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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2100062

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2100062

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2100062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL CLEMENT-MALBEC-CONQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 janvier 2021 et 6 avril 2021, M. C A, représenté par la SELARL Clément, Malbec, Conquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2020 par lequel le maire de Carcassonne lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire des fonctions pour une durée de trois jours, ainsi que la décision du 9 novembre 2020 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Carcassonne de supprimer la sanction disciplinaire de son dossier ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Carcassonne une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une incompétence de son auteur ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour l'autorité disciplinaire d'avoir respecté un délai raisonnable entre la date de communication de son dossier disciplinaire et le prononcé de la sanction ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

- la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée ;

- elle constitue une discrimination syndicale dès lors que des éléments relatifs à son activité syndicale sont mentionnés dans son dossier disciplinaire, en méconnaissance de l'article 18 de la loi du 13 juillet 1983.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 mars 2021 et 10 mai 2021, la commune de Carcassonne, représentée par le cabinet Richer et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, brigadier-chef affecté auprès de la police municipale de Carcassonne depuis le 1er décembre 2007 et titulaire d'un mandat de représentant syndical, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 août 2020 par lequel le maire de cette commune lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire des fonctions pour une durée de trois jours, ainsi que la décision du 9 novembre 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () ". Selon les dispositions de l'article L. 2131-1 du même code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature. () ".

3. L'arrêté attaqué a été signé par Mme E F, adjointe au maire déléguée aux personnels, aux ressources humaines, à la formation et à la réforme administrative. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 3 juillet 2020, le maire de la commune de Carcassonne a délégué signature à l'ensemble de ses douze adjoints en précisant que les adjoints étaient délégués à la signature " pour l'ensemble des pièces officielles, des bons de commande et des engagements de crédits et ce dans le cadre de leur délégation ". Il ressort des mentions de cet arrêté, qui font foi jusqu'à preuve contraire, qu'il a été transmis à la préfecture le 4 juillet 2020 et affiché à cette même date. Il s'ensuit que Mme F était bien compétente en vertu de cette délégation de signature pour prendre la décision attaquée, relevant des ressources humaines. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. / Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. () ". Par ailleurs, l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux dispose que : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. / L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. () ".

5. Une sanction ne peut être légalement prononcée à l'égard d'un agent public sans que l'intéressé ait été mis en mesure de présenter utilement sa défense. S'agissant des sanctions du premier groupe, dont fait partie l'exclusion temporaire des fonctions pour une durée de trois jours en vertu des dispositions de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, cette garantie procédurale est assurée, en application des dispositions de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983, par l'information donnée par l'administration à l'intéressé qu'une procédure disciplinaire est engagée, et qu'il dispose du droit à la communication de son dossier individuel et de tous les documents annexes, ainsi qu'à l'assistance des défenseurs de son choix.

6. En l'espèce, M. A a été informé par courrier du 22 juillet 2020 notifié le 27 juillet suivant de la procédure disciplinaire engagée contre lui, de son droit à obtenir la communication de son dossier disciplinaire et de la possibilité de se faire assister par la personne de son choix tandis que l'autorité disciplinaire lui a laissé un délai de dix jours pour présenter ses observations. Il est constant qu'il a consulté le dossier disciplinaire le 29 juillet 2020 et a obtenu communication de son dossier individuel le 31 juillet 2020. Dans ces conditions, eu égard à la nature des griefs reprochés, qui ne présentent pas de complexité apparente, M. A doit être regardé comme ayant disposé d'un délai suffisant pour organiser sa défense.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l'avertissement ; / le blâme ; / l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ". Aux termes de l'article 28 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l'exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. () ". Aux termes de l'article 5-1 du décret du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale : " Si un agent a un motif raisonnable de penser que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou pour sa santé ou s'il constate une défectuosité dans les systèmes de protection, il en avise immédiatement son supérieur hiérarchique. / Il peut se retirer d'une telle situation. / L'autorité territoriale prend les mesures et donne les instructions nécessaires pour permettre aux agents, en cas de danger grave et imminent, d'arrêter leur activité et de se mettre en sécurité en quittant immédiatement leur lieu de travail. / Aucune sanction ne peut être prise, aucune retenue de rémunération ne peut être effectuée à l'encontre d'agents qui se sont retirés d'une situation de travail dont ils avaient un motif raisonnable de penser qu'elle présentait un danger grave et imminent pour leur vie ou pour leur santé ".

8. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

9. D'une part, il est reproché à M. A d'avoir délibérément refusé d'obéir à l'ordre de sa hiérarchie de patrouiller avec un autre policier municipal, M. D, à l'origine d'une enquête administrative diligentée pour des faits concernant un agent qu'il accompagne en qualité de représentant syndical, perturbant par là même le bon fonctionnement du service, et d'autre part, d'avoir tenu des propos particulièrement virulents via des SMS destinés à ses collègues et sa hiérarchie envers ce même agent et le directeur de la tranquillité publique, manquant ainsi à son devoir de réserve. Ces faits, dont l'intéressé ne conteste pas sérieusement la matérialité, sont établis par le rapport disciplinaire daté du 16 juillet 2020 et ses annexes comportant entre autres les témoignages du directeur de la tranquillité publique et du chef de brigade ainsi que par le courriel sans équivoque du requérant du 9 juillet 2020.

10. D'autre part, si les agents publics qui exercent des fonctions syndicales bénéficient de la liberté d'expression particulière qu'exigent l'exercice de leur mandat et la défense des intérêts des personnels qu'ils représentent, cette liberté doit être conciliée avec le respect de leurs obligations déontologiques. En particulier, des propos ou un comportement agressif à l'égard d'un supérieur hiérarchique ou d'un autre agent sont susceptibles, alors même qu'ils ne seraient pas constitutifs d'une infraction pénale, d'avoir le caractère d'une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.

11. M. A soutient que les faits de désobéissance qui lui sont reprochés ne pouvaient justifier une sanction disciplinaire dans la mesure où il a fait valoir son droit de retrait " dans l'intérêt du service " afin d'éviter toute situation de conflit avec M. D avec lequel il était en opposition en qualité de délégué syndical dans le cadre de l'enquête administrative en cours dans le service. Toutefois ces seuls éléments sont insuffisants pour établir que la situation de travail présentait un danger grave et imminent pour sa vie ou pour sa santé au sens de l'article 5-1 du décret précité, alors en outre que l'exercice du droit syndical doit se concilier avec le respect de la discipline nécessaire au bon fonctionnement du service public. Par ailleurs, il ressort des copies des SMS envoyés les 8 et 9 juillet 2020 au directeur de la tranquillité publique et aux agents de la brigade que le requérant a tenu, en sa qualité de représentant syndical, des propos extrêmement critiques quant à la gestion des équipes de patrouille faites par le directeur et a fait montre de propos particulièrement virulents à l'encontre de M. D, invitant ses collègues à refuser de patrouiller avec lui. Compte tenu de l'attitude familière et méprisante tenue par le requérant à l'encontre du directeur de la tranquillité publique, des propos agressifs et véhéments tenus à l'encontre de M. D et des consignes d'insubordination données en appelant les autres membres de la brigade à refuser de patrouiller avec lui, le requérant a adopté une attitude qui excède la défense des intérêts syndicaux et qui est de nature à compromettre le bon fonctionnement du service. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de qualification juridique que le maire de la commune de Carcassonne a estimé que le comportement de l'intéressé, constitutif de manquements à son obligation d'obéissance hiérarchique et à son obligation de réserve, était fautif et de nature à justifier une sanction disciplinaire.

12. Enfin, la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours, qui relève du premier groupe des sanctions disciplinaires susceptibles d'être infligées aux fonctionnaires territoriaux, revêt un caractère proportionné à la gravité du comportement fautif de M. A, tel que décrit au point précédent.

13. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 18 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Il ne peut être fait état dans le dossier d'un fonctionnaire, de même que dans tout document administratif, des opinions ou des activités () syndicales () de l'intéressé ".

14. La circonstance que le rapport disciplinaire évoque " à titre d'information " la qualité de secrétaire général de la section locale de la CGT de la ville de Carcassonne de M. A n'est pas, par elle-même, de nature à établir que l'intéressé aurait été sanctionné à raison de ses opinions ou de son appartenance syndicale, alors par ailleurs que le requérant s'est lui-même prévalu de cette qualité à l'appui de ses refus de patrouiller et en signant les SMS ayant justifiés la sanction prononcée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation pour excès de pouvoir de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à la charge de chacune des parties les frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Carcassonne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la commune de Carcassonne.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

F. Goursaud

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 20 octobre 2022.

La greffière,

M. B00aj

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