jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2025712 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | AMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n° 462171 du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Montpellier la requête présentée par M. et Mme D.
Par une requête et des mémoires, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Toulouse, le 10 novembre 2020, le 23 juillet 2021 et le 1er novembre 2021, M. A D et Mme C D, représentés par Me Amari de Beaufort, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 14 412,24 euros assortie des intérêts au taux légal à compter 24 avril 2020 et capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité des arrêtés du 11 février 2019 portant refus de titres de séjour et obligation de quitter le territoire français et en raison du délai d'instruction de leur demande de renouvellement de titres de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991
Ils soutiennent que :
- les arrêtés du 11 février 2019 du préfet du Tarn-et-Garonne ont été annulés par un jugement du 19 novembre 2019 pour atteinte à l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; l'exécution de ces arrêtés avait été suspendue en référé le 16 avril 2019 ; cette illégalité est fautive et engage la responsabilité de l'Etat ;
- le délai d'instruction d'un an et quatre mois de leur demande de renouvellement, avant d'aboutir à un rejet de leur demande le 11 février 2019, a été anormalement longue ;
- ils ont subi un préjudice matériel au titre du retard d'un mois du versement des allocations auxquelles ils avaient droit, à savoir qu'ils n'ont perçu qu'en février 2019 les sommes pour janvier 2019 ; de même l'allocation pour l'éducation de l'enfant handicapé n'a pas été versée entre février et mai 2019 et n'a été versée qu'en septembre 2019 avec effet rétroactif ;
- ils n'ont pas perçu de juin 2019 à novembre 2019 les allocations logement, les allocations familiales et l'allocation pour enfant handicapé, soit sept mois, à hauteur de 4 512,24 euros au total ;
- ils ont subi un préjudice moral à hauteur de 3 500 euros en raison de l'illégalité des décisions de refus de renouvellement ;
- ils ont subi un préjudice moral, des troubles dans les conditions d'existence et un préjudice d'anxiété à hauteur de 3 500 euros en raison du délai anormalement long d'instruction de leur demande de renouvellement de titres de séjour ;
- ils ont subi une perte de chance de réaliser un projet immobilier entre le 4 novembre 2017 et le 30 décembre 2019 ; ce préjudice est évalué à 3 000 euros ;
- ils sollicitent chacun la somme totale de 5 000 euros au titre de ces différents préjudices moraux.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 décembre 2020 et le 21 octobre 2021, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- s'agissant de l'illégalité des arrêtés du 11 février 2019, les préjudices demandés ne sont ni directs ni certains, et sans lien avec leurs illégalités ;
- s'agissant du délai déraisonnable, la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée dès lors qu'ils ont bénéficié de récépissés les autorisant à travailler entre le 6 novembre 2017 et le 11 février 2019, puis ont bénéficié d'autorisations provisoires de séjour du 26 avril 2019 au 24 février 2020 ; la carte de séjour leur a été délivrée le 30 décembre 2019 ; l'Etat n'a commis aucune faute, et les préjudices allégués ne sont ni certains, ni directs.
M. et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par leur requête, M. et Mme D demandent l'indemnisation des préjudices qu'ils estiment avoir subi en raison de l'illégalité des arrêtés du 11 février 2019 rejetant leurs demandes de renouvellement de titres de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade en raison du handicap d'un de leurs deux fils et en raison du délai déraisonnable d'instruction de cette demande.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. M. et Mme D, ressortissants albanais, déclarent être entrés sur le territoire français en 2013. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par la Cour nationale du droit d'asile le 1er septembre 2014. Ils ont sollicité la délivrance de titres de séjour en raison du handicap de l'un de leurs deux fils et ont obtenu le 12 novembre 2014 une autorisation provisoire de séjour pour une durée de six mois, puis des titres de séjour en qualité d'accompagnants d'enfant malade à compter du 4 novembre 2015, renouvelés jusqu'au 4 novembre 2017. Ils en ont demandé le renouvellement le 7 septembre 2017 et par des arrêtés du 11 février 2019, le préfet du Tarn-et-Garonne a rejeté leur demande de titre de séjour et les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a suspendu l'exécution de ces arrêtés par ordonnance du 16 avril 2019 en retenant les moyens tirés de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par un jugement du 12 novembre 2019, le tribunal administratif de Toulouse a annulé ces arrêtés en retenant les mêmes moyens.
3. L'illégalité des arrêtés du 11 février 2019, annulés par des jugements du tribunal administratif de Toulouse du 12 novembre 2019 devenus définitifs, constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Cette illégalité n'est susceptible d'ouvrir droit qu'à raison des préjudices directs et certains qui en résultent.
4. En premier lieu, si les requérants indiquent que l'absence de titres de séjour les a privés des allocations logement, des allocations familiales et de l'allocation pour enfant handicapé entre juin 2019 et novembre 2019 et de la prime d'aide de rentrée scolaire soit 386 euros, il ne résulte pas de l'instruction que les requérants n'auraient pas obtenu ces sommes par une simple régularisation rétroactive et ils n'établissent pas avoir accompli une quelconque démarche auprès de la caisse d'allocation familiale en ce sens, qui aurait échoué. Par suite, le préjudice matériel invoqué à hauteur de 4 512,24 euros n'est pas matériellement établi et est seulement hypothétique. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander la condamnation de l'Etat à leur verser cette somme.
5. En second lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral des requérants en lien avec l'illégalité des arrêtés du 11 février 2019 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français en l'évaluant à la somme de 1 000 euros en tenant compte de la durée de leur situation précaire, avec un enfant malade, jusqu'au 16 avril 2019 date de l'ordonnance de suspension de l'exécution de ces arrêtés et la délivrance d'autorisations provisoires de séjour à compter du 26 avril 2019 et jusqu'à la délivrance du titre de séjour le 30 décembre 2019.
6. En troisième lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la durée d'instruction de seize mois aurait été anormalement longue dès lors qu'il était nécessaire d'instruire le dossier médical de leur enfant et de solliciter l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les intéressés bénéficiaient pendant toute cette durée d'instruction d'autorisations provisoires de séjour les autorisant à travailler. Ensuite, il résulte de l'instruction que l'exécution des arrêtés du 11 février 2019 a été suspendue dès le 16 avril 2019 et qu'ils ont obtenu des autorisations provisoires de séjour à compter du 24 février 2019 et jusqu'à la délivrance des titres de séjour en février 2020, valable à compter du 30 décembre 2019. Dès lors, les conditions d'instruction de la demande de titre de séjour des requérants ne sont pas fautives en l'espèce et ne sont pas de nature à ouvrir droit à indemnisation. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander la condamnation de l'Etat à indemniser les préjudices moraux associés à la longueur de la procédure, les troubles dans les conditions d'existence, le préjudice d'anxiété et de perte de chance de réaliser un projet immobilier.
7. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat est condamné à verser à M. et Mme D la somme de 1 000 euros, y compris tous intérêts et intérêts des intérêts échus au jour de la présente décision.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. et Mme D la somme de 1 000 euros, tous intérêts et intérêts des intérêts compris au jour de la présente décision.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A D, Mme C D, Me Amari de Beaufort, et à la préfète de Tarn-et-Garonne.
Délibéré après l'audience du 3 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Besle, président,
M. Huchot, premier conseiller,
Mme Lesimple, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
Le rapporteur,
N. B
Le président,
D. BesleLa greffière,
M.-A Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier le 17 novembre 2022,
La greffière,
M.-A Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026