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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2025947

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2025947

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2025947
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantARCO-LEGAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 4 avril 2022, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, le président de la section du contentieux du Conseil d'État a transmis au tribunal la requête présentée par M. B.

Par une requête et un mémoire, enregistrés au greffe du tribunal de Toulouse le 23 novembre 2020 et le 4 mai 2021, M. A B conteste l'arrêté interministériel du 7 juillet 2020 en tant qu'il a refusé de reconnaître l'état de catastrophe naturelle au cours de l'année 2019 sur le territoire de la commune de Montgaillard.

Il soutient que :

- la méthode d'appréciation de " l'intensité anormale du dommage " retenue par l'administration n'est pas pertinente pour son cas particulier ;

- l'administration n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2021, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Fergon, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 1 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 3 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 février 2022.

Une pièce, enregistrée le 5 avril 2022, a été produite par M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Montgaillard a adressé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 125-1 du code des assurances, une demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle s'agissant d'un phénomène de sécheresse / réhydratation des sols au titre de la période du 1er janvier au 15 novembre 2019 faisant état de deux bâtiments endommagés sur la commune. Par un arrêté du 7 juillet 2020, le ministre de l'intérieur, le ministre de l'économie et des finances et le ministre de l'action et des comptes publics ont notamment fixé la liste des communes pour lesquelles les demandes de constatation de l'état de catastrophe naturelle étaient rejetées parmi lesquelles figure la commune de Montgaillard. Le préfet du Tarn a, par lettre du 17 juillet 2020, notifié à cette commune la décision de ne pas la retenir, en y mentionnant les raisons pour lesquelles sa demande avait été rejetée. M. B, propriétaire d'un ensemble immobilier sur la commune, doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté en tant qu'il ne déclare pas la commune de Montgaillard en état de catastrophe naturelle.

2. Aux termes de l'article L. 125-1 du code des assurances : " Les contrats d'assurance, souscrits par toute personne physique ou morale autre que l'Etat et garantissant les dommages d'incendie ou tous autres dommages à des bien situés en France, ainsi que les dommages au corps de véhicules terrestres à moteur, ouvrent droit à la garantie de l'assuré contre les effets des catastrophes naturelles () / Sont considérés comme les effets des catastrophes naturelles, au sens du présent chapitre, les dommages matériels directs non assurables ayant eu pour cause déterminante l'intensité anormale d'un agent naturel, lorsque les mesures habituelles à prendre pour prévenir ces dommages n'ont pu empêcher leur survenance ou n'ont pu être prises / L'état de catastrophe naturelle est constaté par arrêté interministériel qui détermine les zones et les périodes où est située la catastrophe ainsi que la nature des dommages résultant de celle-ci couverts par la garantie visée au premier alinéa du présent article. Cet arrêté précise, pour chaque commune ayant demandé la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, la décision des ministres. Cette décision est ensuite notifiée à chaque commune concernée par le représentant de l'Etat dans le département, assortie d'une motivation. L'arrêté doit être publié au Journal officiel dans un délai de trois mois à compter du dépôt des demandes à la préfecture () ". Il résulte de cet article que le législateur a entendu confier aux ministres concernés la compétence pour se prononcer sur les demandes des communes tendant à la reconnaissance sur leur territoire de l'état de catastrophe naturelle. Il leur appartient, à cet effet, d'apprécier l'intensité et l'anormalité des agents naturels en cause sur le territoire des communes concernées. Ils peuvent légalement, même en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires le prévoyant, s'entourer, avant de prendre les décisions relevant de leurs attributions, des avis qu'ils estiment utiles de recueillir et s'appuyer sur des méthodologies et paramètres scientifiques, sous réserve que ceux-ci apparaissent appropriés, en l'état des connaissances, pour caractériser l'intensité des phénomènes en cause et leur localisation, qu'ils ne constituent pas une condition nouvelle à laquelle la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle serait subordonnée et qu'ils ne dispensent pas les ministres d'un examen particulier des circonstances propres à chaque commune.

