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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101425

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101425

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSELARL GIL-FOURRIER & CROS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 mars et 22 juillet 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Trois A, représentée par la SELARL Gil-Cros, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du préfet de l'Hérault du 1er février 2021 fixant une période d'ouverture annuelle maximale au camping " Beach Farret " ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en l'absence de mise en demeure préalablement adressée au maire de Vias, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales, le préfet n'était pas compétent pour prendre l'arrêté contesté ;

- l'arrêté contesté a été pris au terme d'une procédure irrégulière, au regard des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence de précisions quant aux risques ayant motivé la mesure limitant la période d'ouverture annuelle du camping ;

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- la mesure limitant la période d'ouverture annuelle du camping n'est pas adaptée, nécessaire et proportionnée aux objectifs poursuivis.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2021, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du tourisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Verguet, rapporteur ;

- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique ;

- les observations de Me Crespy, représentant la SARL Trois A.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Trois A exploite le camping " Beach Farret ", situé sur le territoire de la commune de Vias. Elle demande l'annulation, pour excès de pouvoir, de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 1er février 2021 fixant une période d'ouverture annuelle allant du samedi qui précède le 14 mars au samedi qui suit le 14 octobre.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 331-8 du code du tourisme : " Les préfets peuvent, par arrêté, imposer des normes spéciales d'équipement et de fonctionnement en vue de la protection contre les dangers d'incendie et les risques naturels et technologiques majeurs. / () ". Il résulte de ces dispositions que les préfets peuvent imposer aux gestionnaires de terrains de camping situés en zones submersibles des normes de fonctionnement allant jusqu'à la fermeture desdits terrains, notamment pendant les périodes traditionnelles de crue des cours d'eau à proximité desquels ils sont situés. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Hérault n'était pas compétent pour prendre l'arrêté contesté, qui vise expressément les dispositions précitées de l'article R. 331-8 du code du tourisme, alors même qu'il vise également les dispositions de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales, dont il n'a cependant pas été fait application.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Ces dispositions impliquent que la personne intéressée ait été avertie de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde et qu'elle bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations.

4. Dans le cadre de la mise en œuvre de la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions précitées, le préfet de l'Hérault a adressé le 10 décembre 2020 à la SARL Trois A une lettre l'informant de son intention de limiter la période d'ouverture du camping " Beach Farret ", situé en zone inondable, eu égard aux aléas violents, dits " épisodes cévenols ", caractérisés par de forts cumuls de pluie très localisés sur une très faible durée, auxquels est exposé le département de l'Hérault. Ces énonciations étaient, en l'espèce, suffisantes pour permettre à la SARL Trois A d'engager avec l'administration une discussion contradictoire, ce qu'elle a d'ailleurs fait en adressant le 5 janvier 2021 au préfet une lettre, contestant notamment la réalité du risque d'inondation au regard de la carte d'aléa du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) applicable sur le territoire communal. En outre, en réponse à ces observations, il est constant que le préfet de l'Hérault a transmis à la SARL Trois A, par lettre du 18 janvier 2021, la fiche de définition des risques établie le 9 juin 2017 par la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), qui décrit en détail les différents risques d'inondation, notamment le risque de submersion marine, auxquels est exposé le camping, en mettant ainsi à même la société requérante de présenter des observations complémentaires avant l'édiction de l'arrêté contesté. Il s'ensuit que le moyen, tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, doit être écarté.

5. En dernier lieu, l'arrêté contesté fait référence aux dispositions de l'article R. 331-8 du code du tourisme dont il est fait application et mentionne que, compte tenu de sa situation sur la bande littorale et de son exposition à un risque de crue avéré, il y a lieu, aux fins de limiter la vulnérabilité des personnes et des biens, de soumettre le camping " Beach Farret " à une période stricte d'ouverture entre le samedi inclus qui précède le 14 mars et le samedi inclus qui suit le 14 octobre de chaque année. L'arrêté énonce ainsi les éléments pertinents de nature à justifier la mesure de limitation de la période d'ouverture annuelle. Ces indications étaient suffisantes pour permettre à la SARL Trois A de comprendre et de contester cette mesure. La régularité de cette motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs exposés. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. Il n'est pas sérieusement contesté que le terrain d'assiette du camping " Beach Farret " se situe en zone rouge de déferlement RD, zone inondable d'aléa fort pour le risque de déferlement, et en zone rouge RN, secteur inondable soumis à un aléa fort pour la submersion marine au regard du PPRI de la commune de Vias. Si la société requérante fait valoir qu'une digue calée à la cote 2,5 mètres NGF est présente pour mettre hors d'eau le secteur de la zone d'activités commerciales, où se situe le camping Beach Farret, et qu'une nouvelle étude, réalisée en 1996 par la société d'ingénierie pour l'eau et l'environnement, mentionne une cote des plus hautes eaux inférieure, évaluée à 2,1 mètres NGF, avec des vitesses d'écoulement quasi nulles, ces études, au demeurant non versées au dossier, sont plus anciennes et présentent un degré moindre de fiabilité que celles réalisées dans le cadre de l'élaboration du PPRI de la commune et de l'inventaire des risques affectant les campings de l'Hérault de la DDTM, qui tiennent compte de l'actualisation des connaissances et techniques dans l'appréhension du risque inondation, en particulier en ce qui concerne le risque de submersion marine. Eu égard à ces éléments, le préfet de l'Hérault établit la réalité des risques d'inondation susceptibles d'affecter le périmètre du camping exploité, de nature à porter à la sécurité des utilisateurs de celui-ci une atteinte telle qu'elle justifie la fermeture du camping pour la période visée par l'arrêté attaqué, alors même que ledit camping n'a jamais été inondé, qu'il a participé à un exercice d'évacuation en 2018, et que certains des épisodes météorologiques de type cévenols ou méditerranéens sont survenus en dehors de la période considérée par la décision en litige. La société requérante ne peut utilement se prévaloir des énonciations du recueil des bonnes pratiques portant sur la sécurité des terrains de campings de l'arc méditerranéen, au soutien de l'absence de nécessité de la mesure de police en litige, dès lors que ce recueil, qui liste un ensemble de bonnes pratiques, est dépourvu de valeur réglementaire et ne fixe aucune prescription obligatoire. Elle ne peut davantage utilement se prévaloir de ce qu'elle est dotée d'un cahier de prescriptions de sécurité, qui constitue une obligation réglementaire pour tous les campings soumis à un risque naturel ou technologique prévisible, dont l'objet, qui est d'adapter sur site la réponse en cas de survenue d'un événement majeur, demeure sans incidence sur l'existence du risque inondation. Il s'ensuit que, compte tenu de l'exposition à des risques d'inondation susceptibles d'affecter le terrain d'assiette du camping exploité de nature à porter atteinte à la sécurité des utilisateurs et de leurs biens qu'entraînerait une période d'ouverture du camping plus importante, et en dépit des mesures préventives et destinées à faciliter l'action des sapeurs-pompiers existantes, l'arrêté contesté ne présente pas un caractère disproportionné, quand bien même le camping " Beach Farret " serait privé de cinq mois d'activité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Trois A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Hérault du 1er février 2021.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés par la SARL Trois A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la SARL Trois A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL trois A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Charvin, président,

- M. Verguet, premier conseiller,

- Mme Couégnat, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

Le rapporteur,

H. VerguetLe président,

J. Charvin

La greffière,

A. Lacaze

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 2 novembre 2022.

La greffière,

A. Lacaze

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