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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101075

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101075

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPANFILI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mars 2021 et 6 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Panfili, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir :

- la décision du 18 janvier 2021 prise par le directeur général du centre hospitalier universitaire de Montpellier de maintenir sa notation au titre de l'année 2020 ;

- sa notation au titre de l'année 2020 ;

2°) - d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de Montpellier, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa notation au titre de l'année 2020, en tenant compte des seuls critères prescrits par la loi, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de reconstituer sa carrière et son avancement s'il y a lieu, d'adresser aux agents à l'origine de cette notation un rappel au principe de non-discrimination et des sanctions encourues en cas de violation de ce principe ;

3°) - de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision par laquelle a été maintenue sa notation au titre de l'année 2020 après avis de la commission administrative paritaire n'est pas motivée et ne comporte pas l'avis de la commission ;

- les décisions sont entachées d'une erreur de droit :

- pour méconnaitre l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 portant diverses dispositions d'adaptation au droit communautaire dans le domaine de la lutte contre les discriminations, en ce que lui sont reprochées implicitement ses absences pour raison de santé ;

- pour indiquer que " son temps de présence ne permet pas une évaluation " tout en procédant au maintien de sa précédente notation, ce qui apparait incohérent ;

- pour estimer à tort que son temps de présence était insuffisant pour procéder à une évaluation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 décembre 2021, le centre hospitalier universitaire de Montpellier, représenté par la SCP Vinsonneau-Paliès Noy Gauer et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que Mme A lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par lettre adressée le 2 mai 2023, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions présentées par Mme A tendant à ce que le tribunal adresse aux agents à l'origine de la notation litigieuse un rappel au principe de non-discrimination et des sanctions encourues en cas de violation de ce principe.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 2008-496 du 27 mai 2008 ;

- la loi n°86-633 du 9 janvier 1986 ;

- l'arrêté ministériel du 6 mai 1959 relatif à la notation du personnel des établissements d'hospitalisation, de soins et de cure publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, première conseillère ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- et les observations de Me Constans, représentant le centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir exercé au centre hospitalier universitaire de Montpellier depuis 2003 en qualité d'aide-soignante, Mme A a intégré le corps des infirmiers en 2017. Elle a été affectée au service " Neurologie-Hospitalisation complète " du 1er décembre 2016 au 19 avril 2020. Elle a bénéficié d'un congé maladie du 24 octobre 2019 au 19 avril 2020. A son retour, elle a été affectée du 20 avril au 17 mai 2020 au centre de gérontologie du SSR Balmes puis en psychiatrie pour une période de trois mois. Elle a fait l'objet d'une notation pour la période allant de juin 2019 à juin 2020 au titre de l'année 2020 dont elle a demandé la révision. Après avis de la commission administrative paritaire, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Montpellier a décidé de maintenir la notation. Par la présente, Mme A demande au tribunal d'annuler sa notation pour l'année 2020 ainsi que la décision de la maintenir.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 17 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : "Les notes et appréciations générales attribuées aux fonctionnaires et exprimant leur valeur professionnelle leur sont communiquées. / Les statuts particuliers peuvent ne pas prévoir de système de notation.". Aux termes de l'article 65 de la loi 86-33 applicable au litige : " Le pouvoir de fixer les notes et appréciations générales exprimant la valeur professionnelle des fonctionnaires dans les conditions définies à l'article 17 du titre Ier du statut général est exercé par l'autorité investie du pouvoir de nomination, après avis du ou des supérieurs hiérarchiques directs. Les commissions administratives paritaires ont connaissance des notes et appréciations ; à la demande de l'intéressé, elles peuvent en proposer la révision. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités d'application du présent article. ".

3. Il résulte des dispositions précitées que, sauf dérogation prévue par les statuts particuliers, doit être attribuée chaque année à tout fonctionnaire en activité une note chiffrée accompagnée d'une appréciation écrite exprimant sa valeur professionnelle, l'application de ces dispositions est subordonnée à la présence effective du fonctionnaire au cours de l'année en cause pendant une durée suffisante, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées, pour permettre à son chef de service d'apprécier sa valeur professionnelle. S'il est estimé que la durée de présence effective de l'agent permet une notation, en application de l'article 1er de l'arrêté ministériel du 6 mai 1959 susvisé, entre en compte, pour la détermination de la notation, un certain nombre de critères dont ne fait pas partie la durée de présence en service.

4. Il ressort des pièces du dossier, que le centre hospitalier universitaire de Montpellier a décidé, en dépit d'absences au cours de la période de référence, d'attribuer à Mme A une notation au titre de l'année 2020. Si ladite notation indique une note chiffrée pour cinq critères que sont les connaissances professionnelles, l'application dans l'exécution du travail, l'esprit d'initiative, l'aptitude psychologique à l'exercice des fonctions et la tenue générale et ponctualité, elle indique également pour appréciation générale que " son temps de présence sur l'année ne permet pas une évaluation ". Il résulte des dispositions précitées, qu'en retenant ce critère du présentéisme, étranger au nombre de ceux pouvant être pris en considération, la notation de Mme A au titre de l'année 2020 et la décision de son maintien après avis de la commission administrative paritaire sont entachées d'une erreur de droit.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, les décisions litigieuses doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Compte tenu des motifs de l'annulation des décisions attaquées, il est enjoint au centre hospitalier universitaire de Montpellier de procéder à un nouvel examen de la notation de Mme A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et d'en tirer le cas échéant toutes les conséquences en termes de carrière.

7. Le surplus des conclusions injonctives, tendant à ce que le tribunal adresse aux agents à l'origine de la notation litigieuse un rappel au principe de non-discrimination et des sanctions encourues en cas de violation de ce principe, doit être rejeté pour être irrecevable.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Montpellier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier universitaire de Montpellier demande au titre des frais exposés par lui elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La notation de Mme A au titre de l'année 2020 et la décision en date du 18 janvier 2021 par laquelle le directeur général du Centre hospitalier universitaire de Montpellier a décidé de la maintenir sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier universitaire de Montpellier de procéder à un réexamen de la notation 2020 de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et d'en tirer, le cas échéant toutes les conséquences en termes de carrière.

Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Montpellier versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au centre hospitalier universitaire de Montpellier.

Délibéré après l'audience publique du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

JP Gayrard

La greffière,

G. Munoz

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 19 juin 2023.

La greffière,

G. Munoz

4

N° 1901371

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