mardi 7 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2101327 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP PHILIPPE SENMARTIN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 17 mars et le 9 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me Senmartin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 juillet 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement pour inaptitude ;
2°) d'annuler la décision du 20 janvier 2021 par laquelle la ministre du travail, a rejetant le recours hiérarchique qu'elle avait formée contre la décision de l'inspecteur du travail du 10 juillet 2020, confirmé la décision de ce dernier ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de l'inspecteur du travail comme de la ministre du travail sont entachées d'une erreur d'appréciation ;
- le licenciement pour inaptitude est en lien avec le mandat qu'elle a exercé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Transdev Occitanie Littoral, représentée par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Capstan Pytheas avocats, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Une mise en demeure a été adressée, le 14 juin 2021, à la ministre du travail, qui n'a pas présenté d'observations en défense.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C ;
- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public ;
- les observations de Me Mora, représentant Mme A ;
- et les observations de Me El Mir, représentant la SAS Transdev Occitanie Littoral.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée, le 19 avril 2004, par contrat à durée déterminée, en qualité d'agent de maîtrise, par la SAS Progesud, devenue SAS Transdev Occitanie Littoral, dont le secteur d'activité est le transport routier de voyageurs, pour exercer les fonctions de chef de secteur. Elle a été membre du comité d'entreprise, puis déléguée du personnel à compter du 9 novembre 2016 et candidate, le 18 octobre 2019, à l'élection des membres du comité social et économique de l'entreprise. Le médecin du travail a prononcé, le 25 février 2020, l'inaptitude physique de Mme A. Par lettre du 13 mai 2020, la SAS Transdev Occitanie Littoral a sollicité le licenciement de Mme A pour ce motif. Par une décision du 10 juillet 2020, l'inspecteur du travail a autorisé le licenciement. Par une lettre du 10 septembre 2020, reçue le 17 septembre suivant par la ministre du travail, Mme A a formé un recours hiérarchique qui a été implicitement rejeté. Par une décision du 20 janvier 2021, la ministre du travail a, substituant sa décision au refus implicite opposé au recours hiérarchique, confirmé le licenciement de cette dernière. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail et de la décision expresse de la ministre du travail.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 1226-2 du code du travail, alors en vigueur : " Lorsque le salarié victime d'une maladie ou d'un accident non professionnel est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités. Cette proposition prend en compte, après avis des délégués du personnel lorsqu'ils existent, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existantes dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur la capacité du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail. "
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 1226-2 du code du travail : " Lorsque le salarié victime d'une maladie ou d'un accident non professionnel est déclaré inapte par le médecin du travail, en application de l'article L. 4624-4, à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment, l'employeur lui propose un autre emploi approprié à ses capacités, au sein de l'entreprise ou des entreprises du groupe auquel elle appartient le cas échéant, situées sur le territoire national et dont l'organisation, les activités ou le lieu d'exploitation assurent la permutation de tout ou partie du personnel. () / Cette proposition prend en compte, après avis du comité social et économique lorsqu'il existe, les conclusions écrites du médecin du travail et les indications qu'il formule sur les capacités du salarié à exercer l'une des tâches existantes dans l'entreprise. Le médecin du travail formule également des indications sur la capacité du salarié à bénéficier d'une formation le préparant à occuper un poste adapté. / L'emploi proposé est aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, aménagements, adaptations ou transformations de postes existants ou aménagement du temps de travail ". Selon l'article L. 1226-2-1 du même code : " Lorsqu'il est impossible à l'employeur de proposer un autre emploi au salarié, il lui fait connaître par écrit les motifs qui s'opposent à son reclassement. / L'employeur ne peut rompre le contrat de travail que s'il justifie soit de son impossibilité de proposer un emploi dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, soit du refus par le salarié de l'emploi proposé dans ces conditions, soit de la mention expresse dans l'avis du médecin du travail que tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. L'obligation de reclassement est réputée satisfaite lorsque l'employeur a proposé un emploi, dans les conditions prévues à l'article L. 1226-2, en prenant en compte l'avis et les indications du médecin du travail. () ".
4. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Malgré une mise en demeure, dont elle a accusé réception le 14 juin 2021, la ministre du travail n'a produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction. Ainsi, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans la requête. Il appartient toutefois au juge de vérifier que ces faits ne sont pas contredits par l'instruction et qu'aucune règle d'ordre public ne s'oppose à ce qu'il soit donné satisfaction au requérant. En outre, l'acquiescement aux faits est en lui-même sans conséquence sur la qualification juridique au regard des textes sur lesquels l'administration s'est fondée ou dont le requérant revendique l'application.
5. En vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude physique, si l'administration n'a pas à vérifier la cause de l'inaptitude du salarié, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge, si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé, compte tenu des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi, et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise.
