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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2100516

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2100516

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2100516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 3 février 2021, 12 mars 2021 et 15 juillet 2021, la SCI Télécom, représentée par la SCP Dillenschneider, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 décembre 2020 par laquelle le président de Montpellier Méditerranée Métropole a exercé le droit de préemption urbain pour l'acquisition des lots 1-3-4-5-6-7 de la copropriété située 1 rue Louis Lumière, parc d'activité des Commandeurs, à Lattes pour un prix de 801 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de Montpellier Méditerranée Métropole une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le président de la métropole était incompétent pour procéder à la préemption litigieuse dès lors que l'exercice du droit de préemption urbain a été délégué à la société d'aménagement de Montpellier Méditerranée Métropole en vertu du traité de concession conclu le 5 décembre 2011 ;

- la procédure au terme de laquelle a été exercé le droit de préemption est irrégulière en raison de l'absence d'avis du service des domaines émis postérieurement à la déclaration d'intention d'aliéner dans les conditions prévues à l'article R. 213-21 du code de l'urbanisme ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- l'administration ne justifie pas de l'existence, à la date de la décision en litige, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement concernant le bien préempté, en méconnaissance des articles L. 210 et L. 300-1 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 mai 2021 et 18 août 2021, Montpellier Méditerranée Métropole, représentée par la SCP CGCB, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SCI Télécom au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- les observations de Me Dillenschneider, représentant la SCI Télécom, celles de Me Cassorla, représentant Montpellier Méditerranée Métropole, et celles de Mme D et M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par une déclaration en date du 9 octobre 2020, la SCI Télécom a fait part à la commune de Lattes de son intention de céder à l'amiable à Mme D et MM. K, J, F et A les lots 1-3-4-5-6-7 de la copropriété située 1 rue Louis Lumière, parc d'activité des Commandeurs, pour un prix de 1 270 000 euros. Par une décision du 4 décembre 2020, le président de Montpellier Méditerranée Métropole a exercé le droit de préemption urbain sur le bien concerné pour un prix de 801 000 euros. Par la présente requête, la SCI Télécom demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé () / Lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme local de l'habitat ou, en l'absence de programme local de l'habitat, lorsque la commune a délibéré pour définir le cadre des actions qu'elle entend mettre en œuvre pour mener à bien un programme de construction de logements locatifs sociaux, la décision de préemption peut, sauf lorsqu'il s'agit d'un bien mentionné à l'article L. 211-4, se référer aux dispositions de cette délibération. Il en est de même lorsque la commune a délibéré pour délimiter des périmètres déterminés dans lesquels elle décide d'intervenir pour les aménager et améliorer leur qualité urbaine. ". Aux termes de l'article L. 300-1 de ce même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. ".

3. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.

4. Il en résulte également que le droit de préemption peut être exercé pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation d'actions ou d'opérations d'aménagement qui répondent aux objectifs énoncés par l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme. En application du dernier alinéa de l'article L. 210-1 précité, la décision de préemption peut se référer aux dispositions de la délibération par laquelle une commune a délimité des périmètres déterminés dans lesquels elle décide d'intervenir pour les aménager et améliorer leur qualité urbaine. Il résulte de ces dispositions et de ce qui a été dit ci-dessus que, lorsqu'une collectivité publique décide d'exercer le droit de préemption urbain pour constituer une réserve foncière à l'intérieur d'un périmètre qu'elle a délimité en vue d'y mener une opération d'aménagement et d'amélioration de la qualité urbaine, les exigences de motivation résultant de l'article L. 210-1 doivent être regardées comme remplies lorsque la décision fait référence aux dispositions de la délibération délimitant ce périmètre et qu'un tel renvoi permet de déterminer la nature de l'action ou de l'opération d'aménagement que la collectivité publique entend mener pour améliorer la qualité urbaine au moyen de cette préemption. A cette fin, la collectivité peut soit indiquer l'action ou l'opération d'aménagement prévue par la délibération délimitant ce périmètre à laquelle la décision de préemption participe, soit renvoyer à cette délibération elle-même si celle-ci permet d'identifier la nature de l'opération ou de l'action d'aménagement poursuivie.

5. En l'espèce, la décision attaquée indique que la préemption du bien situé au sein du parc d'activités des Commandeurs à Lattes est exercée compte tenu de ce que " la situation géographique de ce parc d'activités est stratégique pour le territoire métropolitain entre l'opération d'aménagement " Ode à la mer " sur les communes de Lattes et Pérols et le Pays de l'Or ", que ce parc d'activités " est peu densifié au regard de ses capacités " permettant ainsi " notamment " la réalisation d'équipements collectifs. Ce faisant, elle ne fait apparaître ni la nature ni la réalité du projet pour lequel le droit de préemption est exercé. Si elle vise également la délibération du conseil de métropole du 30 septembre 2019 instituant un périmètre de prise en considération sur le parc d'activités des Commandeurs, cette délibération, qui ne comporte pas d'indications suffisamment précises, ne permet pas, par elle-même, d'identifier la nature de l'opération ou de l'action pour la réalisation de laquelle le droit de préemption a été exercé. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que le bien préempté est situé dans le périmètre de l'avenant n°5 du 15 mai 2020 au traité de concession d'aménagement confiant à la société d'aménagement de Montpellier Méditerranée Métropole l'aménagement du projet urbain dénommé " Ode à la mer " visant à permettre la réalisation d'un programme prévisionnel global de constructions nouvelles comprenant 6 000 à 8 000 logements, 75 000 m² de SHON de bureaux, 40 000 à 55 000 m² de SHON d'équipements publics et 200 000 m² de surfaces commerciales, le contenu de ce traité de concession versé à l'instance ne permet toutefois pas davantage d'identifier la nature de l'opération ou de l'action d'aménagement que la collectivité publique entend mener dans le secteur géographique du parc d'activités des Commandeurs et à laquelle doit concourir la préemption litigieuse. Enfin l'existence d'un projet d'aménagement justifiant l'exercice du droit de préemption sur le terrain en cause ne saurait être démontrée par la seule circonstance que le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale inclut ce parc d'activités dans l'axe majeur de développement et de réinvestissement urbain de la route de la Mer. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que Montpellier Méditerranée Métropole ne justifie pas de la réalité, à la date de la décision de préemption attaquée, d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme et que la décision de préemption du 4 décembre 2020 ne répond pas aux exigences de motivation résultant de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme.

6. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est de nature à justifier l'illégalité de la décision en litige.

7. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée à demander l'annulation de la décision de préemption attaquée.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Montpellier Méditerranée Métropole le versement de la somme de 1 500 euros à la SCI Télécom en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SCI Télécom, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la métropole demande au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 décembre 2020 du président de Montpellier Méditerranée Métropole de préempter les lots 1-3-4-5-6-7 de la copropriété située 1 rue Louis Lumière, parc d'activité des Commandeurs, à Lattes, est annulée.

Article 2 : Montpellier Méditerranée Métropole versera une somme de 1 500 euros à la SCI Télécom au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par Montpellier Méditerranée Métropole au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Télécom, à Montpellier Méditerranée Métropole, à Mme B D, M. H K, M. G J, M. C F et M. E A.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le rapporteur,

F. Goursaud

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. I

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 6 octobre 2022.

La greffière,

M. I00aj

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