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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2025810

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2025810

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2025810
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP COURRECH & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 novembre 2020, 6 janvier 2021 et 30 avril 2021, la SCEA Château Saint-Louis, représentée par Me Hortal, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2020 par lequel le maire de Labastide-Saint-Pierre a ordonné la fermeture administrative de l'établissement recevant du public " Les Salles Château Saint-Louis " ;

2°) de condamner la commune de Labastide-Saint-Pierre à lui verser la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 17 septembre 2020 est entaché d'un vice de procédure tenant au non-respect de la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions de l'article L. 123-4 du code de la construction et de l'habitat ;

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé en fait ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait quant à la réalisation des travaux prescrits par l'arrêté de mise en demeure en date du 11 mars 2019 ;

- la commune a commis une erreur d'appréciation en fondant sa décision sur des motifs ne pouvant être vérifiés ;

- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 mars 2021 et 10 mai 2021, la commune de Labastide-Saint-Pierre, représentée par la SCP Courrech et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCEA Château Saint Louis la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par une ordonnance du président de la section du contentieux du Conseil d'Etat n°462171 en date du 4 avril 2022, l'affaire n°2025810 a été transférée au tribunal administratif de Montpellier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitat ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Mer, représentant la commune de Labastide-Saint-Pierre.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 mars 2019, faisant suite à l'avis défavorable de la commission de sécurité de l'arrondissement de Montauban rendu lors de la visite du 13 février 2019, le maire de Labastide-Saint-Pierre a mis en demeure la SCEA Château Saint Louis de réaliser des travaux dans un délai d'un mois afin de mettre en conformité l'établissement. Par une nouvelle visite du 30 avril 2019, cette même commission a rendu un nouvel avis défavorable en estimant qu'eu égard aux surfaces de l'établissement, ce dernier initialement classé en 5ème catégorie, relevait des établissements recevant du public de 4ème catégorie. Le maire de la commune a alors mis en demeure la SCEA Château Saint-Louis de procéder au reclassement de cet établissement dans un délai de quatre mois. La société, ayant demandé une autorisation de travaux auprès du maire, s'est vu opposer un refus le 16 octobre 2019 en raison d'informations contradictoires liées à la surface de l'établissement. A la suite d'une nouvelle demande d'autorisation de travaux suivie d'un avis favorable de la commission de sécurité, le maire a, le 30 janvier 2020, autorisé les travaux et octroyé un délai de deux mois à la société requérante pour les réaliser, délai ayant finalement été prolongé jusqu'au 15 juillet 2020. Une nouvelle visite de la commission de sécurité est intervenue le 26 aout 2020 et, par un arrêté du 17 septembre 2020, pris après l'avis défavorable émis par la commission le jour de la visite, le maire de Labastide-Saint-Pierre a ordonné la fermeture administrative de l'établissement dénommé " Les Salles Château Saint-Louis " classé en type LN de la 4ème catégorie jusqu'à la levée des 36 points de non-conformité au règlement incendie relevés par un rapport de vérifications réglementaires sur mise en demeure d'un bureau de contrôle agréé présenté lors de la visite. Par cet arrêté, le maire de la commune de Labastide-Saint-Pierre a également décidé que la réouverture au public ne pourra intervenir qu'après une mise en conformité de l'établissement, une visite de la commission de sécurité et une autorisation délivrée par arrêté municipal. Par la présente requête, enregistrée le 16 novembre 2020, la SCEA Château Saint-Louis demande l'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-52 du code de la construction et de l'habitation, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " I - Sans préjudice de l'exercice par les autorités de police de leurs pouvoirs généraux et dans le cadre de leurs compétences respectives, le maire ou le représentant de l'Etat dans le département peuvent par arrêté, pris après avis de la commission de sécurité compétente, ordonner la fermeture des établissements recevant du public en infraction avec les règles de sécurité propres à ce type d'établissement, jusqu'à la réalisation des travaux de mise en conformité. / L'arrêté de fermeture est pris après mise en demeure restée sans effet de l'exploitant ou du propriétaire de se conformer aux aménagements et travaux prescrits ou de fermer son établissement dans le délai imparti. () II. - L'arrêté de fermeture mentionné au I peut prévoir que l'exploitant ou le propriétaire est redevable du paiement d'une astreinte par jour de retard en cas de non-exécution de la décision ordonnant la fermeture de l'établissement dans un délai fixé par l'arrêté de fermeture. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

3. Il résulte des dispositions précitées que le maire peut, après avoir mis en demeure le propriétaire, ordonner la fermeture des établissements recevant du public en infraction avec les règles de sécurité propres à ce type d'établissement, jusqu'à la réalisation des travaux de mise en conformité.