6. Toutefois, il résulte des dispositions de l'article L. 1226-2-1 du code du travail, rappelées au point 3, que l'employeur est dispensé de procéder à une recherche de reclassement du salarié déclaré inapte dans le cas où l'avis du médecin du travail, auquel il incombe de se prononcer sur l'aptitude du salarié à reprendre l'emploi qu'il occupait précédemment ou à exercer d'autres tâches existantes, fait expressément état de ce que le maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ou que l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi. L'inspecteur du travail saisi d'une demande d'autorisation de licenciement pour inaptitude d'un salarié protégé doit tenir compte de cet avis.
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige vise l'avis du 25 février 2020 du médecin du travail qui mentionne expressément que " tout maintien de la salariée dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé ". Dans ces conditions, l'inspecteur du travail, qui n'avait pas à contrôler le caractère sérieux des recherches de reclassement effectuées par l'employeur, dispensé d'y procéder, a pu légalement estimer qu'au vu de cet avis médical, la SAS Transdev Occitanie Littoral devait être regardée comme ayant satisfait à ses obligations. Si Mme A soutient, dans le dernier état de ses écritures, que l'inaptitude n'a pas été examinée au regard des caractéristiques du poste qu'elle occupait, qui, selon elle, n'était plus, à la date de la demande de licenciement, celui de chef de secteur, la seule fiche de poste de chef de marché occasionnel créée le 2 février 2019 et versée au dossier ne suffit pas à établir qu'elle n'occupait plus le poste de chef de secteur à la date de la constatation de son inaptitude, alors, au demeurant, qu'elle n'a pas contesté l'avis du médecin du travail et qu'un tel intitulé de fonctions est également retenu par le conseil de prudhommes de Montpellier, qui, dans son jugement rendu le 20 octobre 2021, a rejeté la requête de Mme A tendant à la résiliation de son contrat de travail aux torts exclusifs de son employeur et à la reconnaissance d'une situation de harcèlement moral. En outre, à cet égard, l'employeur n'admet qu'une modification du périmètre d'intervention de la salariée, qui exerçait toujours les missions de planification de chef de secteur, mais désormais sur un marché occasionnel et non régulier. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision autorisant son licenciement de l'inspecteur du travail, confirmée par la ministre, serait entachée d'une erreur d'appréciation.
8. D'autre part, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles, mis par l'employeur, à l'exercice de ses fonctions représentatives est à cet égard de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.
9. Si Mme A soutient que son licenciement et la dégradation de son état de santé sont en lien avec l'exercice du mandat de déléguée du personnel exercé pour la période de 2016 à 2019, la plainte pour harcèlement moral déposée à son encontre par un délégué syndical et les attestations versées au dossier par des salariés, qui ont tous introduit des recours contre leur employeur, évoquant, sans fait précis, une inimitié du directeur à son égard, ne suffisent pas à établir que le licenciement serait en rapport avec les fonctions représentatives exercées par la requérante ou avec son appartenance syndicale. Il ne ressort pas davantage de ces pièces que son inaptitude résulterait d'une dégradation de son état de santé elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives ou avec des faits de discrimination syndicale alors, au demeurant, que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Hérault a, par une lettre du 20 août 2019, rejeté la demande d'imputabilité professionnelle présentée par Mme A au motif d'une absence de fait anormal survenu le 28 mai 2019, sur le lieu de travail. Il suit de là que la requérante, dont l'inaptitude résulte d'une dégradation de son état de santé, n'établit pas l'existence d'un lien avec l'exercice de ses mandats de représentation et n'est donc pas fondée à invoquer une quelconque discrimination à l'appui des conclusions à fin d'annulation présentées contre la décision de l'inspecteur du travail.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 10 juillet 2020 de l'inspecteur du travail.
11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 à 10, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise la ministre du travail et celui tiré de ce que le licenciement serait en lien avec l'exercice du mandat de la salariée protégée doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est fondée à demander l'annulation ni de la décision du 10 juillet 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement pour inaptitude, ni de la décision du 20 janvier 2021 de la ministre du travail la confirmant.
Sur les frais liés au litige :
13. D'une part, en l'absence de dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, la requérante ne peut, en tout état de cause, en solliciter le remboursement.
14. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la SAS Transdev Occitanie Littoral, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, sur le même fondement, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme que la SAS Transdev Occitanie Littoral sollicite au titre des frais liés au litige.
D E C I DE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la SAS Transdev Occitanie Littoral présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Transdev Occitanie Littoral, à Mme B A et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités Occitanie.
Délibéré à l'issue de l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Besle, président,
Mme Teuly-Desportes, première conseillère.
M. Rousseau, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.
La rapporteure,
D. CLe président,
D. BesleLa greffière,
C. Arce
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
Montpellier, le 7 février 2023,
La greffière,
C. Arcedl
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026