mercredi 28 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2101580 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | LAFON PORTES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 29 mars 2021 et le 15 juillet 2021, la société de développement économique d'Agde et du littoral (SODEAL), représentée par la SCP SVA, demande au tribunal :
1°) d'ordonner l'expulsion de la SAS Katwans et tous occupants de son chef du local situé sur le domaine public portuaire à l'extrémité Est du quai Jean Miquel au Cap d'Agde à compter de la notification du jugement à intervenir et au-delà sous astreinte de l00 euros par jour de retard ;
2°) de l'autoriser à procéder, à défaut de libération du local dans un délai de quatre jours suivant la notification du jugement, d'office à leur expulsion, au besoin avec le concours de la force publique et à procéder à l'enlèvement des aménagements et mobiliers appartenant à la SAS Katwans et à tous occupants de son chef à ses frais et risques ;
3°) de mettre à la charge de la SAS Katwans la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a qualité pour agir en tant que gestionnaire du domaine public ;
- la SAS Katwans occupe le domaine public sans titre l'y habilitant et elle ne peut se prévaloir de l'existence tacite d'un titre résultant du paiement d'une redevance ou de la reconduction tacite de la précédente convention d'occupation dont elle bénéficiait ;
- les moyens tirés de l'illégalité du non renouvellement de sa convention d'occupation et l'existence d'un conflit entre son bailleur et la SODEAL sont inopérants.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 29 mai 2021 et le 17 juin 2021, la SAS Katwans, représentée par la SCP Lafon Portes, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SODEAL une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la SODEAL n'établit pas sa qualité pour agir puisque la délégation de service public dont elle est titulaire n'est valable que jusqu'au 30 juin 2020 ;
- elle est titulaire d'une autorisation d'occuper le domaine public qui a été tacitement reconduite en 2021 en vertu du règlement des autorisations de terrasses du domaine public portuaire et elle s'est, à ce titre, acquittée d'une redevance ;
- à supposer qu'un refus de renouvellement ait été pris celui-ci serait illégal en vertu de l'article 11 de l'arrêté municipal du 19 avril 2016 portant règlement général du domaine public urbain étant donné que les travaux qu'elle a réalisés sont réguliers ;
- elle est la victime collatérale d'un litige existant entre son bailleur et des dirigeants de la SODEAL.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,
- les conclusions de M. Lauranson, rapporteur public,
- et les observations de Me Rigeade, représentant la SODEAL.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS Katwans, exploitante d'un fonds de commerce de vente à emporter de glaces, paninis, churros et autres, a été autorisée, par des conventions d'occupation du domaine public conclues au moins pour les années 2019 et 2020, à occuper sur le port du Cap d'Agde un espace couvert et clos de 40,29 m² ainsi qu'un espace non couvert de 19,5 m². La société de développement économique d'Agde et du littoral (SODEAL) se prévaut de sa qualité de gestionnaire du domaine public portuaire pour demander au tribunal d'ordonner, sous astreinte, l'expulsion de la SAS Katwans et de tous occupants de son chef du local situé sur le domaine public portuaire et, à défaut de libération spontanée du local, de l'autoriser à procéder d'office à leur expulsion, au besoin avec le concours de la force publique et à procéder à l'enlèvement des aménagements et mobiliers à ses frais et risques.
Sur la qualité pour agir de la SODEAL :
2. L'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques dispose : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". L'article L. 2122-2 du même code prévoit : " L'occupation ou l'utilisation du domaine public ne peut être que temporaire ". Aux termes de l'article L. 2122-3 dudit code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable ". Il résulte tant de ces dispositions que des principes généraux de la domanialité publique que l'autorité propriétaire ou gestionnaire du domaine public est recevable à demander au juge administratif l'expulsion de l'occupant irrégulier du domaine public.
3. La SODEAL a versé aux débats une délégation de service public, conclue le 29 juin 2005 pour une durée de 15 ans à compter du 1er juillet 2005, lui déléguant la gestion du port de plaisance du Cap d'Agde, un avenant à ce contrat prévoyant un allongement de sa durée jusqu'au 30 avril 2021 et un contrat de concession de service public pour la gestion et l'exploitation du port du Cap d'Agde, prenant effet au plus tard le 1er mai 2021 pour une durée de 20 ans. Alors que ces deux contrats habilitent la SODEAL à délivrer les autorisations d'occupation du domaine public portuaire dont elle régit l'exploitation, elle est bien recevable, en sa qualité de gestionnaire de ce domaine public, à demander au juge administratif l'expulsion d'un occupant irrégulier de ce domaine.
Sur les conclusions à fin d'expulsion :
4. En premier lieu, en vertu de l'article 11 de l'arrêté du maire d'Agde du 19 avril 2016 portant règlement général d'occupation du domaine public urbain, d'une part, il appartient au permissionnaire de signaler par écrit son souhait de voir renouveler son autorisation ou d'en voir modifier la substance, d'autre part, le non-renouvellement doit être signifié par écrit. Par ailleurs, il ressort des conventions d'occupation du domaine public portuaire conclues au titre des années 2019 et 2020 entre la SODEAL et la société Katwans qu'elles excluent, en leur article 4, la possibilité d'une reconduction tacite et conditionnent leur reconduction à une demande expresse du bénéficiaire susceptible de donner alors lieu à un avenant.
