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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2100448

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2100448

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2100448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2021, Mme C A, représentée par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, au besoin sous astreinte et, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 800 euros à verser à Me Bautes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII s'étant estimé en situation de compétence liée pour rejeter sa demande ;

- elle est entachée d'un défaut d'entretien de vulnérabilité en application de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la situation de vulnérabilité de la requérante n'a pas été prise en compte par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, née le 5 juin 1990, accompagnée de sa fille B, née le 2 avril 2015, de nationalité albanaise, a présenté une demande d'asile enregistrée le 17 décembre 2019 et a accepté, le même jour, l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Sa demande d'asile a été rejetée le 28 février 2020 par l'OFPRA et le 7 octobre suivant par la CNDA. Elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 9 décembre 2020, laquelle a fait l'objet d'un examen selon la procédure accélérée, et, le même jour, l'OFII lui a refusé les conditions matérielles d'accueil. L'intéressée, qui a formé, le 15 janvier 2021, un recours gracieux contre cette décision, demeuré sans réponse, demande l'annulation de la décision du 9 décembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé les conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision par laquelle il a implicitement rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. () L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C A, âgée de 30 ans, qui a la charge de sa fille, âgée de 5 ans, est, à la date de la décision attaquée, hébergée dans le même foyer que Mme F, sa mère, et M. E son frère, atteint d'un handicap physique et mental et dont la tutelle lui a été confiée par jugement du 28 janvier 2021. Mme C A, sa mère et son frère se trouvent dans la même situation au regard de l'asile et du refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il est constant que les quatre membres de la cette famille, s'ils bénéficient ensemble, depuis le 16 octobre 2019, d'un hébergement en foyer HUDA à Montpellier, sont isolés et surtout sans ressources pécuniaires en France.

4. Il ressort des pièces du dossier que si l'OFII a procédé le 9 décembre 2020 à un entretien de vulnérabilité de la requérante, il n'en a tiré, en dépit de la situation familiale sus-décrite qui plaçait celle-ci, à la date de la décision en litige, dans une situation de vulnérabilité, aucune conséquence positive pour l'intéressée. Ainsi, Mme A est fondée à soutenir que le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

7. Eu égard au motif d'annulation exposé ci-dessus, la présente décision implique qu'il soit enjoint au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai n'excédant pas quinze jours à compter de la notification de la présente décision pour la période comprise entre sa demande d'asile, le 9 décembre 2020 et, le cas échéant, la décision définitive prise sur sa demande d'asile, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mars 2021. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bautes, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui est dans la présente instance la partie perdante, une somme de 800 euros au profit de Me Bautes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 20 janvier 2021 ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux par lesquelles le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de d'octroyer à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et notamment de l'allocation pour demandeur d'asile à compter du 9 décembre 2020 dans les conditions mentionnées au point 7 du présent jugement.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Bautes la somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bautes renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Bautes.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

I. Pastor

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. D

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