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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2100583

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2100583

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2100583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 février 2021 et complétée le 13 février suivant, Mme B D doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision en date du 28 janvier 2021 par laquelle le maire de la commune de Ria-Sirach (Pyrénées-Orientales) a rejeté sa demande tendant à ce qu'il fasse usage de ses pouvoirs de police administrative et de police de l'urbanisme concernant les travaux de construction engagés par son voisin, M. C.

Elle soutient que :

- son voisin qui a fait l'acquisition de l'ensemble immobilier cadastré section n° 417 a transformé, sans autorisation, l'ancienne remise agricole située au Sud de la parcelle, attenante à sa maison à l'arrière, en construction à usage d'habitation s'accompagnant de la création de deux fenêtres dans la façade nord, qui permettent désormais une vue en oblique sur sa cour ;

- il a également aménagé une petite terrasse devant l'entrée principale de ce nouvel appartement sur le foncier de la SNCF ; il a mis en place une clôture en bois qui s'appuie sur son mur et, pour égaliser et fermer la fondation de sa clôture, il a réalisé une maçonnerie dont le mortier a été coulé jusqu'au mur de sa propriété sans obtenir préalablement son accord, étant précisé que les travaux de rénovation extérieurs de sa maison n'ont pu pas être menés à bien dans la mesure où ce dernier avait fermé l'accès ;

- il n'a pas donné suite à la proposition de règlement à l'amiable sans médiateur qu'elle lui a présentée le 24 janvier 2021 de sorte qu'une mise en demeure, lui a été adressé le 27 janvier suivant ;

- le 22 décembre 2020, elle a demandé au maire de Ria-Sirach d'intervenir en vertu de ses pouvoirs de police administrative et de police de l'urbanisme pour faire cesser cette situation ;

- par courrier du 28 janvier 2021, le maire lui a indiqué que la commune ne pouvait pas s'immiscer dans un conflit de voisinage, qu'il lui appartenait de renouer des relations cordiales avec son voisin, et dans l'éventualité, où la discussion deviendrait impossible, de s'adresser soit au conciliateur de justice soit à son avocat et qu'il avait été demandé à M. C de déposer une autorisation d'urbanisme.

Par des mémoires, enregistrés les 15 mars et 16 décembre 2021, la commune de Ria-Sirach, représentée par Me Bonnet, conclut, à titre principal, au rejet de la requête comme irrecevable, subsidiairement au non-lieu à statuer, et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme D la somme de 1 000 euros en, application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que la somme de 300 euros au titre des frais de médiation judiciaire.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le courrier du maire du 28 janvier 2021 n'est pas un acte faisant grief, dans la mesure où il fait droit aux demandes de la requérante tendant à ce que le maire fasse usage de ses pouvoirs de police en matière d'urbanisme, le maire ayant invité M. C à régulariser la situation ;

- en outre la requête ne comporte aucune conclusion aux fins d'annulation et d'injonction et elle n'est pas susceptible d'être régularisée dès lors qu'un délai de plus de deux mois s'est écoulé à compter de son enregistrement ;

- M. C a satisfait aux demandes de la requérante au plan de la police de l'urbanisme et le maire ne saurait outrepasser ses pouvoirs en s'immisçant dans un litige de droit privé ;

- M. C a obtenu un permis de construire qui lui a été délivré le 22 juin 2021 régularisant l'ensemble des travaux qu'il avait effectués auparavant, notamment le changement de destination et la création de nouvelles ouvertures en façade ; ce dernier a également obtenu une décision de non-opposition à déclaration préalable le 26 août 2021 pour l'installation d'une palissade en bois afin d'obstruer la vue oblique sur le jardin de la requérante ;

- elle a épuisé sa compétence dès lors que l'invitation à régulariser les travaux qui a été adressée à M. C le 22 décembre 2020 a été suivie, l'ensemble des travaux ayant été régularisés par la délivrance d'autorisations d'urbanisme ;

- le maire ne saurait faire usage de ses pouvoirs de police municipale, pour résoudre l'occupation par M. C du terrain appartenant à la SNCF.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Lafay, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D est propriétaire, sur la commune de Ria-Sirach, d'une maison d'habitation cadastrée section C n° 451 et 452. Son voisin immédiat, M. A C, a fait l'acquisition de la parcelle bâtie cadastrée section C n° 417 dont l'entrée principale est située au 25 route nationale, mitoyenne à celles de Mme D, et a entrepris, au cours de l'année 2020, des travaux de réhabilitation de l'annexe agricole (fenil) implantée en partie sud de sa parcelle afin d'en faire une construction à usage d'habitation et s'accompagnant de la création en façade nord de deux ouvertures ayant des vues directes sur le jardin de Mme D. Il a également procédé à la pose d'un portillon prenant appui contre la façade est de la maison de Mme D ainsi qu'une clôture, ouvrages implantés au-delà de la limite séparative sud de sa propre parcelle sur un tènement foncier appartenant à la SNCF. La présence de ce portillon fermé n'a pas permis à Mme D d'effectuer des travaux de rénovation et d'étanchéité de sa maison d'habitation. Par un courrier en date du 22 décembre 2020, Mme D a sollicité du maire la mise en œuvre de ses pouvoirs de police administrative et de police de l'urbanisme. Par courrier du 28 janvier 2021, le maire lui indiquait que la commune ne pouvait pas s'immiscer dans un conflit de voisinage, qu'il lui appartenait de renouer des relations cordiales avec son voisin, et dans l'éventualité, ou la discussion deviendrait impossible, de s'adresser soit au conciliateur de justice soit à son avocat et qu'il avait demandé à M. C de déposer une autorisation d'urbanisme. Le 12 mars 2021 M. C a déposé auprès des services de la commune de Ria-Sirach une demande de permis de construire en vue d'un changement de destination d'une grange en habitation et pour des modifications des façades pour une surface de plancher créée de 72 m² que le maire a accordé par un arrêté du 22 juin 2021. Par la présente requête Mme D qui demande au tribunal de faire respecter les règles d'urbanisme doit être regardée comme contestant la décision du 28 janvier 2021 susnalysée.

2. Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre des travaux mentionnés au point 1, Mme D a demandé à M. C, par un courrier du 24 janvier 2021, d'installer, au-dessus du cabanon de la parcelle cadastrée n° 451, une palissade en bois, afin d'obstruer le vis-à-vis en oblique créé avec l'ouverture de deux fenêtres donnant sur son jardin, de procéder à la dépose, sur une largeur d'un mètre, de la clôture appuyée sur son mur côté façade est afin qu'elle puisse y avoir accès pour pouvoir effectuer des travaux de rénovation et d'étanchéité. Mme D se plaint également de ce que les travaux ont été réalisés sans autorisation d'urbanisme préalable.

3. Un permis de construire peut être légalement délivré afin de régulariser des travaux déjà exécutés, à condition que ces travaux soient conformes aux dispositions législatives ou réglementaires en vigueur à la date à laquelle le permis est accordé. Ainsi, et dans ce cadre, lorsque la construction ou les travaux ont été réalisés de manière irrégulière soit sans l'obtention du permis de construire, soit sans respecter le projet de construction autorisé, une demande de permis de régularisation peut être déposée en mairie. Lorsqu'une construction a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de déposer une déclaration ou de présenter une demande de permis portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé.

4. Il ressort des pièces du dossier que les travaux qui ont été entrepris par M. C sur le bâtiment à l'origine à usage agricole, sans autorisation d'urbanisme, tels que dénoncés par Mme D dans son courrier adressé au maire le 22 décembre 2020, ont fait l'objet, postérieurement à l'introduction de la requête, d'un permis de construire qui lui a été délivré par un arrêté du maire de Ria-Sirach du 22 juin 2021, après que le pétitionnaire eut été invité par la commune à déposer une autorisation d'urbanisme. Mme D n'a pas contesté la légalité de ce permis de construire. Dès lors que ces travaux ont été régularisés par la délivrance à M. C d'un permis de construire, la demande de Mme D est, sur ce point, dépourvue d'objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

5. Selon le dernier alinéa de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé (). ".

6. Le permis de construire, qui est délivré sous réserve des droits des tiers, a pour seul objet d'assurer la conformité des travaux qu'il autorise avec la réglementation d'urbanisme. Par suite Mme D ne saurait utilement se prévaloir, ni de ce que la création de deux fenêtres dans la façade Nord de la construction crée des vues obliques sur son jardin, ni de l'installation d'une clôture en bois appuyée sur le mur de sa maison, ni du bruit occasionné durant les travaux, questions qui relèvent d'un litige de droit privé entre voisins.

7. Enfin, il ne saurait être reproché au maire de ne pas avoir fait usage de ses pouvoirs de police dans le cadre de la réalisation des travaux entrepris par M. C sur le domaine public ferroviaire dès lors que sa gestion ne relève pas de la commune de Ria-Sirach.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la demande de Mme D en ses points 6 et 7 ne peut, en tout état de cause, qu'être rejetée.

9. Aux termes de l'article L. 213-8 du code de justice administrative : " Lorsque la mission de médiation est confiée à une personne extérieure à la juridiction, le juge détermine s'il y a lieu d'en prévoir la rémunération et fixe le montant de celle-ci. Lorsque les frais de la médiation sont à la charge des parties, celles-ci déterminent librement entre elles leur répartition. A défaut d'accord, ces frais sont répartis à parts égales, à moins que le juge n'estime qu'une telle répartition est inéquitable au regard de la situation économique des parties. () "

10. Par une ordonnance du 17 mars 2021, la présidente de ce tribunal a ordonné la mise en œuvre d'une médiation dans le litige opposant Mme D à la commune de Ria-Sirach et à M. C, a déterminé le montant prévisionnel lequel a été arrêté à la somme de 900 euros et a précisé que les frais et honoraires seront mis à la charge des parties. Le médiateur a facturé à la commune de Ria-Sirach la somme de 300 euros, montant correspondant à la quote-part revenant à parts égales à chacune des trois parties à la procédure de médiation. Par suite, les conclusions de la commune de Ria-Sirach tendant à ce que la somme de 300 euros soit mise à la charge de Mme D au titre des frais de la médiation qu'elle a supportée dont l'aboutissement a finalement échoué ne peuvent qu'être rejetées.

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Ria-Sirach présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme D en tant qu'elle concerne l'édification par M. C d'une construction à usage d'habitation sans autorisation d'urbanisme.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Ria-Sirach présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre des frais de médiation sont rejetées.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme B D, à la commune de Ria-Sirach et à M. A C.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le rapporteur,

M. Rousseau

Le président,

D. Besle La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 février 2023

La greffière,

C. Arce

lr

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