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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2100300

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2100300

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2100300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantJOSEPH MASSENA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et un mémoire, enregistrés les 21 janvier et 27 avril 2021, le préfet de l'Hérault demande au tribunal d'annuler la décision tacite du maire de Mauguio de non opposition à déclaration préalable de travaux déposée par M. A ainsi que la décision du 21 décembre 2020 portant refus de retrait de cette décision.

Il soutient que :

- son déféré est recevable ;

- l'arrêté de non opposition à déclaration préalable méconnait l'article L. 151-11 2° du code de l'urbanisme en ce que la commission départementale de la préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers n'a pas été saisie pour avis conforme sur la demande de changement de destination en zone agricole ;

- l'arrêté méconnait le règlement de la zone A1 du plan local d'urbanisme de Mauguio ;

- l'arrêté méconnait le règlement de la zone rouge naturelle R du plan de prévention des risques d'inondation approuvé le 16 mars 2001 dès lors qu'il n'est pas établi que le changement de destination demandé serait accompagné de modification de nature à réduire la vulnérabilité du bâtiment et que la surface des planchers serait calée au minimum à la cote des plus hautes eaux (PHE).

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 17 février et 26 août 2021, M. A, représenté par Me Joseph Massena, conclut au rejet de la requête, à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis et à ce que soit mise à la charge du préfet de l'Hérault une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- le déféré est irrecevable ; d'une part au regard des délais et de l'absence de recours gracieux ; d'autre part, le déféré est tardif même si l'on prend en compte la date de demande de pièce ; en tout état de cause la date de réception par le préfet de l'entier dossier est le 2 janvier 2020, date à laquelle le contrôle de légalité pouvait s'exercer ;

- les moyens soulevés par le préfet de l'Hérault ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Joseph Massena, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 décembre 2019, M. A a déposé un dossier de déclaration préalable afin de régulariser un changement de destination d'un bâtiment agricole en habitation sur les parcelles section DW n°201 et 202 situées sur la commune de Mauguio. Par arrêté du 10 janvier 2020 le maire de Mauguio s'est opposé à cette déclaration préalable. Cet arrêté n'ayant été notifié à M. A que le 14 janvier suivant, soit postérieurement à la naissance d'une décision de non-opposition tacite, le maire de Mauguio a délivré un certificat de permis tacite à M. A le 18 août 2020. Par la présente requête, le préfet de l'Hérault demande au tribunal d'annuler la décision tacite de non opposition à déclaration préalable en date du 12 janvier 2020 ainsi que la décision du 21 décembre 2020 portant refus de retrait de cette décision.

Sur la recevabilité du déféré :

2. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission () ". Parmi les actes mentionnés par l'article L. 2131-2 de ce code figure, au 6° : " Le permis de construire et les autres autorisations d'utilisation du sol et le certificat d'urbanisme délivrés par le maire ".

3. Par ailleurs, l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme prévoit qu'à défaut d'une décision expresse dans le délai d'instruction le silence gardé par l'autorité compétente vaut notamment décision de non-opposition à la déclaration préalable. Aux termes de l'article L. 424-8 du même code : " Le permis tacite et la décision de non-opposition à une déclaration préalable sont exécutoires à compter de la date à laquelle ils sont acquis. ". Aux termes de l'article R. 423-7 de ce code : " Lorsque l'autorité compétente pour délivrer le permis () est le maire au nom de la commune, celui-ci transmet un exemplaire de la demande ou de la déclaration préalable au préfet dans la semaine qui suit le dépôt. () ".

4. S'il résulte des dispositions de l'article L. 424-8 du code de l'urbanisme rappelées ci-dessus qu'un permis de construire tacite est exécutoire dès qu'il est acquis, sans qu'il y ait lieu de rechercher s'il a été transmis au représentant de l'État, les dispositions de cet article ne dérogent pas à celles de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, en vertu desquelles le préfet défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 de ce code qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. Figurent au nombre de ces actes les permis de construire exprès et tacites. Une commune doit être réputée avoir satisfait à l'obligation de transmission, dans le cas d'une décision tacite, si elle a transmis au préfet l'entier dossier de demande, en application de l'article R. 423-7 du code de l'urbanisme. Le délai du déféré court alors à compter de la date à laquelle l'autorisation est acquise ou, dans l'hypothèse où la commune ne satisfait à l'obligation de transmission que postérieurement à cette date, à compter de la date de cette transmission.

5. Il ressort des pièces du dossier que le maire de Mauguio a transmis le 2 janvier 2020 au préfet le dossier de demande de déclaration préalable déposé le 12 décembre 2019 ainsi que, le 16 janvier 2020, son arrêté du 10 janvier 2020 portant opposition à déclaration préalable. En outre, ainsi que cela résulte de la demande de pièce complémentaire adressée par le préfet au maire de Mauguio le 20 octobre 2020, le préfet n'avait pas été destinataire le 16 janvier de la date à laquelle l'arrêté du 10 janvier avait été notifié au déclarant de sorte qu'il ignorait qu'une décision de non opposition tacite était intervenue le 12 janvier. En revanche, le préfet de l'Hérault a été avisé de la délivrance d'une autorisation tacite par la transmission de la commune de Mauguio, reçue le 27 août 2020 en préfecture, d'un certificat de non-opposition tacite du 18 août 2020. Dans la mesure où la commune n'a satisfait à l'obligation de transmission que postérieurement à la date à laquelle l'autorisation a été acquise, le délai du déféré n'a commencé à courir qu'à compter du 27 août 2020.

