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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2025342

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2025342

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2025342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement du 6 décembre 2022, le tribunal a, avant-dire droit sur la requête de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 3 juillet 2020 par lequel le maire de Mauzac a accordé à Mme A un permis de construire en vue d'une extension d'une maison individuelle pour une surface de plancher créée de 35 m² et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la commune de Mauzac en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sursis à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, dans l'attente de la notification au tribunal d'un permis de construire modificatif régularisant le vice tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article U 12 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU).

Par un mémoire enregistré le 16 janvier 2023, communiqué au requérant le même jour, Mme A a informé le tribunal de la délivrance d'un permis de construire modificatif par un arrêté du maire de Mauzac du 21 décembre 2022.

Par ordonnance du 22 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 avril 2023 à 12h00.

Par une lettre du 25 août 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement du tribunal était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions de Mme A tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de Mauzac de réunir le conseil municipal en vue d'inclure l'intégralité de ses deux parcelles n° 590 et 641 en zone U2a du PLU.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le jugement du 6 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montpellier a, avant dire droit sur la requête n° 2025342, sursis à statuer dans l'attente de la délivrance d'un permis de régularisation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

- et les observations de Me Lafforgue, représentant M. B, et de Me Mer, représentant la commune de Mauzac.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

2. Lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge administratif peut, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article

L. 600-5 du code de l'urbanisme, si les conditions posées par cet article sont réunies, ou que le bénéficiaire de l'autorisation lui ait indiqué qu'il ne souhaitait pas bénéficier d'une mesure de régularisation. Lorsqu'il décide de recourir à l'article L. 600-5-1, il lui appartient, avant de surseoir à statuer sur le fondement de ces dispositions, de constater préalablement qu'aucun des autres moyens n'est fondé et n'est susceptible d'être régularisé et d'indiquer dans sa décision de sursis pour quels motifs ces moyens doivent être écartés.

3. A compter de la décision par laquelle le juge recourt à l'article L. 600-5-1, seuls des moyens dirigés contre la mesure de régularisation notifiée, le cas échéant, au juge peuvent être invoqués devant ce dernier. À ce titre, les parties peuvent contester la légalité d'un permis de régularisation par des moyens propres et au motif qu'il ne permet pas de régulariser le permis initial. En revanche, si aucune mesure de régularisation ne lui est notifiée, il appartient au juge de prononcer l'annulation de l'autorisation de construire litigieuse, sans que puisse être contestée devant lui la légalité du refus opposé, le cas échéant, à la demande de régularisation présentée par le bénéficiaire de l'autorisation. Une telle contestation ne peut intervenir que dans le cadre d'une nouvelle instance, qui doit être regardée comme dirigée contre le refus d'autoriser le projet dans son ensemble, y compris les modifications qu'il était envisagé d'y apporter.

4. Par le jugement avant dire droit susvisé, notifié aux parties le 20 décembre 2022, le présent tribunal a relevé, en son point 19, que le projet autorisé méconnaissait les dispositions de l'article U12 du règlement du plan local d'urbanisme, aux termes desquelles " [] Secteurs U2 et U3, sous-secteur U2a - Au moins 2 places de stationnement pour les logements dont la surface de plancher est inférieure à 80 m², - Auxquelles s'ajoute une place de stationnement par tranche de 80 m² de surface de plancher supplémentaire arrondis au niveau supérieur ", en ce que, si les travaux autorisés rendent l'immeuble plus conforme à ces dispositions dès lors que la construction existante ne disposait d'aucune place de stationnement, le projet devait, eu égard à la superficie totale de plancher développée, qui devait être prise en compte pour assurer la conformité du projet à la règle de stationnement définie par l'article précité, prévoir la réalisation de trois places de stationnement et, estimant que cette illégalité était régularisable par l'adjonction d'une place supplémentaire, a invité à Mme A et la commune de Mauzac, à justifier d'une mesure de régularisation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Par ce même jugement les autres moyens invoqués contre le permis de construire initial ont été écartés.

5. La délivrance à Mme A d'un permis de construire modificatif par l'arrêté du maire de Mauzac du 21 décembre 2022, communiqué aux parties le même jour, a eu pour effet de purger l'unique vice qui entachait la délivrance du permis de construire contesté dès lors que le projet réserve trois emplacements de stationnements non clos et non couverts. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article U12 du règlement du PLU ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

6. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui excèdent la défense des intérêts légitimes du requérant et qui causent un préjudice excessif au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel. () "

7. M. B a agi en qualité de voisin immédiat en exposant les raisons pour lesquelles il estime que la construction autorisée est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien, notamment l'atteinte architecturale portée à l'ensemble immobilier du château de Saint-Geniès dont il est propriétaire. Aucune circonstance du dossier ne démontre que la mise en œuvre de son droit de recours contentieux aurait été exercé dans des conditions qui excèderaient la défense de ses intérêts légitimes ou qu'elle traduirait un comportement abusif. En conséquence, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions indemnitaires présentées par Mme A, laquelle au demeurant ne justifie pas des préjudices matériels et moraux qu'elle allègue avoir subis du fait de ce recours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Il n'appartient pas au juge administratif d'adresser à l'administration des injonctions à titre principal. Les conclusions présentées par Mme A tendant à ce que le maire réunisse le conseil municipal aux fins d'inclure l'intégralité des deux parcelles n° 590 et 641 lui appartenant en zone U2a du PLU et qui, au surplus, soulève un litige distinct de celui pour lequel le tribunal a été saisi mettant en cause la légalité du permis de construire qui lui a été accordé ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. La circonstance qu'au vu de la régularisation intervenue en cours d'instance, le juge rejette finalement les conclusions dirigées contre la décision initiale, dont le requérant était fondé à soutenir qu'elle était illégale et dont il est, par son recours, à l'origine de la régularisation, ne doit pas à elle seule, pour l'application de ces dispositions, conduire le juge à mettre les frais à sa charge ou à rejeter les conclusions qu'il présente à ce titre.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la commune de Mauzac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Mauzac la somme de 1 200 euros à verser à M. B au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions indemnitaires et les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme A sont rejetées.

Article 3 : La commune de Mauzac versera la somme de 1 200 euros à M. B, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Mauzac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente décision sera notifiée à M. B, à la commune de Mauzac et à Mme A.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, premier conseiller,

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.

Le rapporteur,

M. RousseauLa présidente,

S. EncontreLa greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 octobre 2023

La greffière,

C. Arce

dl

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