Dans le cas d'une mise à disposition de terres à une société, lorsque celle-ci entraîne une réduction du nombre d'emplois salariés ou non salariés, permanents ou saisonniers, sur les exploitations concernées ; (). II.- Si l'opération conduit à un agrandissement ou à une concentration au sens du 3° du I, l'autorité administrative peut, après avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture, suspendre l'instruction de la demande d'autorisation pour une durée de huit mois. Cette suspension fait l'objet de mesures de publicité et d'information des parties précisées par décret. Si, à l'expiration de ce délai de huit mois, un autre candidat à la reprise de l'exploitation ou du bien considéré ou un autre preneur en place a déposé une demande d'autorisation d'exploiter, l'autorité administrative peut refuser l'autorisation au bénéfice de l'opération envisagée. A défaut d'autre candidat ou preneur en place, le même 3° s'applique. ".

6. En premier lieu, les dispositions précitées à l'article L. 330-1 du code rural et de la pêche maritime concernant la politique d'installation et de transmission en agriculture n'imposent aucune forme juridique particulière quant aux candidats, lesquels doivent seulement justifier de leur capacité à réaliser un projet viable. Ainsi la circonstance que M. A E ait présenté sa candidature par l'intermédiaire de son exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL), et non en nom propre, est sans influence sur l'examen de sa demande d'autorisation d'exploiter. Par ailleurs, il ressort des termes mêmes des arrêtés attaqués que le préfet de la Haute-Garonne a examiné comparativement les candidatures de M. D et de l'Earl E en appliquant les critères définis par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. Par suite, le moyen tiré de ce que la demande de l'Earl E aurait été irrecevable et le moyen tiré du vice de procédure pour défaut d'instruction doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le statut juridique du candidat est sans influence sur l'appréciation à porter sur les projets concurrents, si bien que le préfet de la Haute-Garonne pouvait à bon droit, prendre en considération la situation de M. A E, dont il est constant qu'il était le fermier des époux D sur les deux parcelles en litige au moment des demandes d'autorisation. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la candidature de M. E a obtenu un ordre de priorité de niveau 2 sur la parcelle B887 afin d'éviter un morcellement de son exploitation, mais que les deux candidatures avec un ordre de priorité égal, de niveau 6, pour la parcelle A643, ont ainsi une autorisation d'exploitation pour une surface identique sur la parcelle A643. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait fait une inexacte application des dispositions précitées doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. D les sommes qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2025147 et n°2025148 présentées par M. D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à l'Earl E et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

N. B

Le président,

E. Souteyrand La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 13 octobre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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