jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2101185 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ROSE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mars 2021, M. C B, représenté par Me Rosé, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 octobre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour toute sa famille dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à Me Rosé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait ;
- l'article 20 de la directive 2013/33/UE dite " accueil " est méconnu, dès lors que pour appliquer les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'a pas apprécié sa situation familiale ni n'a pris de mesures leur assurant un niveau de vie digne ;
- un défaut d'examen réel complet de sa situation et une erreur de fait, entachent la décision, à défaut de reconnaître la présence de deux jeunes enfants et de les prendre en compte comme un facteur de vulnérabilité aux termes de l'article 21 de cette directive et au sens de l'article L. 744-6 du même code ;
- l'OFII a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de vulnérabilité de la famille, hébergée de manière précaire sans disposer de ressources et composée de jeunes enfants ;
- l'intérêt supérieur des enfants, tel qu'il résulte des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et des articles 21 et 23 de la directive " accueil ", est méconnu ;
- le droit d'asile, dont les conditions matérielles d'accueil sont un corollaire, est méconnu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la directive (UE) n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Crampe,
- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,
- et les observations de Me Rosé représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien, accompagné de son épouse et leur fille âgée de 5 ans de même nationalité, dont la demande d'asile en France a été instruite selon la procédure " Dublin ", a fait l'objet le 14 août 2018 d'un arrêté de transfert vers le pays responsable de l'instruction de sa demande d'asile auquel il s'est soustrait le 27 mars 2019. Il s'est vu retirer, le 15 avril 2019, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. A l'expiration du délai de transfert, sa demande d'asile a été placée en procédure accélérée, puis rejetée le 10 mars 2021 par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA). La cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé cette décision le 29 juin 2021 et une demande de réexamen présentée par le requérant a été rejetée comme irrecevable par l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) le 20 janvier 2022. M. B demande l'annulation de la décision du 19 octobre 2020 par laquelle l'OFII a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". Aux termes de l'article D. 744-25 du même code : " Au sein du foyer, le bénéficiaire de l'allocation est celui qui a déposé la demande. Toutefois, le bénéficiaire peut être désigné d'un commun accord () ". Enfin, en application de l'article D. 744-26 du même code : " En application du cinquième alinéa de l'article L. 744-9, l'allocation pour demandeur d'asile est composée d'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction du nombre de personnes composant le foyer, et, le cas échéant, d'un montant additionnel destiné à couvrir les frais d'hébergement ou de logement du demandeur ".
3. Il résulte de ces dispositions que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues en application des 1°, 2° ou 3°, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B, privé de l'allocation des demandeurs d'asile depuis le 19 avril 2019, se trouvait à la date de la décision attaquée hébergé en foyer d'urgence avec son épouse et leurs deux petites filles, âgées de 7 et 2 ans. Cette situation, même si elle lui est en partie imputable, dès lors qu'il s'est volontairement soustrait à son transfert vers le pays initialement responsable de l'instruction de sa demande d'asile, place la famille dans une situation de vulnérabilité. L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration ne saurait utilement invoquer la circonstance que sa base de donnée informatisée AGDREF mentionne, à tort, que le requérant n'a aucun besoin d'hébergement, alors que l'évaluation de vulnérabilité mentionne que la famille " a vécu en squat pendant 2 ans avec ses enfants en bas âge en France " et que les intéressés " ont déclaré être hébergés par le 115 ", soit un dispositif d'urgence, au cours de l'entretien individuel conduit le 19 octobre 2020, ni de ce qu'ils pouvaient accéder aux soins médicaux et à l'aide associative, dont la perspective ne peut s'assimiler à la garantie d'un niveau de vie digne au sens de l'article 20 de la directive susvisée. C'est ainsi par une erreur d'appréciation de sa situation que l'OFII a refusé dans les conditions particulières de l'espèce de faire droit à la demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil présentée par M. B.
5. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 octobre 2020 par laquelle l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions en injonction et astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette décision doit intervenir dans un délai déterminé " ;
7. Considérant que l'exécution du jugement prononçant l'annulation du rejet par l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration du rétablissement des conditions matérielles d'accueil implique nécessairement que l'autorité administrative rétablisse les conditions matérielles au profit du requérant pour le compte de l'ensemble du foyer à partir du 19 octobre 2020 et jusqu'au 29 juin 2021, date à laquelle le rejet de sa demande d'asile a été confirmé par la cour nationale du droit d'asile.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'Etat, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. / Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'Etat. () " ;
9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Rosé, son avocate, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 19 octobre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. B pour le compte de l'ensemble du foyer du 19 octobre 2020 au 5 avril 2021.
Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Rosé, conseil de M. B, la somme de 1 200 euros au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de renonciation à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Corneloup, présidente,
Mme Couegnat, première conseillère,
Mme Crampe, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.
La rapporteure
S. Crampe La présidente,
F. Corneloup
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 9 novembre 2023.
La greffière,
M. A
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026