5. D'une part, si la société Katwans se prévaut d'une tacite reconduction de sa convention d'occupation en vertu du règlement des autorisations de terrasses du domaine public portuaire, le document qu'elle verse aux débats, bien que signé du maire, n'est pas daté, comporte des visas à l'état de projet et ne fait pas partie des textes annexés à la convention d'occupation conclue en 2020 ou de ceux dont celle-ci impose le respect. En outre, alors même qu'elle n'a pas contesté la validité de la convention qui la lie à la SODEAL, la SAS Katwans n'établit pas que la clause excluant toute reconduction tacite aurait pour effet de rendre le contenu de la convention en litige illicite justifiant que soit écartée l'application de la convention ou de cette clause. En tout état de cause, à supposer que ce règlement soit effectivement en vigueur, l'article 3, qui prévoit que les autorisations de terrasse, qui sont précaires et accordées pour une durée inférieure à un an, sont " reconduites tacitement chaque année, pour une durée de un an ", doit être interprété au regard des dispositions de l'arrêté précité du 19 avril 2016 et n'a pas pour objet d'imposer une clause de reconduction tacite mais de limiter la durée des éventuelles reconductions tacites conclues. Il résulte donc de ce qui précède que la SAS Katwans n'a pas bénéficié, après le 31 décembre 2020, d'une tacite reconduction de sa convention d'occupation du domaine public.
6. D'autre part, dans la mesure où la SAS Katwans n'a pas expressément sollicité le renouvellement de la convention qui la lie à la SODEAL, le défaut d'une décision de non renouvellement, écrite, n'implique pas le renouvellement de son autorisation. L'argument tiré de l'existence d'une tacite reconduction, faute de refus exprès de renouvellement, en application de l'article 11 de l'arrêté municipal du 19 avril 2016 doit donc être également écarté.
7. Enfin, nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public. Eu égard aux exigences qui découlent tant de l'affectation normale du domaine public que des impératifs de protection et de bonne gestion de ce domaine, l'existence de relations contractuelles en autorisant l'occupation privative ne peut se déduire de sa seule occupation effective, même si celle-ci a été tolérée par l'autorité gestionnaire et a donné lieu au versement de redevances domaniales. Dès lors, la seule circonstance que la SAS Katwans se soit acquittée d'une redevance au titre de l'année 2021 ne permet pas de conclure qu'elle aurait bénéficié d'une autorisation d'occuper le domaine public au titre de cette année.
8. En deuxième lieu, si la SAS Katwans fait valoir se prévaut de l'irrégularité de la décision de non renouvellement de son autorisation au regard des conditions limitativement énumérées par l'article 11 de l'arrêté municipal du 19 avril 2016 susceptibles de justifier une telle décision, il résulte de ce qui précède qu'elle n'a pas sollicité le renouvellement de sa convention et que son droit à occuper le domaine public portuaire s'est éteint le 31 décembre 2020 au terme de la convention d'occupation consentie.
9. En dernier lieu, par les éléments qu'elle verse aux débats, la SAS Katwans n'établit pas que la demande de la SODEAL serait justifiée par une intention de nuire à son bailleur et serait ainsi entachée d'un détournement de pouvoir.
10. Il résulte de ce qui précède que la SAS Katwans ne dispose plus d'aucun droit ni titre à occuper le domaine public portuaire du Cap d'Agde et il ne résulte pas de l'instruction que l'occupation irrégulière aurait cessé. Il s'ensuit qu'il y a lieu d'enjoindre à la SAS Katwans et à tous occupants de son chef, de libérer sans délai les espaces qu'elle occupe sur le port communal d'Agde. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer à l'encontre de la SAS Katwans, à défaut pour elle de justifier de l'exécution du présent jugement dans un délai de sept jours à compter de sa notification, une astreinte de 50 euros par jour jusqu'à la date à laquelle cette décision aura reçu exécution. A l'issue de ce même délai, la SODEAL est autorisée à faire procéder d'office aux frais, risques et périls de la SAS Katwans avec au besoin le concours de la force publique, à l'expulsion des lieux et à l'enlèvement des aménagements et mobiliers.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par la SAS Katwans au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la SODEAL, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SAS Katwans la somme demandée par la SODEAL au titre des frais exposés par elle en défense, sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint à la SAS Katwans de quitter sans délai les espaces irrégulièrement occupés sur le domaine public portuaire du Cap d'Agde.
Article 2 : Une astreinte de 50 euros par jour est prononcée à l'encontre de la SAS Katwans s'il n'est pas justifié de l'exécution de la présente décision dans le délai de sept jours à compter de sa notification. A l'expiration de ce délai et à défaut pour la SAS Katwans d'avoir libéré les lieux, la SODEAL est habilitée à procéder, d'office, à l'expulsion des lieux et à l'enlèvement de tous aménagements et biens meubles maintenus sur le domaine public portuaire aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la SAS Katwans sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente décision sera notifiée à la société de développement économique d'Agde et du littoral et à la société Katwans.
Copie en sera transmise, pour information, à la commune d'Agde.
Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Eric Souteyrand, président,
M. Nicolas Huchot, premier conseiller,
Mme Audrey Lesimple, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.
La rapporteure,
A. Lesimple Le président,
E. Souteyrand
La greffière,
M-A. Barthélémy
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 28 septembre 2022.
La greffière,
M-A. Barthélémy
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026