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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101552

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101552

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101552
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 mars 2021 et le 4 mars 2022, M. A B, représenté par Me Joubes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 9 décembre 2020 du maire de la commune d'Ayguatebia-Talau ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Ayguatebia-Talau de procéder au déneigement des voies communales ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Ayguatebia-Talau une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée ne mentionne pas la qualité de son auteur en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée n'est pas motivée en droit en méconnaissance des dispositions du 6° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le maire doit assurer le déneigement des voies en application de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 141-8 du code de la voirie routière ;

- la décision attaquée crée une rupture d'égalité devant les charges publiques.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 février 2022 et le 5 avril 2022, la commune d'Ayguatebia-Talau, représentée par Me Bonnet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Doumergue, rapporteure,

- les conclusions de Mme Lorriaux, rapporteure publique,

- les observations de Me Diaz, représentant M. B,

- et les observations de Me Bonnet, représentant la commune d'Ayguatebia-Talau.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courriel du 9 décembre 2020, M. B, habitant de la commune d'Ayguatebia-Talau, a sollicité la mairie de la commune afin qu'il soit procédé au déneigement des voiries desservant ses propriétés. Par un courriel du même jour, M. B a été informé que le salage avait été fait le mardi sur les parties ombragées du village, que l'employé de mairie faisait son possible pour contenter tout le monde et que des sacs de sels étaient à sa disposition. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du 9 décembre 2020 par laquelle le maire a refusé de procéder au déneigement des voiries desservant ses propriétés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Il ressort des mentions figurant sur le courriel du 9 décembre 2020 portant refus de déneigement, qui constitue la réponse à un courriel du même jour envoyé à la mairie d'Ayguatebia-Talau, que celles-ci comportent le nom et le prénom de son auteur. Si le requérant soutient que la décision attaquée ne comporte pas la qualité de son auteur, le nom et le prénom de celui-ci, dans une commune de 37 habitants, suffisent à eux seuls à identifier qu'il s'agit du maire de la commune. Le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". M. B soutient que la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit. Toutefois, il ressort de la décision attaquée, dont l'objet s'intitule " respect de l'article L. 2212-12 du code des collectivités territoriales ", qu'elle est fondée sur des dispositions législatives. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu par M. B, la décision attaquée comporte les considérations de droit qui en constituent le fondement. Le moyen manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, ce qui comprend le nettoiement, l'éclairage, l'enlèvement des encombrements, la démolition ou la réparation des édifices et monuments funéraires menaçant ruine, l'interdiction de rien exposer aux fenêtres ou autres parties des édifices qui puisse nuire par sa chute ou celle de rien jeter qui puisse endommager les passants ou causer des exhalaisons nuisibles ainsi que le soin de réprimer les dépôts, déversements, déjections, projections de toute matière ou objet de nature à nuire, en quelque manière que ce soit, à la sûreté ou à la commodité du passage ou à la propreté des voies susmentionnées () ".

5. Le refus opposé par un maire à une demande tendant à ce qu'il fasse usage des pouvoirs de police qui lui sont conférés par les dispositions de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales n'est entaché d'illégalité que dans le cas où, en raison de la gravité du péril résultant d'une situation particulièrement dangereuse pour le bon ordre, la sécurité ou la salubrité publique, cette autorité, en n'ordonnant pas les mesures indispensables pour faire cesser ce péril grave, méconnaît ses obligations légales. S'agissant des routes ou chemins enneigés, susceptibles par nature de présenter un péril grave pour leurs usagers, les mesures que l'autorité de police doit prendre en vue d'assurer le déneigement dépendent de l'importance et de la nature de la circulation publique sur les voies ainsi que des fonctions de desserte de celles-ci. Il appartient, en outre, à l'autorité de se déterminer au regard des risques propres engendrés pour la sécurité générale par la réalisation même des travaux de déneigement. Compte tenu de ces éléments, l'autorité de police municipale peut légalement décider de ne pas déneiger telle ou telle voie communale, sous réserve de respecter l'égalité des citoyens devant les charges publiques.

6. Il ressort des pièces du dossier que le refus du maire d'accéder à la demande de M. B est fondé sur l'insuffisance des moyens de la commune, de 37 habitants, dotée d'un employé municipal seulement. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune d'Ayguatebia-Talau, se situant dans les Pyrénées à 1 365 mètres d'altitude, fait régulièrement procéder à des déneigements de la voirie par l'employé municipal comme cela ressort d'ailleurs du constat d'huissier réalisé par M. B, qui a noté des traces de sels dans certaines rues de la commune. Si M. B soutient que la rue del Flandis et l'impasse du même nom ne sont pas déneigées par les services municipaux, il n'apporte aucun élément de nature à établir que l'importance et de la nature de la circulation publique sur ces voies secondaires justifieraient qu'elles soient systématiquement salées et déneigées par les services communaux qui disposent de moyens peu importants. L'ensemble de ces éléments doit dès lors être regardé comme suffisant, pour justifier le refus du maire d'ordonner la réalisation de travaux de déneigement.

7. En dernier lieu, si M. B soutient que l'absence de déneigement constitue une rupture d'égalité devant le service public, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'une voie communale présentant des caractéristiques similaires à celle en cause, notamment en terme de desserte, ferait l'objet d'un déneigement régulier. Dès lors, le moyen doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision du 9 décembre 2020 du maire d'Ayguatebia-Talau doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision contestée, n'implique pas qu'il soit procédé au déneigement de toutes les voies de la commune d'Ayguatebia-Talau. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au maire de procéder à de telles opérations de déneigement doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune d'Ayguatebia-Talau, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme qu'il réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B la somme de 1 500 euros à verser à la commune d'Ayguatebia-Talau sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune d'Ayguatebia-Talau la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Ayguatebia-Talau.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Jérôme Charvin, président,

M. Louis-Noël Lafay, premier conseiller,

Mme Camille Doumergue, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

C. Doumergue

Le président,

J. Charvin

La greffière,

A. Lacaze

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 18 octobre 2022.

La greffière,

A. Lacaze

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