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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2025357

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2025357

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2025357
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantDEBEAURAIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 4 avril 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président de la section du contentieux du Conseil d'État a transmis au tribunal la requête présentée par l'Earl des Carries.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 octobre 2020 et le 4 août 2021, l'Earl des Carries, représentée par Me Dumolie, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2020 par lequel le préfet de la région Occitanie a rejeté sa demande d'autorisation d'exploiter la parcelle ZP7 sur la commune de Bertholène (12) ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région Occitanie de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'arrêté méconnait l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime en ce que :

- M. B a été considéré à tort comme le preneur en place ;

- M. B est bien soumis au contrôle des structures ;

- il n'y a pas eu de classement des demandes concurrentes.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 juin et 7 octobre 2021, le préfet de la région Occitanie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'Earl des Carries ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public ;

- les observations de Me Tagnon, représentant l'Earl des Carries.

Considérant ce qui suit :

1. L'Earl Des Carries a demandé le 28 octobre 2019 une autorisation d'exploiter la parcelle ZP7, d'une surface de 3,38 hectares, située sur la commune de Bertholène (12) et appartenant à la commune de Laissac. Par un arrêté du 21 février 2020, dont elle demande l'annulation, le préfet de la région Occitanie a rejeté la demande de l'Earl des Carries en considérant que l'opération envisagée correspondait à un agrandissement excessif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 330-1 du code rural et de la pêche maritime : " L'Etat détermine le cadre réglementaire national de la politique d'installation et de transmission en agriculture, notamment la nature et les critères d'attribution des aides à l'installation. La mise en œuvre en est assurée à l'échelon régional sous l'autorité conjointe du préfet de région et du président du conseil régional ou, pour la Corse, sous l'autorité du président du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Corse. Cette politique comprend un volet relatif à l'installation des jeunes ne disposant pas des diplômes requis, mais engagés dans le cadre d'une formation. Pour bénéficier du dispositif d'aide à l'installation, les candidats doivent justifier de leur capacité à réaliser un projet viable par la détention d'une capacité professionnelle. Les candidats élaborent un projet global d'installation couvrant les aspects économiques et environnementaux. ". Aux termes de l'article L. 331-1 de ce code : " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol au sein d'une exploitation agricole, quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. L'objectif principal du contrôle des structures est de favoriser l'installation d'agriculteurs, y compris ceux engagés dans une démarche d'installation progressive. () ". L'article L.331-2 du code rural et de la pêche maritime liste les différentes opérations soumises à autorisation préalable et en vertu de l'article R. 331-6 de ce même code le préfet de région dispose d'un délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier complet mentionnée dans l'accusé de réception pour statuer sur la demande d'autorisation.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; 2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place ; 3° Si l'opération conduit à un agrandissement ou à une concentration d'exploitations au bénéfice d'une même personne excessifs au regard des critères définis au 3° de l'article L. 331-1 et précisés par le schéma directeur régional des structures agricoles en application de l'article L. 312-1, sauf dans le cas où il n'y a pas d'autre candidat à la reprise de l'exploitation ou du bien considéré, ni de preneur en place ; 4° Dans le cas d'une mise à disposition de terres à une société, lorsque celle-ci entraîne une réduction du nombre d'emplois salariés ou non salariés, permanents ou saisonniers, sur les exploitations concernées ; (). II.- Si l'opération conduit à un agrandissement ou à une concentration au sens du 3° du I, l'autorité administrative peut, après avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture, suspendre l'instruction de la demande d'autorisation pour une durée de huit mois. Cette suspension fait l'objet de mesures de publicité et d'information des parties précisées par décret. Si, à l'expiration de ce délai de huit mois, un autre candidat à la reprise de l'exploitation ou du bien considéré ou un autre preneur en place a déposé une demande d'autorisation d'exploiter, l'autorité administrative peut refuser l'autorisation au bénéfice de l'opération envisagée. A défaut d'autre candidat ou preneur en place, le même 3° s'applique. ".

4. Aux termes de l'arrêté du 29 mars 2016 du préfet de la Région Occitanie portant schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) pour les départements de l'ancienne région Midi-Pyrénées, le preneur en place est " l'exploitant agricole individuel mettant en valeur, à titre exclusif ou non, une exploitation agricole en qualité de titulaire de tout bail rural sur les terres de ladite exploitation () ".

5. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet de la région Occitanie a bien procédé à un classement des candidatures reçues pour bénéficier d'une autorisation d'exploiter et a considéré que l'opération envisagée par l'Earl des Carries, portant la surface totale à 230,55 hectares, alors que le seuil de l'agrandissement excessif était fixé à 174 hectares par associé sur la commune de Bertholène, correspondait à un agrandissement excessif et à la priorité n°6 " autre agrandissement ", que l'offre concurrente, portant la surface totale à 171,18 hectares, correspondait à la priorité n°6 mais sans dépasser le seuil d'agrandissement excessif, et que la situation de M. B correspondait à une priorité n°5 consolidation d'exploitation. Ensuite, la circonstance que l'Earl des Carries se soit vu expropriée de 4 hectares et 33 ares de son exploitation agricole dans le cadre d'un aménagement routier est sans influence sur le dépassement avéré du seuil d'agrandissement fixé à 174 hectares, dès lors que la surface exploitée par l'Earl, après expropriation, s'établit à 226,22 hectares. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime en ce que le préfet n'aurait pas à procéder à un classement des demandes d'autorisation d'exploiter doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées aux points 2 à 4, que le préfet, saisi d'une demande d'autorisation d'exploiter des terres déjà mises en valeur par un autre agriculteur, doit pour statuer sur cette demande, d'une part, observer l'ordre des priorités établi par le schéma directeur régional des structures agricoles entre la situation du demandeur et celle du preneur en place, alors même que celui-ci n'est pas soumis à autorisation et n'a en conséquence déposé aucune demande en ce sens et, d'autre part, le cas échant, mettre en œuvre les critères de départage en cas d'égalité. Lorsque plusieurs personnes, au regard de ces critères, sont autorisées à exploiter les mêmes terres, la législation sur le contrôle des structures des exploitations agricoles est sans incidence sur la liberté du propriétaire des terres de choisir la personne avec laquelle il conclura un bail.

7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la région Occitanie a nécessairement considéré que M. B était le preneur en place de la parcelle convoitée, contrairement à ce qu'il soutient en défense, dès lors que la décision attaquée a tenu compte de la situation de M. B, bien qu'il n'avait pas déposé de demande d'autorisation d'exploiter, pour la comparer aux autres candidats et lui attribuer un ordre de priorité de niveau 5, supérieur à la candidature de la requérante et à la candidature d'un autre candidat qui ont chacun obtenu un ordre de priorité n°6. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B disposait effectivement d'un bail rural pour pouvoir être considéré comme " preneur en place " au sens du SDREA, il ressort néanmoins des pièces du dossier que l'exploitation effective par M. B de la parcelle ZP7, qu'il déclare dans le cadre de la politique agricole commune, n'est pas contestée. Par ailleurs, il ressort d'un compromis de vente de janvier 2010, qu'un différend s'est élevé entre l'Earl Des Carries et M. B concernant l'occupation de cette parcelle ZP7, conduisant à modifier le compromis de vente signé en octobre 2008 entre l'ancien propriétaire de ladite parcelle et la gérante de l'Earl des Carries. Ensuite, les législations portant sur le contrôle des structures des exploitations agricoles et celles portant sur les baux ruraux sont indépendantes, si bien qu'au vu de ces éléments, le préfet de la région Occitanie pouvait considérer M. B comme l'exploitant effectif de la parcelle ZP7 et en tenir compte dans le cadre du contrôle des structures, sans que cet examen ne lui confère d'ailleurs un droit à bail rural. Ensuite, à supposer même que M. B ne puisse être considéré comme le preneur en place, cette circonstance est sans influence dès lors qu'il résulte du 3° de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime, qu'une candidature ayant pour effet de réaliser un agrandissement excessif, comme a été analysée celle de la requérante, peut être rejetée à la condition qu'il n'y ait pas de preneur en place ou d'autre candidat. Or, ainsi qu'il vient d'être dit, même sans la prise en compte de la situation de M. B, la candidature de l'Earl Des Carries aurait pu être rejetée pour le même motif d'un agrandissement excessif dès lors qu'une autre candidature, qui était en concurrence, n'engendrait, pour sa part, pas d'agrandissement excessif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime en ce que M. B n'est pas le preneur en place doit en tout état de cause être écarté.

8. En troisième lieu, la circonstance que M. B soit ou non soumis à une obligation de demande d'autorisation en raison du niveau de ses revenus, dès lors qu'il serait exploitant pluriactif au sens du c du 3 du I de l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime, est sans influence sur la légalité de la décision attaquée puisque sa situation a bien été prise en compte et comparée à celle des deux autres candidats, dont la requérante. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la région Occitanie a tenu compte des différentes surfaces agricoles exploitées par M. B, soit 4,08 hectares au titre de la société Etablissement B Frères et 56,06 hectares au titre de son exploitation individuelle, soit un total de 60,14 hectares. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 5, la présence d'une deuxième candidature permettait au préfet la région Occitanie de rejeter la candidature de l'Earl Des Carries pour agrandissement excessif. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime en ce que M. B était bien soumis à une obligation de demande d'autorisation d'exploiter doit être écarté en tant qu'il est inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 21 février 2020 portant refus d'exploiter la parcelle ZP7 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'Earl des Carries la somme qu'elle réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'Earl des Carries est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'Earl des Carries, au préfet de la région Occitanie et aux établissements B Frères.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

N. A

Le président,

E. Souteyrand La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de la région Occitanie en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 13 octobre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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