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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101302

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101302

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantMANYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mars 2021, Mme A B, représentée par Me B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 décembre 2020 par laquelle la directrice interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Sud a fixé la date de consolidation de son état de santé au 11 septembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis de la commission de réforme ne lui a pas été communiqué ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation en ce qu'il fixe la date de consolidation de son état de santé au 11 septembre 2020 alors qu'elle éprouve des douleurs séquellaires persistantes et qu'elle poursuit ses soins médicaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable du fait de sa tardiveté ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, éducatrice au sein de la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse (DIRPJJ) Sud, a été victime d'un accident dans le cadre de ses fonctions le 21 novembre 2017, dont l'imputabilité au service a été reconnue par une décision du 19 décembre 2017. Par la requête susvisée, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 2 décembre 2020 par laquelle la directrice interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Sud a fixé la consolidation de son état de santé au 11 septembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () / 2° () les chefs des services à compétence nationale mentionnés au deuxième alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 () ". Aux termes de l'article R. 241-6 du code de la protection judiciaire des mineurs : " Sous l'autorité du garde des sceaux, ministre de la justice, les directeurs interrégionaux ont autorité sur les directeurs territoriaux de la protection judiciaire de la jeunesse de leur ressort. () ". Aux termes de l'article R. 421-7 du même code : " Sous la responsabilité des directeurs interrégionaux, les directions interrégionales de la protection judiciaire de la jeunesse sont chargées de : () / 6° La gestion des ressources humaines, le recueil et l'analyse des besoins individuels et collectifs de formation ainsi que l'élaboration du plan interrégional de formation continue ; () ".

3. Par arrêté du 27 novembre 2018, publié au Journal officiel de la République française n° 0278 du 1er décembre 2018, Mme D. a été nommée directrice interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Sud. Par un décret du président de la République du 30 novembre 2020, publié au Journal officiel de la République française n° 0291 du 2 décembre 2020, elle a été maintenue en position de détachement afin d'occuper les mêmes fonctions, pour une durée de deux ans, à compter du 1er décembre 2020. Ainsi, elle était compétente pour signer au nom du ministre et par délégation, la décision attaquée du 2 décembre 2020. Dans ces conditions le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision contestée par laquelle la directrice interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Sud a fixé la date de consolidation de l'état de santé de Mme B au 11 septembre 2020 ne relève d'aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation est inopérant et doit être écarté.

5. En troisième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'administration de communiquer spontanément l'avis de la commission de réforme. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B aurait sollicité la communication dudit avis avant l'intervention de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'absence de communication de l'avis de la commission de réforme doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. () ".

7. La date de consolidation correspond au moment où les lésions se fixent et acquièrent un caractère permanent, ce qui permet alors d'apprécier un taux d'incapacité permanente partielle qui a résulté d'une pathologie ou d'un accident. La consolidation de l'état de santé ne peut, en revanche, être assimilée à la guérison et ne constitue pas davantage une circonstance impliquant nécessairement la fin des soins nécessités par cette pathologie ou cet accident. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur la date de consolidation retenue par l'autorité administrative.

8. Pour fixer la date de consolidation de l'accident de service subi par Mme B au 21 novembre 2017, la directrice interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Sud s'est appuyée sur l'avis émis par la commission départementale de réforme lors de sa séance du 19 novembre 2020 ainsi que sur l'expertise médicale réalisée le 11 septembre 2020. En se bornant à soutenir qu'elle éprouve des douleurs persistantes et qu'elle poursuit des soins médicaux et, en particulier, des séances de kinésithérapie, Mme B n'établit pas que son état de santé se serait aggravé depuis le 11 septembre 2020 et ne remet, ce faisant, pas sérieusement en cause la date de consolidation de son accident de service qui, ainsi qu'il a été dit plus haut, ne peut être assimilée à une guérison. En outre, et en tout état de cause, il ressort des termes mêmes de l'avis émis par la commission de réforme que les séances de kinésithérapie dispensées postérieurement à la date de consolidation seront prises en charge par l'administration, à hauteur de douze séances maximum. Par suite, le moyen tiré de ce que la directrice interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Sud aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant au 11 septembre 2020 la date de consolidation de son accident de service doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 2 décembre 2020 par laquelle la directrice interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse Sud a fixé la date de consolidation de son état de santé au 11 septembre 2020.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à Mme B la somme demandée par elle au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Gavalda, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

La rapporteure,

A. CLe président,

J-P. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 9 décembre 2022.

La greffière,

B. Flaesch

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