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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2026513

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2026513

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2026513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantHERRMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance du 4 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Montpellier le jugement de la requête de Mme B, enregistrée par le greffe du tribunal administratif de Toulouse le 17 décembre 2020. Cette requête a été enregistrée par le greffe du tribunal administratif de Montpellier sous le n° 2026513.

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2020, Mme D A épouse B, représentée par Me Raynaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier Comminges-Pyrénées a refusé de la réintégrer sur son poste initial au sein de la cuisine centrale de l'établissement, ensemble la décision rejetant son recours gracieux formé le 20 août 2020 ;

2°) d'annuler la décision du 12 juin 2018 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Comminges-Pyrénées l'a affectée au sein de la cuisine relais de la maison de retraite " Orélia " à compter du 18 juin 2018 ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Comminges-Pyrénées une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- son affectation au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées a modifié ses horaires de travail, incluant parfois de travailler les week-end ;

- les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elles ont été prises dans les suites des faits qu'elle a dénoncés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2021, le centre hospitalier Comminges-Pyrénées, représenté par Me Herrmann, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable ; d'une part le rejet du recours gracieux n'est que confirmatif du précédent rejet du recours gracieux qui n'a pas été attaqué ; son changement d'affectation de 2018 n'a pas été attaqué dans le délai raisonnable d'une année ; enfin, ce changement d'affectation pris dans l'intérêt du service ne fait pas grief à l'intéressée ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Raynaud, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, agent d'entretien qualifié, du centre hospitalier de Comminges-Pyrénées, titularisée à compter du 22 juin 2011 et affectée au sein de la cuisine centrale de l'établissement a été, par décision 12 juin 2018, affectée au sein de la cuisine du relais d'Orélia. Par courrier du 9 juin 2020, Mme B a saisi le directeur du centre hospitalier d'une demande tendant à être réaffectée à la cuisine centrale de l'établissement de santé. Par la présente requête, elle demande l'annulation de son changement d'affectation du 12 juin 2018 ainsi que de la décision du 22 juin 2020 et celle rejetant son recours gracieux formé contre cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre une telle mesure, à moins qu'elle ne traduise une discrimination, est irrecevable, alors même que la mesure de changement d'affectation aurait été prise pour des motifs tenant au comportement de l'agent public concerné.

3. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le changement d'affectation décidé en juin 2018 de la cuisine centrale du centre hospitalier au relais cuisine de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées ait entraîné pour Mme B une diminution de ses responsabilités ou une perte de rémunération, qu'elle ait été susceptible d'avoir pour elle des incidences pécuniaires, qu'elle ait constitué une sanction disciplinaire déguisée ou traduit l'existence d'un harcèlement moral ou d'une discrimination. Par suite, alors que cette mesure de changement d'affectation a été prise pour tenir compte du conflit l'opposant à un autre agent de l'établissement, cette décision présente le caractère d'une mesure d'ordre intérieur, qui ne fait pas grief et n'est, en conséquence, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, et alors, en tout état de cause, que ce recours enregistré plus d'un an après le changement d'affectation est également tardif, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 12 juin 2018 l'affectant au sein de la cuisine relais d'Orélia doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête sur ce point.

4. D'autre, part il ressort des pièces du dossier que Mme B a, par courrier du 9 juin 2020 adressé à sa hiérarchie, sollicité sa réintégration sur " son " précédent emploi au sein de la cuisine centrale de l'établissement de santé. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est allégué que cet emploi ait été vacant ou qu'un appel à candidature avait été effectué. Or, la décision de l'administration refusant de faire droit à une demande de changement d'affectation sur un poste non vacant, en dehors de toute procédure de recrutement, opposée à une demande d'un fonctionnaire affecté sur un autre poste relevant de son grade, constitue, compte tenu de ses effets, une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de réintégration sur cet emploi ait été pris dans un but étranger à l'intérêt de l'établissement ou dans le but de sanctionner Mme B, ni qu'elle révèle une discrimination. Par suite, le centre hospitalier est fondé à soutenir que la décision attaquée constitue une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours.

5. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle attaque.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à chaque partie la charge des frais exposés en défense et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Comminges-Pyrénées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A épouse B et au centre hospitalier Comminges-Pyrénées.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La rapporteure

I. Pastor La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 30 mars 2023.

Le greffier,

M. C.

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