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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2100616

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2100616

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2100616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAGASSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 février 2021 et 29 juillet 2021, Mme E A, représentée par Me Magassa, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la communication des arrêtés des 18 septembre 2020 et 16 octobre 2020 par lesquels le maire de La Grande-Motte a délivré un permis de construire initial et un permis de construire modificatif à M. et Mme D, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2020 par lequel le maire de La Grande-Motte a délivré à M. et Mme D un permis de construire une maison d'habitation sur le lot 2 de la parcelle cadastrée section AR n° 62 située 13 impasse des Palombes, ainsi que l'arrêté du 16 octobre 2020 par lequel la même autorité a délivré à M. et Mme D un permis de construire modificatif ;

3°) de mettre à la charge de la commune de La Grande-Motte ou de M. et Mme D une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet en ce qu'il ne permet pas d'apprécier la localisation exacte de la construction en méconnaissance de l'article R. 431- 5 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire modificatif remet complètement en cause le permis initialement délivré ;

- le projet ne respecte pas les règles d'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives concernant le secteur 1Uda de la zone UD en raison de la hauteur de la construction portée à 7,30 mètres ;

- le projet autorisé aura des conséquences directes sur les conditions de jouissance de son bien et sur son cadre de vie ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme compte tenu de l'étroitesse de la voie d'accès à la parcelle, du stationnement des véhicules en enfilade et de l'impossibilité d'y faire demi-tour ;

- les permis litigieux portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- en outre, le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des dispositions des articles R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme ;

- le projet litigieux porte atteinte au caractère de la zone UD défini par le règlement du plan local d'urbanisme et aux lieux avoisinants ;

- les modalités d'accès et de desserte portent atteinte à la sécurité publique, ne respectent pas les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme relatives aux accès et au stationnement tandis que l'augmentation de l'emprise de la construction va aggraver le risque inondation alors même que le projet se situe en zone bleue urbaine du PPRI.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2021, M. et Mme B D, représentés par la SELARL Maillot avocats et associés, agissant par Me Maillot, concluent au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la mise en œuvre des article L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable car tardive en tant qu'elle est dirigée contre le permis de construire initial du 18 septembre 2020 tandis que Mme A est dépourvue d'intérêt à agir contre le permis de construire modificatif du 16 octobre 2020 ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2021, la commune de La Grande-Motte, représentée par l'AARPI MB avocats, agissant par Me Merland, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable car tardive en tant qu'elle est dirigée contre le permis de construire initial du 18 septembre 2020 tandis que Mme A est dépourvue d'intérêt à agir contre le permis de construire modificatif du 16 octobre 2020 ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par courrier en date du 19 janvier 2023, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité, en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, des moyens tirés de l'incomplétude du dossier au regard des articles R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme, de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme relatives au caractère de la zone, à l'accès et au stationnement, de l'atteinte à la sécurité et la salubrité publique et de l'aggravation du risque inondation au regard de la situation du projet en zone bleue urbaine du plan de prévention des risques d'inondation, dès lors qu'ils ont été soulevés pour la première fois dans le mémoire enregistré le 29 juillet 2021, soit plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- les observations de Me Bonnet, représentant la commune de La Grande-Motte, et celles de Me Montesinos, représentant M. et Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 septembre 2020, le maire de la commune de La Grande-Motte a délivré à M. et Mme D un permis de construire une maison d'habitation sur le lot 2 de la parcelle cadastrée section AR n° 62 située 13 impasse des Palombes. Par arrêté du 16 octobre 2020, il leur a délivré un permis de construire modificatif portant sur la surélévation de la hauteur de la villa de 20 centimètres et des extensions en rez-de-chaussée en façades Nord-Ouest et Nord-Est conduisant à une augmentation de la surface de plancher de 11,93 m². Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions aux fins de production des arrêtés attaqués :

2. Dans ses observations produites en défense et communiquées à Mme A, la commune de La Grande-Motte a versé au débat les arrêtés des 18 septembre 2020 et 16 octobre 2020. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit ordonnée sous astreinte la production de ces arrêtés ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : / () c) La localisation et la superficie du ou des terrains () ".

