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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2025481

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2025481

vendredi 14 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2025481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantMAURY ANNE-CECILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête présentée par Mme D en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 octobre 2020 et 25 août 2021, Mme C D, représentée par Me Maury, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mai 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a rejeté la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident survenu le 29 novembre 2018 et a considéré que les arrêts de travail du 29 novembre 2018 au 29 septembre 2019 seront pris en charge au titre la maladie ordinaire ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 29 novembre 2018 et des congés pris dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat madame une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission de réforme était irrégulièrement composée :

. la présidence de la commission n'était pas assurée par le préfet ou son représentant mais par le docteur A ;

. aucun médecin spécialiste en neurologie ne siégeait au sein de la commission de réforme ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le médecin de prévention n'a pas remis de rapport écrit à la commission de réforme, la privant ainsi d'une garantie ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2021, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, professeur des écoles de classe normale, a été affectée à titre provisoire au titre de l'année scolaire 2018/2019 dans quatre écoles du département de l'Aveyron à Montrozier, Bertholène, Rodez et La Loubière. Le 29 novembre 2018, la requérante a été victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) à l'école primaire Paul Ramadier à Rodez. Le 9 décembre 2018, Mme D a présenté une déclaration d'accident de service à raison de ces faits. Par une décision du 4 mai 2020, le recteur de l'académie de Toulouse a rejeté la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident survenu le 29 novembre 2018 et a indiqué à la requérante que les arrêts de travail du 29 novembre 2018 au 29 septembre 2019 seront pris en charge au titre de la maladie ordinaire. Par un courrier du 28 juin 2020, Mme D a présenté un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Par une requête du 30 octobre 2020, la requérante demande au tribunal d'annuler la décision du 4 mai 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 26 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version en vigueur à la date à laquelle Mme D a présenté sa déclaration d'accident de service, soit le 9 décembre 2018 : " Sous réserve du deuxième alinéa du présent article, les commissions de réforme prévues aux articles 10 et 12 ci-dessus sont obligatoirement consultées dans tous les cas où un fonctionnaire demande le bénéfice des dispositions de l'article 34 (2°), 2° alinéa, de la loi du 11 janvier 1984 susvisée. Le dossier qui leur est soumis doit comprendre un rapport écrit du médecin chargé de la prévention attaché au service auquel appartient le fonctionnaire concerné. () ".

3. Il est constant que le médecin chargé de la prévention n'a pas remis, en l'espèce, un rapport écrit à la commission de réforme en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 26 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, dans sa version alors en vigueur. Cette irrégularité procédurale a privé Mme D d'une garantie au regard du rôle du médecin de prévention qui exerce son activité " en toute indépendance " et " agit dans l'intérêt exclusif de la santé et de la sécurité des agents dont il assure la surveillance médicale " ainsi que le rappelle l'article 11-1 du décret n° 82-453 du 28 mai 1982, dans sa version applicable au présent litige.

4. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 4 mai 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a rejeté sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident survenu le 29 novembre 2018 et a considéré que les arrêts de travail du 29 novembre 2018 au 29 septembre 2019 devaient être pris en charge au titre la maladie ordinaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le recteur de l'académie de Toulouse procède au réexamen de la situation de Mme D. Par suite, il y a lieu, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse de prendre cette mesure d'exécution, et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 mai 2020 par laquelle le recteur de l'académie de Toulouse a rejeté la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident survenu le 29 novembre 2018 à Mme D et a considéré que ses arrêts de travail du 29 novembre 2018 au 29 septembre 2019 seront pris en charge au titre la maladie ordinaire est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au recteur de l'académie de Toulouse de procéder au réexamen de la situation de Mme D dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse pour information.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2022.

La rapporteure,

M. BossiLe président,

J.-Ph. Gayrard

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 octobre 2022.

La greffière,

I. Laffargueil

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