4. Il est constant que différentes mises en demeure ont été adressées à la société requérante par le maire de Labastide-Saint-Pierre le 11 mars 2019, le 27 mai 2019 et le 10 octobre 2019 la société ne contestant pas avoir été rendue destinataire de ces dernières. Dans ses mises en demeure des 11 mars et 10 octobre 2019, le maire de Labastide-Saint-Pierre a expressément indiqué que si aucune mesure n'était prise de la part de la société Château Saint-Louis, il prononcera la fermeture administrative de l'établissement. Par ailleurs, la circonstance que seule la première mise en demeure du 11 mars 2019 soit visée par l'arrêté contesté n'est pas de nature à entacher d'illégalité cet arrêté dès lors que l'omission, dans les visas de l'arrêté, des autres mises en demeure est sans influence sur la légalité de l'arrêté attaqué. De plus, il résulte du procès-verbal de constat, réalisé par un huissier de justice à la demande de la requérante, que celle-ci était représentée par sa gérante lors de la visite du 30 avril 2019 et qu'elle a donc pu faire valoir ses observations. Si la requérante s'est vu signifier le procès-verbal de la visite du 26 aout 2020 le 22 septembre 2020, soit le même jour que l'arrêté attaqué, elle ne précise pas les informations qu'elle aurait pu porter à la connaissance de l'administration si elle avait eu connaissance de ce procès-verbal plus tôt. Le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire préalable doit par suite être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les dispositions pertinentes du code de la construction et de l'habitation, l'avis défavorable de la commission de sécurité du 26 aout 2020 ainsi que l'arrêté de mise en demeure du 11 mars 2019 notifié le 14 mars 2019. De plus, il précise qu'une " demande d'autorisation de travaux ayant reçu une réponse favorable a été demandé mais les travaux permettant de lever les observations de la CSAM n'ont pas été réalisés " et que " l'état des locaux compromet gravement la sécurité du public et fait obstacle au maintien de l'exploitation de cet établissement ". Il est également précisé que " 36 points de non-conformité ont été relevés dans le règlement sécurité incendie " tel que cela ressort d'un rapport de vérification réglementaire sur mise en demeure réalisé par un bureau de contrôle agréé. Il comporte donc les considérations de fait qui en constituent le fondement.

7. En conditionnant la réouverture au public de l'établissement à sa mise en conformité, ainsi qu'à l'obtention d'une autorisation d'ouverture délivrée par arrêté municipal après visite de la commission de sécurité, l'arrêté contesté n'a pas méconnu l'obligation de motivation ni l'article R. 123-52 du code de la construction et de l'habitat alors en vigueur.

8. En troisième lieu, si la société requérante soutient que l'arrêté litigieux est fondé sur des faits matériellement inexacts au motif que seule la mise en demeure du 11 mars 2019 apparait dans les visas, il ressort des pièces du dossier et de la décision contestée que la décision n'est pas uniquement fondée sur cette mise en demeure mais sur les trois avis défavorables rendus par la commission de sécurité de l'arrondissement de Montauban et plus particulièrement, sur les 36 points de non-conformité relevés par un rapport de vérifications réglementaires. Par ailleurs, la requérante se borne à faire valoir que le tribunal ne peut vérifier ces points de non-conformité sans démontrer qu'elle a procédé aux vérifications afin d'assurer la sécurité des locaux. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

9. En quatrième lieu, la requérante soutient que l'arrêté de fermeture de l'établissement est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le tribunal ne peut pas vérifier les 36 points de non-conformité ainsi que l'état des locaux, ou encore les travaux à réaliser et ne peut donc pas mesurer le caractère adapté, nécessaire et proportionné de la mesure. Or, en se bornant à soutenir que le tribunal ne peut pas vérifier ces non-conformités, la requérante, qui ne conteste pas la réalité des non-conformités relevées par le rapport de vérifications réglementaires, n'établit pas que la mesure de fermeture administrative de l'établissement serait disproportionnée. Il ressort des pièces du dossier que, malgré une autorisation de travaux du maire ainsi que la prolongation du délai de travaux jusqu'au 15 juillet 2020, au lieu du 3 avril 2020, l'établissement n'a pas été mis en conformité à la suite de l'arrêté de mise en demeure du 27 mai 2019. Ainsi, en prononçant la fermeture administrative de l'établissement, le maire de Labastide-Saint-Pierre n'a pas commis d'erreur d'appréciation et le moyen doit être écarté.

10. En cinquième et dernier lieu, si la requérante estime que le maire a utilisé ses pouvoirs afin de favoriser ses intérêts personnels et ceux des concurrents directs de la société, le détournement de pouvoir ainsi allégué n'est pas établi.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2020 du maire de la commune de Labastide-Saint-Pierre doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la SCEA Château Saint-Louis relatives aux frais du litige, la commune de Labastide-Saint-Pierre n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante. En revanche et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société requérante le versement de la somme de 1 500 euros à la commune de Labastide-Saint-Pierre sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCEA Château Saint-Louis est rejetée.

Article 2 : La SCEA Château Saint-Louis versera une somme de 1 500 euros à la commune de Labastide-Saint-Pierre au titre des frais liés au litige.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Château Saint-Louis et à la commune de Labastide-Saint-Pierre.

Délibéré à l'issue de l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Hervé Verguet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

J. A

La greffière,

A. LacazeL'assesseur le plus ancien,

H. Verguet

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 31 janvier 2023,

La greffière,

A. Lacaze

N°2025810

Ls

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