jeudi 8 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2101890 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ALDIGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 avril 2021 et un mémoire reçu le 26 octobre 2022 et non communiqué, Mme C A, représentée par Me Aldigier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2021 par lequel le maire de la commune de Valergues a retiré son arrêté du 24 novembre 2020 portant prorogation pour une durée d'un an du permis d'aménager qu'elle avait obtenue le 15 décembre 2016 et a constaté sa caducité ;
2°) d'annuler la décision du 24 mars 2021 par laquelle le maire de la commune de Valergues a refusé de lui délivrer un permis modificatif ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Valergues une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 12 février 2021 :
- le maire a commis une erreur de droit dès lors que les décisions de prorogation des 18 septembre 2019 et 24 novembre 2020 revêtent un caractère superfétatoire, le délai de validité du permis d'aménager initial ayant été suspendu en application de l'article R. 424-19 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme dès lors que les prescriptions d'urbanisme n'ont pas évolué de façon défavorable ;
- le motif tiré de la nécessité de financer les équipements publics nécessaires à la réaliser du projet par l'intermédiaire d'une convention de projet urbain partenarial n'est pas de nature à justifier le retrait de la prorogation sollicitée, ni davantage celui tiré de la méconnaissance des articles R. 111-2 et R. 111-13 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de pouvoir dès lors qu'il a pour seule finalité de la contraindre à conclure une convention de projet urbain partenarial ;
En ce qui concerne la légalité de la décision du 24 mars 2021 :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'arrêté du 12 février 2021 constatant la caducité du permis d'aménager.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2021, la commune de Valergues, représentée par la SCP Territoire Avocats, agissant par Me Margall, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;
- les observations de Me Pechon, représentant Mme A, et celles de Me d'Audigier, représentant la commune de Valergues.
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 décembre 2016, le maire de la commune de Valergues a délivré à l'indivision D, représentée par Mme A, un permis d'aménager un lotissement de 23 lots sur un terrain situé chemin des Cazals, parcelle cadastrée section B n° 310. A la demande de la pétitionnaire, le maire a prorogé la validité de ce permis à deux reprises pour une durée d'une année, les 18 septembre 2019 et 24 novembre 2020. Par arrêté du 12 février 2021, le maire de Valergues a retiré sa seconde décision de prorogation en date du 24 novembre 2020 et a constaté la caducité du permis d'aménager. Parallèlement, Mme A a déposé le 10 novembre 2020 une demande de permis modificatif afin de modifier la contenance du lotissement projeté. Par décision du 24 mars 2021, le maire de Valergues a refusé de lui délivrer le permis modificatif sollicité en raison de la caducité du permis initial. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 février 2021 et la décision du 24 mars 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 424-17 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable à la date de délivrance du permis d'aménager : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir est périmé si les travaux ne sont pas entrepris dans le délai de trois ans à compter de la notification mentionnée à l'article R. 424-10 ou de la date à laquelle la décision tacite est intervenue. / Il en est de même si, passé ce délai, les travaux sont interrompus pendant un délai supérieur à une année. / (). ". L'article R. 424-19 du même code prévoit que : " En cas de recours devant la juridiction administrative contre le permis ou contre la décision de non-opposition à la déclaration préalable ou de recours devant la juridiction civile en application de l'article L. 480-13, le délai de validité prévu à l'article R. 424-17 est suspendu jusqu'au prononcé d'une décision juridictionnelle irrévocable. / () ". Aux termes de l'article R. 424-21 de ce code : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir ou la décision de non-opposition à une déclaration préalable peut être prorogé deux fois pour une durée d'un an, sur demande de son bénéficiaire si les prescriptions d'urbanisme et les servitudes administratives de tous ordres auxquelles est soumis le projet n'ont pas évolué de façon défavorable à son égard. ". Enfin, l'article R. 424-23 du même code précise que : " La prorogation est acquise au bénéficiaire du permis si aucune décision ne lui a été adressée dans le délai de deux mois suivant la date de l'avis de réception postal ou de la décharge de l'autorité compétente pour statuer sur la demande. La prorogation prend effet au terme de la validité de la décision initiale. ".
3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le permis d'aménager délivré le 15 décembre 2016 a fait l'objet d'un recours en excès de pouvoir le 2 juin 2017, qui a donné lieu à un désistement définitivement constaté par ordonnance du 5 décembre 2018 du tribunal administratif de Montpellier. Le délai de validité initial de trois ans de cette autorisation d'urbanisme a ainsi été suspendu du 2 juin 2017 au 5 décembre 2018. Il en résulte que ce délai a recommencé à courir pour sa durée restante à compter du 5 décembre 2018 pour expirer le 8 juin 2020. L'arrêté du maire de Valergues du 18 septembre 2019 portant prorogation de ce permis pour une durée d'un an, en application des dispositions précitées de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme, a donc pris effet à compter du 8 juin 2020, en application de l'article R. 424-23 du même code, alors en outre que son article 2 précise que " la prorogation prend effet au terme de la validité de la décision initiale ". Si la société requérante a ensuite déposé le 10 septembre 2020 une nouvelle demande de prorogation du permis d'aménager pour une durée d'un an, l'arrêté du maire de Valergues du 24 novembre 2020 qui, selon son article 2, vaut prorogation à compter de la date de sa signature, n'a pas, contrairement à ce soutient la requérante, revêtu un caractère superfétatoire dès lors qu'il a eu pour effet d'accorder une nouvelle prorogation a minima pour la période du 8 juin 2021 au 24 novembre 2021. En revanche, la requérante est fondée à soutenir que le maire de Valergues a commis une erreur de droit en constatant, par l'arrêté attaqué du 12 février 2021, la caducité du permis d'aménager délivré le 15 décembre 2016.
4. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir ou la décision de non-opposition à une déclaration préalable peut être prorogé pour une année, sur demande de son bénéficiaire si les prescriptions d'urbanisme et les servitudes administratives de tous ordres auxquelles est soumis le projet n'ont pas évolué de façon défavorable à son égard. () ".
5. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative, saisie d'une demande de prorogation d'un permis de construire par une personne ayant qualité pour présenter une telle demande, ne peut refuser d'y faire droit que si les règles d'urbanisme et les servitudes administratives de tous ordres s'imposant au projet ont été modifiées, postérieurement à la délivrance du permis de construire, dans un sens qui lui est défavorable. Elle ne peut fonder un refus de prorogation sur une évolution des autres éléments de droit ou circonstances de fait, postérieures à la délivrance de l'autorisation. La modification, dans un sens plus restrictif, de l'appréciation portée par l'autorité administrative compétente sur les conditions d'application des textes d'urbanisme, ne peut, dès lors que ceux-ci n'ont pas été modifiés, être regardée comme constituant une modification de ces règles dans un sens défavorable pour l'application des dispositions de l'article R. 424-21 du code de l'urbanisme.
6. D'une part, pour retirer la prorogation autorisée par arrêté du 24 novembre 2020, le maire de Valergues a considéré que les dispositions du nouveau règlement du secteur AU2 du plan local d'urbanisme approuvé le 3 juillet 2019 ont évolué dans un sens défavorable au projet, compte tenu de la nécessité de produire une étude hydraulique et de respecter les nouvelles obligations de mixité sociale.
7. Selon le préambule du règlement de la zone AU " Le secteur AU2 est pour partie inclus dans l'enveloppe de la zone inondable actualisée définie par l'étude hydraulique globale réalisée dans le cadre du Programme d'actions de prévention (PAPI) du Bassin de l'Or. (). ". Aux termes de son article AU 1 : " () Est en outre interdite en zone inondable délimitée par l'étude hydraulique du PAPI Bassin de l'Or : - Toute nouvelle construction, sauf à réaliser une étude hydraulique complémentaire permettant de qualifier l'aléa () ". Et aux termes de son l'article AU 2 : " () En secteur AU2 : " () En secteur AU2 : () Toute opération de 12 ou plus de 12 logements autorisée à partir de la date d'approbation du PLU devra obligatoirement comporter 25 % au moins de logements locatifs sociaux, tels que définis par la législation en vigueur et 15 % au moins de logements en accession abordable. () ".
8. Toutefois, alors qu'il n'appartient pas aux auteurs des règlements d'urbanisme d'imposer des formalités autres que celles prévues par le code de l'urbanisme, non plus que de fixer les règles de composition des dossiers de demande d'autorisation de construire, le maire de Valergues ne pouvait se fonder sur les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme imposant la réalisation d'une étude hydraulique pour considérer que le projet de lotissement serait devenu non conforme au règlement de la zone AU2. De même, dès lors que les auteurs du plan local d'urbanisme ont expressément conditionné l'applicabilité des dispositions précitées de l'article AU2 aux seules opérations de 12 logements ou plus autorisées après la date de son approbation, le maire de Valergues n'était pas davantage fondé à opposer à la pétitionnaire une évolution défavorable du règlement approuvé le 3 juillet 2019 au regard de l'obligation de mixité sociale.
9. D'autre part, les motifs tirés de ce que le projet méconnaitrait les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-13 du code de l'urbanisme compte tenu de la volonté de la commune, exprimée par délibération du conseil municipal du 8 février 2021, de conclure avec l'aménageur une convention de projet urbain partenarial mettant à sa charge pour un montant de 651 783,58 euros HT les dépenses liées aux équipements publics rendus nécessaires par le projet de lotissement, ne sauraient légalement fonder le retrait d'une décision de prorogation d'une autorisation de construire.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Valergues du 12 février 2021 portant retrait de l'arrêté de prorogation du 24 novembre 2020 et constatant la caducité du permis d'aménager initial du 15 décembre 2016. Par voie de conséquence, elle est également fondée à demander l'annulation de la décision du 24 mars 2021 par laquelle la même autorité a refusé de lui délivrer le permis modificatif sollicité le 10 novembre 2020 en raison de la caducité du permis initial.
Sur les frais liés au litige :
11. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Valergues au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Valergues une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 12 février 2021 et la décision du 24 mars 2021 du maire de la commune de Valergues sont annulés.
Article 2 : La commune de Valergues versera Mme A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Valergues sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Valergues.
Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lison Rigaud, présidente,
Mme Sophie Crampe, première conseillère,
M. François Goursaud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.
Le rapporteur,
F. Goursaud
La présidente,
L. Rigaud
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
M. B00
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026