3. Il ressort des pièces du dossier que, pour instruire la demande de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle de la commune de résidence de M. B à raison des mouvements de terrain différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols, les ministres se sont fondés sur deux critères cumulatifs, un critère géologique et un critère météorologique, examinés au regard des études réalisées par Météo France pour les données météorologiques, et par le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) pour les données géologiques. Ces critères sont exposés dans la circulaire ministérielle du 10 mai 2019 relative à la procédure de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, mise en ligne sur le site Légifrance à compter du 13 mai 2019. Aux termes de cette méthode, le critère géotechnique est rempli lorsqu'au moins 3% du territoire communal est composé de sols sensibles aux mouvements de terrain. S'agissant du critère météorologique, Météo France, utilisant l'ensemble des données pluviométriques présentes dans la base de données climatologiques, modélise le bilan hydrique de l'ensemble du territoire français à l'aide d'une grille composée d'un maillage de plus de 9 000 mailles, chacune ayant huit kilomètres de côté. Pour chaque maille est évalué le seuil à partir duquel le phénomène de retrait-gonflement issu de la sécheresse est considéré comme intense et anormal. La méthode retenue est basée sur des modèles simulant les échanges d'eau et d'énergie entre le sol et l'atmosphère (modèle ISBA), prenant en compte le ruissellement et le drainage (modèle MODCOU) et les variables atmosphériques près de la surface (modèle SAFRAN). La teneur en eau des sols est représentée par le paramètre SWI qui est un indice d'humidité du sol, intégrant l'humidité de la zone racinaire et de la zone profonde. Est examiné, pour chaque saison de l'année, l'indicateur d'humidité des sols et la durée de retour de cet indicateur par comparaison aux indicateurs d'humidité des sols des années précédentes. Pour que l'intensité anormale de l'épisode de sécheresse soit retenue, la durée de retour doit être supérieure ou égale à 25 ans.

4. M. B soutient que la méthodologie suivie serait inadaptée et non pertinente pour son cas particulier. Toutefois, contrairement à ce qu'il soutient, l'arrêté contesté n'a pas pour objet de déterminer si les dégâts subis par les constructions lui appartenant sont imputables aux mouvements du sol mais de répondre à la demande de la commune de reconnaissance sur son territoire d'un état de catastrophe naturelle à raison de phénomènes de sécheresse au cours de l'année 2019, ce qui est légalement conditionné à l'appréciation de l'intensité et de l'anormalité du phénomène naturel en cause. Si le requérant produit un document établi par Météo France qui n'évoque pas la situation de son département, ce document de synthèse, qui ne présente aucun lien avec la méthodologie décrite au point précédent, n'est pas de nature à la remettre en cause ni à établir que les données prises en compte n'auraient pas été adaptées au territoire concerné par la demande. Dans ces conditions, et alors que le requérant n'apporte aucune précision de nature à justifier que le découpage par Météo France du territoire en mailles de 8 kilomètres de côté serait inapproprié à sa situation particulière, il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que la méthode utilisée pour édicter la décision litigieuse serait inappropriée pour apprécier de manière objective, précise et conforme aux buts poursuivis par l'article L. 125-1 du code des assurances, l'intensité anormale du phénomène à l'origine des mouvements de terrains différentiels consécutifs à la sécheresse et à la réhydratation des sols durant l'année 2019 sur la commune de Montgaillard. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'avis de la commission interministérielle, que le sol de la commune de Montgaillard est composé à 96,47 % de sols sensibles aux aléas de retrait et gonflement. Il apparaît toutefois que, pour les quatre mailles constituant le territoire communal, les indicateurs estimés de teneur en eau des sols pour chacune des quatre saisons sont associés à des durées de retour entre 2 et 10 ans qui ne permettent pas de caractériser l'existence d'épisodes de sécheresse intense et anormale. La circonstance évoquée que les bâtiments de la propriété de M. B ont subi des dégradations ne saurait suffire à démontrer que la méthodologie suivie n'aurait pas permis d'apprécier la composition des sols de la commune ainsi que sa situation au regard des aléas climatiques de l'année 2019 dès lors que la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle n'est pas subordonnée à la démonstration de la survenance ou de la persistance de dommages imputables à la catastrophe naturelle, mais à la constatation de ce que ces dommages ont eu pour cause déterminante l'intensité anormale de l'agent naturel en cause. Si M. B fait valoir que sa propriété se situe à une altitude de 226 mètres dans une zone peu végétalisée et particulièrement venteuse, il ne démontre pas en quoi ces caractéristiques seraient de nature à remettre en cause les indicateurs de teneur en eau pris en compte par l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qui aurait été commise ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à l'encontre de l'arrêté interministériel du 7 juillet 2020 ne peuvent qu'être rejetées.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. B la somme sollicitée par l'Etat sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'Etat présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

La rapporteure,

M. Couégnat

Le président,

J. Charvin

La greffière,

A. Lacaze

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 4 octobre 202La greffière,

A. Lacaze

MF

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