6. Il ressort des pièces du dossier, que suivant le délai de deux mois à compter du 27 août 2020, le préfet de l'Hérault a demandé, par courrier du 20 octobre 2020, au maire de Mauguio de retirer la décision de non-opposition tacite délivrée à M. A. La seule circonstance que, conformément à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, il lui ait demandé de prendre l'attache du bénéficiaire de l'autorisation pour pouvoir procéder légalement à ce retrait n'est pas de nature à faire obstacle à la qualification de recours gracieux de ce courrier, dont l'objet est sans équivoque une " demande de pièce et de retrait ", de nature à proroger les délais de recours contentieux. Par suite, la demande d'annulation du préfet, enregistrée au greffe du tribunal le 21 janvier 2021, dans le délai de deux mois suivant la naissance d'un refus implicite du maire de Mauguio, n'est pas tardive et donc recevable.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense par M. A doivent être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. En premier lieu, d'une part l'article R. 151-23 du code de l'urbanisme dispose : " Peuvent être autorisées, en zone A : ()2° Les constructions, installations, extensions ou annexes aux bâtiments d'habitation, changements de destination et aménagements prévus par les articles L. 151-11, L. 151-12 et L. 151-13, dans les conditions fixées par ceux-ci. ". Aux termes de l'article L. 151-11 du même code : " I.- Dans les zones agricoles, naturelles ou forestières, le règlement peut : 2° Désigner, en dehors des secteurs mentionnés à l'article L. 151-13, les bâtiments qui peuvent faire l'objet d'un changement de destination, dès lors que ce changement de destination ne compromet pas l'activité agricole ou la qualité paysagère du site. Le changement de destination est soumis, en zone agricole, à l'avis conforme de la commission départementale de la préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers prévue à l'article L. 112-1-1 du code rural et de la pêche maritime, et, en zone naturelle, à l'avis conforme de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites ". D'autre part, l'article A.2 du règlement du plan local d'urbanisme dispose que : " Les occupations et utilisations du sol admises sous conditions particulières : " en plus des autorisations mentionnées dans les dispositions générales applicables à l'ensemble des zones pour certains modes d'occupations des sols et autres catégories de constructions, les destinations de constructions suivantes sont admises sous conditions : - habitation ; - exploitations agricoles ou forestières ". Dispositions applicables à l'ensemble de la zone A : désignation des constructions agricoles pouvant faire l'objet d'un changement de destination (..) les changements de destination autorisés pour ces constructions sont les suivants : - hébergement hôtelier pu para-hôtelier ; - bureaux et services ; - commerce - artisanat ; ces changements de destination sont autorisés à condition : - qu'ils ne compromettent pas l'activité agricole et la qualité paysagère du site ; - qu'ils entrent dans le cadre de travaux de réhabilitation ou d'extension limitée permettant de garantir la sauvegarde du patrimoine architectural des bâtiments ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction de M. A soit identifiée par le règlement du plan local d'urbanisme, et son annexe 4, comme un bâtiment susceptible de pouvoir faire l'objet d'un changement de destination. En outre, et en tout état de cause, le changement de destination souhaitée d'agricole en habitation, n'est pas au nombre de ceux que le règlement autorise. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault est fondé à soutenir que le changement de destination autorisé méconnait l'article L. 151-11 2° du code de l'urbanisme ainsi que le règlement de la zone agricole dans laquelle il s'insère.

10. En second lieu, il ressort du règlement de la zone rouge naturelle R du plan de prévention des risques d'inondation du bassin versant de l'Etang de l'Or, approuvé le 16 mars 2001, dans laquelle s'insère le projet de M. A, que les changements de destination ne sont autorisés qu'à la condition qu'ils soient " de nature à réduire la vulnérabilité du bâtiment et améliorent la sécurité des personnes, sans création de logement supplémentaire, et sous réserve que la surface des planchers soit calée au minimum à la cote de la PHE ". Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs même pas allégué par M. A que le changement de destination déclaré répondrait aux exigences précitées du plan de prévention des risques d'inondation.

11. En application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme, l'autre moyen tiré de ce que la commission départementale de la préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers n'a pas été saisie n'est pas de nature à fonder l'annulation des décisions en litige.

12. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de l'Hérault est fondé à demander l'annulation de la décision tacite de non opposition à déclaration préalable de travaux déposée par M. A ainsi que la décision du 21 décembre 2020 portant refus de retrait de cette décision.

Sur les conclusions indemnitaires :

13. Il résulte de l'instruction qu'en se bornant à solliciter la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'inquiétude, l'anxiété et le stress liés à cette procédure, M. A n'établit l'existence d'aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à son égard. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de ces conclusions, M. A n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 1 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet de l'Hérault, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision tacite de non opposition à déclaration préalable de travaux déposée par M. A ainsi que la décision du 21 décembre 2020 portant refus de retrait sont annulées.

Article 2 : Les conclusions indemnitaires de M. A sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à au préfet de l'Hérault, à la commune de Mauguio et à M. C A.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

Mme Sophie Crampe, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

La rapporteure

I. Pastor La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 9 février 2023.

Le greffier,

M. B.

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