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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2025320

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2025320

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2025320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantEYCHENNE CHRISTOPHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Montpellier le jugement de la requête de M. D et autres, enregistrée par le greffe du tribunal administratif de Toulouse le 22 octobre 2020 sous le n° 2005320. Cette requête a été enregistrée par le greffe du tribunal administratif de Montpellier sous le n° 2025320.

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 octobre 2020 et 23 septembre 2021, M. C D, M. G A, Mme H I, Mme K E, Mme J B, et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail central du centre hospitalier universitaire de Toulouse, représentés par Me Eychenne, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 mars 2020 par laquelle le directeur général du centre hospitalier de Toulouse a fixé la composition du comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail central de l'établissement et la décision rejetant implicitement leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse une somme de 150 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée méconnait l'article R. 4615-12 du code du travail s'agissant de la désignation du directeur des ressources humaines en qualité tant de représentant du chef d'établissement que de membre ayant voix consultative ; en effet un même membre ne peut avoir à la fois des fonctions délibératives et des fonctions consultatives ; le directeur du patrimoine immobilier n'entre pas dans le champ des dispositions du code du travail relatives aux membres ayant voix consultatives ;

- leur requête est recevable et n'est pas atteinte de forclusion ; ils détiennent un intérêt à agir contre cette décision que ce soit en la qualité de personne morale du comité ou en qualité de personnes physiques ;

- enfin, la décision attaquée a été abrogée postérieurement par la décision du 15 juillet 2020 prenant effet au 20 juillet suivant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2021, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatte conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge solidaire des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- l'ordonnance n° 2017-1386 du 22 septembre 2017 relative à la nouvelle organisation du dialogue social et économique dans l'entreprise et favorisant l'exercice et la valorisation des responsabilités syndicales ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision du 9 mars 2020 le directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse a fixé la composition du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail central de l'établissement de santé (ci-après CHSCT). Par la présente requête, M. D et autres demandent l'annulation de cette décision en tant qu'elle désigne le directeur des ressources humaines (ci-après DRH) et le directeur du patrimoine immobilier et des services techniques en qualité de membres avec voix consultatives.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'article L. 4111-1 du code du travail dispose que : " Sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 4111-4, les dispositions de la présente partie sont applicables aux employeurs de droit privé ainsi qu'aux travailleurs. Elles sont également applicables : (..) 3° Aux établissements de santé, sociaux et médico-sociaux mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ainsi qu'aux groupements de coopération sanitaire de droit public mentionnés au 1° de l'article L. 6133-3 du code de la santé publique. ". Les dispositions de l'article R. 4611-1 du code du travail disposent : " Les entreprises d'au moins cinquante salariés mettent en place un comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail dans leurs établissements d'au moins cinquante salariés et, lorsqu'elles sont constituées uniquement d'établissements de moins de cinquante salariés, dans au moins l'un d'entre eux. Tous les salariés de ces entreprises sont rattachés à un comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail. ". Si ces dispositions, et celles suivantes, dont celles dont se prévalent les requérants ont été abrogées par l'ordonnance du 22 septembre 2017 susvisée, il résulte de l'article 10 de cette ordonnance que : " Nonobstant les dispositions de l'article 1er du titre Ier de la présente ordonnance, les dispositions du titre Ier du livre VI de la quatrième partie du code du travail relatives au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail demeurent applicables, dans leur rédaction en vigueur à la date de la publication de la présente ordonnance, en tant qu'elles s'appliquent aux établissements publics de santé, sociaux et médico-sociaux et aux groupements de coopération sanitaire de droit public. ".

3. Aux termes de l'article R. 4615-12 du code du travail en vigueur à la date de la décision attaquée dans les établissements de santé : " Le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail est présidé par le chef d'établissement ou son représentant ou par l'administrateur du groupement de coopération sanitaire de moyens de droit public. Outre les médecins du travail, assistent aux réunions du comité à titre consultatif, lorsqu'ils existent : 1° Le responsable des services économiques ; 2° L'ingénieur ou, à défaut, le technicien chargé de l'entretien des installations ; 3° L'infirmier général ; 4° Un professeur des universités-praticien hospitalier chargé de l'enseignement de l'hygiène ". Les requérants contestent la désignation du DRH et directeur du patrimoine immobilier au sein du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail en qualité de membre permanent avec voix délibérative.

4. D'une part, les requérants soutiennent que le directeur général ne pouvait désigner le directeur des ressources humaine à la fois représentant de l'administration ayant voix délibérative et membre permanent avec voix consultative. Toutefois, la circonstance que le directeur des ressources humaines puisse suppléer et représenter le chef d'établissement ne fait pas obstacle à ce qu'il puisse être consulté sur les domaines relevant de sa compétence notamment, pour ce qui le concerne, les questions relatives aux conditions de travail en qualité de responsable des services économiques au sens des dispositions précitées. Les allégations générales selon lesquelles cette désignation déséquilibre l'instance au profit de l'employeur ne sont pas de nature à révéler une quelconque irrégularité, ou détournement de pouvoir, dans la composition de cette instance alors qu'elle ne comprend qu'un seul membre représentant l'administration avec voix délibérative contre onze pour les représentants du personnel.

5. D'autre part, les requérants soutiennent que la désignation du directeur du patrimoine immobilier des services techniques n'entre dans aucun des cas limitativement énumérés par l'article R. 4615-12 précité du code du travail. Toutefois alors que le centre hospitalier fait valoir en défense, sans être sérieusement contesté, que les services relatifs aux installations sont éclatés au sein de trois pôles d'activités, notamment le pôle PISTE (patrimoine immobilier des services techniques), le directeur général a légalement pu désigner le directeur du patrimoine immobilier en qualité de membre permanent du CHSCT ayant voix consultative.

6. Enfin, le détournement de pouvoir allégué que ces deux désignations révèleraient n'est pas établi.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que M. D et autres ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 9 mars 2019.

Sur les frais liés au litige:

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les requérants, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge solidaire des requérants la somme de 1 500 euros à verser au centre hospitalier universitaire de Toulouse au titre des frais exposés pour assurer sa défense.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et autres est rejetée.

Article 2 : Les requérants verseront solidairement au centre hospitalier universitaire de Toulouse la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, M. G A, Mme H I, Mme K E, Mme J B, au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail central du centre hospitalier universitaire de Toulouse et au centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure

I. Pastor La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 septembre 2022.

La greffière,

M. F

2

aj

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