4. Le dossier de demande de permis de construire initial comporte un plan de situation et un plan cadastral ayant permis au service instructeur d'apprécier la localisation de la parcelle sur laquelle le projet s'implante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, l'autorité compétente, saisie d'une demande en ce sens, peut délivrer au titulaire d'un permis de construire en cours de validité un permis modificatif, tant que la construction que ce permis autorise n'est pas achevée, dès lors que les modifications envisagées n'apportent pas à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

6. En l'espèce, alors qu'il n'est ni soutenu ni allégué que la construction autorisée aurait été achevée, les modifications autorisées au titre du permis modificatif délivré le 16 octobre 2020, compte tenu de leurs caractéristiques et de leur importance, ne peuvent être regardées comme apportant au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature. Par suite, le moyen tel que développé doit être écarté de même que celui, à le supposer soulevé, de l'existence d'une fraude.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 2-1 de la zone UD du règlement du plan local d'urbanisme de La Grande-Motte : " La distance comptée horizontalement de tout point d'un bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points sans pouvoir être inférieure à 3 mètres ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la maison d'habitation autorisée au titre du permis de construire modificatif présente au niveau du rez-de-chaussée un décroché situé à 3 mètres des limites séparatives. Toutefois, compte tenu de la hauteur de ce décroché située à 4,40 mètres, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les dispositions précitées sont méconnues. Par ailleurs, il est constant que la partie de construction située en R+1 dont la hauteur à l'acrotère culmine à 7,30 mètres sera implantée à une distance de 4 mètres des limites séparatives. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des règles d'implantation par rapport aux limites séparatives doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Les arrêtés contestés par lesquels le maire de La Grande-Motte a délivré à M. et Mme D un permis de construire une maison d'habitation et un permis modificatif ne constituent pas une ingérence d'une autorité publique dans les droits, garantis par les stipulations précitées, au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Par suite, la requérante ne peut utilement se prévaloir des stipulations précitées, ni davantage faire valoir pour contester la légalité de ces arrêtés que le projet autorisé conduira à une perte d'ensoleillement et à la création d'un vis-à-vis sur sa parcelle.

11. En cinquième lieu, les dispositions de l'article R. 111-1 du code de l'urbanisme font obstacle à ce que la requérante puisse utilement invoquer celles de l'article R. 111-5, dès lors que la commune de La Grande-Motte est couverte par un plan local d'urbanisme.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative ".

13. Il résulte de ces dispositions qu'un moyen nouveau présenté après l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense est, en principe, irrecevable. Lorsqu'est produit un mémoire comportant un tel moyen, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction doit informer les parties de son irrecevabilité, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, sauf s'il décide de fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens, postérieure à la production du mémoire en cause. Il est toujours loisible au président de la formation de jugement de fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens s'il estime que les circonstances de l'affaire le justifient. Il doit y procéder dans le cas particulier où le moyen est fondé sur une circonstance de fait ou un élément de droit dont la partie concernée n'était pas en mesure de faire état avant l'expiration du délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense et est susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire.

14. En l'espèce, le premier mémoire en défense a été communiqué aux parties le 22 février 2021. La requérante a soulevé les moyens tirés de l'incomplétude du dossier au regard des articles R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme, de la méconnaissance des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme relatives au caractère de la zone, à l'accès et au stationnement, de l'atteinte à la sécurité et la salubrité publique et de l'aggravation du risque inondation au regard de la situation du projet en zone bleue urbaine du plan de prévention des risques d'inondation, pour la première fois dans son mémoire du 29 juillet 2021, soit postérieurement à la date fixée par les dispositions citées au point précédent. Ces moyens ne sont pas fondés sur une circonstance de fait ou un élément de droit dont Mme A n'était pas en mesure de faire état avant l'expiration du délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Par suite, le président de la formation de jugement n'était pas tenu de fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens et c'est à bon droit qu'il a informé les parties de l'irrecevabilité de ce nouveau moyen, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative. Les moyens nouveaux soulevés dans le mémoire enregistré le 29 juillet 2021 doivent ainsi être écartés comme irrecevables, en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées,

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de La Grande-Motte ou de M. et Mme D, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A une somme de 750 euros à verser à la commune de La Grande-Motte ainsi qu'une somme de 750 euros à verser à M. et Mme D sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera une somme de 750 euros à la commune La Grande-Motte ainsi qu'une somme de 750 euros à M. et Mme D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à la commune de La Grande-Motte et à M. et Mme B D.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

F. Goursaud

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 9 février 2023.

La greffière,

M. C00aj

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