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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2100856

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2100856

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2100856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantMANYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2021, Mme C A, représentée par Me Manya, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 décembre 2020 par laquelle le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a refusé sa demande de rupture conventionnelle présentée le 14 février 2020 ;

2°) d'ordonner à l'Etat de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par un auteur ne disposant pas de la compétence pour ce faire ;

- elle n'a pas été informée de la possibilité de se faire assister lors de l'entretien avec son supérieur hiérarchique ;

- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, eu égard au caractère excessif du délai entre le dépôt de sa demande et la fixation de l'entretien prévu par l'article 2 du décret n° 2019-1593 du 31 décembre 2019 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le refus est fondé sur l'absence de mise en place d'une commission chargée d'examiner sa demande qui n'a jamais été mise en place ;

- elle méconnaît le principe de l'égalité de traitement entre fonctionnaires ;

- elle méconnaît le principe de non-discrimination dès lors que sa demande a été refusée sans motif alors qu'un autre agent a pu bénéficier d'une telle procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, le ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2019-828 du 6 août 2019 ;

- le décret n° 2019-1593 du 31 décembre 2019 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pion-Riccio, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, affectée à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Pyrénées-Orientales a présenté le 14 février 2020 une demande de rupture conventionnelle de la fonction publique sur le fondement du décret n° 2019-1593 du 31 décembre 2019. Après un entretien qui s'est déroulé le 24 février 2020, cette demande a été rejetée par le directeur des ressources humaines du ministère du travail par une décision du 24 novembre 2020. Mme A a introduit un recours gracieux contre ce refus, rejeté le 18 décembre 2020. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de la décision du 18 décembre 2020, rejetant son recours gracieux.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il ressort des pièces du dossier que les conclusions à fin d'annulation de la requête, dirigées uniquement contre la décision du 18 décembre 2020 rejetant le recours gracieux présenté par Mme A, doivent être regardées comme dirigées contre la décision initiale du 24 novembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision du 24 novembre 2020 a été signée par M. D E, directeur des ressources humaines au secrétariat général des ministères chargés des affaires sociales à compter du 26 novembre 2018 et a reçu compétence pour signer une telle décision en application du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'absence de délégation régulière du signataire de la décision du 18 décembre 2020, moyen qui se rattache à un vice propre à la décision rejetant le recours gracieux, est inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 72 de la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique : " I. - L'administration et le fonctionnaire mentionné à l'article 2 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 précitée, l'autorité territoriale et le fonctionnaire mentionné à l'article 2 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée, les établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 précitée et les fonctionnaires de ces établissements peuvent convenir en commun des conditions de la cessation définitive des fonctions, qui entraîne radiation des cadres et perte de la qualité de fonctionnaire. La rupture conventionnelle, exclusive des cas mentionnés à l'article 24 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 précitée, ne peut être imposée par l'une ou l'autre des parties. /La rupture conventionnelle résulte d'une convention signée par les deux parties. La convention de rupture définit les conditions de celle-ci, notamment le montant de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle, qui ne peut pas être inférieur à un montant fixé par décret. /Durant la procédure de rupture conventionnelle, le fonctionnaire peut se faire assister par un conseiller désigné par une organisation syndicale de son choix". Aux termes de ceux de l'article 2 du décret n° 2019-1593 du 31 décembre 2019 relatif à la procédure de rupture conventionnelle dans la fonction publique : " La procédure de la rupture conventionnelle peut être engagée à l'initiative du fonctionnaire ou de l'administration, de l'autorité territoriale ou de l'établissement dont il relève. () Dans les conditions prévues aux articles 3 et 4, un entretien relatif à cette demande se tient à une date fixée au moins dix jours francs et au plus un mois après la réception de la lettre de demande de rupture conventionnelle. (). L'article 3 du même décret dispose quant à lui, dans sa version résultant de la décision du conseil d'Etat du 13 décembre 2021 n° 439031, 439216, 439217 : " Le fonctionnaire qui souhaite se faire assister () au cours du ou des entretiens en informe au préalable l'autorité avec laquelle la procédure est engagée. () ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A a été reçue en entretien le 24 février 2020 à la suite de sa demande de rupture conventionnelle qu'elle a formée par courrier du 14 février 2020, soit onze jours après l'envoi de sa demande, conformément aux dispositions précitées de l'article 2 du décret du 31 décembre 2019. D'autre part, aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe n'impose que l'agent public qui sollicite le bénéfice d'une rupture conventionnelle soit informé de son droit d'être assisté lors de l'entretien. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision du 24 novembre 2020 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le refus de faire droit à la demande de rupture conventionnelle de l'intéressée serait motivée par l'absence de création d'une commission ad hoc chargée d'examiner les demandes présentées par les fonctionnaires relevant du ministère du travail, de l'emploi et de l'insertion. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté comme inopérant.

9. En cinquième lieu, si Mme A se prévaut de ce que la demande d'un autre agent a reçu une issue favorable, cette circonstance ne caractérise pas, par elle-même, en l'absence de preuve d'une situation de fait et de droit identiques, une rupture d'égalité de traitement.

10. En sixième et dernier lieu, de manière générale, il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

11. Si Mme A soutient que le refus contesté porte atteinte au principe de non-discrimination, elle n'apporte au soutien de cette allégation aucun commencement de preuve. Par suite, ce moyen sera écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 24 novembre 2020 par laquelle le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a rejeté sa demande de rupture conventionnelle doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

A. BLe président,

J.P. Gayrard

La greffière,

I. Laffargue

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 octobre 2022.

La greffière,

I. Laffargueil

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