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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2100687

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2100687

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2100687
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantHOSSEINI NASSAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2021, Mme D E, représentée par Me Hosseini Nassab, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 16 septembre 2020 et 9 novembre 2020 par lesquelles l'agence régionale de santé Occitanie a mis fin à son contrat de vacation conclu le 3 septembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'agence régionale de santé Occitanie de requalifier son contrat de vacataire conclu le 3 septembre 2020 en contrat à durée indéterminée ;

3°) de condamner l'agence régionale de santé Occitanie à lui verser la somme de 16 800 euros correspondant aux indemnités qui lui sont dues, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2020 ;

4°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé Occitanie la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par des autorités incompétentes ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elle est en droit d'obtenir le versement de la somme de 16 800 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait des illégalités fautives entachant les décisions attaquées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 février 2022, l'agence régionale de santé Occitanie conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 septembre 2020 sont irrecevables, s'agissant d'une mesure d'ordre intérieur qui ne fait pas grief ;

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 9 novembre 2020, qui n'est pas versée à l'instance, sont irrecevables, s'agissant d'un courrier qui ne fait pas grief ;

- les conclusions indemnitaires de la requête, qui n'ont pas été précédées d'une réclamation préalable de nature à lier le contentieux, sont irrecevables ;

- à titre subsidiaire, la requête n'est pas fondée.

Par une décision du 11 décembre 2020, Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hosseini Nassab, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a été recrutée par l'agence régionale de santé (ARS) Occitanie à compter du 3 septembre 2020 en qualité de vacataire, à titre occasionnel, dans le cadre des équipes d'investigation chargées d'assurer la prise en charge du " contact-tracing " durant la crise sanitaire liée à l'épidémie de COVID-19 et ce pour une durée de six mois. Le 16 septembre 2020, l'ARS Occitanie a informé l'intéressée qu'elle ne la mobiliserait plus dans le cadre de son contrat de vacation. Par un courrier du 5 octobre 2020, Mme E a saisi le délégué de l'Hérault du Défenseur des droits afin de trouver une issue favorable à ce litige. Le 9 novembre 2020, l'ARS Occitanie a répondu à cette saisine en refusant tout règlement amiable. Par la requête susvisée, Mme E demande au tribunal d'annuler les décisions des 16 septembre 2020 et 9 novembre 2020 par lesquelles l'ARS Occitanie a mis fin à son contrat de vacation conclu le 3 septembre 2020 et de la condamner à lui verser la somme 16 800 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de ces décisions.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. L'article R. 421-1 du code de justice administrative prévoit que : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Aux termes de son article R. 412-1 : " La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué () ".

3. Ainsi que le fait valoir l'ARS Occitanie en défense, le courrier du 9 novembre 2020, qui n'est au demeurant pas versé à l'instance, ne fait que répondre à une saisine du délégué de l'Hérault du Défenseur des droits. Ce courrier ne fait pas grief à la requérante et n'est donc pas susceptible de recours. La fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'absence de caractère décisoire du courrier du 9 novembre 2020 doit donc être accueillie. En revanche, contrairement à ce que fait valoir l'ARS Occitanie, la décision du 16 septembre 2020 mettant fin au contrat de vacation de Mme E ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur et fait grief à l'intéressée. La fin de non-recevoir tirée de ce que cette décision est insusceptible de recours doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 16 septembre 2020 :

4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 16 septembre 2020 par laquelle l'ARS Occitanie a mis un terme au contrat de vacation de Mme E a été signée par Mme B A, adjointe au directeur des ressources humaines, qui bénéficiait, en vertu d'une décision ARS-OC n° 2020-0036, d'une délégation à l'effet de signer au nom du directeur général de l'ARS Occitanie les décisions relatives à l'exercice de la totalité des missions de l'agence régionale. Toutefois, il est établi que cette délégation ne lui a été consentie qu'à compter du 15 octobre 2020, soit postérieurement à l'édiction de la décision attaquée. Contrairement à ce que fait valoir l'ARS Occitanie en défense, cette délégation ne pouvait, sauf à méconnaître le principe de non-rétroactivité des actes administratifs, prendre effet à compter du 1er avril 2020, soit antérieurement à sa date d'édiction. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 16 septembre 2020 doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme E est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 16 septembre 2020 par laquelle l'ARS Occitanie a mis un terme à son contrat de vacation conclu le 3 septembre 2020.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Ainsi qu'il a été dit au point 5, la décision du 16 septembre 2020 par laquelle l'ARS Occitanie a mis un terme au contrat de vacation de la requérante est entachée d'un vice d'incompétence. Cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'ARS Occitanie. Toutefois, si Mme E soutient que cette décision lui a causé un préjudice financier, elle n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence d'un lien direct et certain entre ce préjudice et l'illégalité commise. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité, les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement n'implique nullement qu'il soit enjoint à l'ARS Occitanie de requalifier le contrat de vacation conclu le 3 septembre 2020 avec Mme E en contrat à durée indéterminée. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ARS Occitanie une somme de 1 500 euros à verser à Me Hosseini Nassab, avocat de Mme E, au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 16 septembre 2020 par laquelle l'agence régionale de santé Occitanie a mis un terme au contrat de vacation conclu le 3 septembre 2020 avec Mme E est annulée.

Article 2 : L'Etat (agence régionale de santé Occitanie) versera à Me Hosseini Nassab une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et à l'agence régionale de santé Occitanie.

Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Gavalda, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

La rapporteure,

A. CLe président,

J-P. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 10 mars 2023.

La greffière,

B. Flaesch

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