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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101898

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101898

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCHNEIDER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 15 avril 2021, 11 et 12 janvier 2022, l'association syndicale libre la Devèze, M. K H, M. C I, M. L Q, M. P B, Mme E O épouse B, représentés par Me Hudrisier, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2021 par lequel le maire de la commune de Montferrier-sur-lez ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par Mme D pour la réalisation d'une piscine et un abri de jardin sur un terrain situé impasse des lavandes ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montferrier-sur-lez et des pétitionnaires une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils détiennent la qualité et l'intérêt à agir contre l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreur de droit en raison de la caducité du permis de construire initial ; un nouveau permis de construire aurait dû être sollicité afin de régulariser le projet pris dans son ensemble ;

- il est entaché de fraude ; en effet les époux D ont donné de fausses informations sur la superficie du terrain d'assiette du projet afin de se soustraire à l'application des dispositions des articles 9 et 13 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnait les articles 9 et 13 de la zone UD2a du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2021, la commune de Montferrier-sur-Lez, représentée par la SELARL Schneider associés, agissant par Me Schneider, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2021, M. F et Mme N M, représentés par Me Pilone, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que:

- que la requête est irrecevable ; l'association syndicale libre n'a pas de qualité lui donnant intérêt pour agir dans la présente instance ; elle n'a pas, au préalable, obtenu l'autorisation de son assemblée générale pour effectuer le présent recours ; en outre les autres requérants sont soit des voisins éloignés du terrain d'assiette des travaux soit, s'agissant de M. I, voisin immédiat, sans aucun vis-à-vis de sorte que les travaux ne peuvent lui occasionner des troubles dans la jouissance de sa maison ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2021, M. G et Mme A D, représentés par la SCP Bedel de Buzareingues - Boillot - Blazy, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requête est irrecevable et s'approprient la démonstration faite en ce sens par les époux M ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- les observations de Me Hudrisier, représentant l'ASL la Devèze et autres, celles de Me Schneider, représentant la commune de Montferrier-sur-Lez, celles de Me Chavrier, représentant M. et Mme D et celles de Me Lenoir, représentant M. et Mme M.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 janvier 2021 les époux D ont déposé une déclaration de travaux à la mairie de Montferrier-sur-Lez à l'effet de réaliser une piscine de 60 m² et un pool-house de 12,5 m² sur leurs parcelles cadastrées section AW n° s 84, 174 et 175. Par un arrêté du 17 février 2021 le maire de Montferrier-sur-Lez ne s'est pas opposé à cette demande. Par la présente requête, l'association syndicale libre (ASL) " la Dévèze " et autres requérants sollicitent l'annulation de cette autorisation de construire.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

S'agissant du défaut d'intérêt à agir des requérants :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision de non opposition à déclaration préalable, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

En ce qui concerne M. H, M. et Mme B et M. Q :

3. Il ressort des pièces du dossier que si M. H, M. et Mme B et M. Q sont propriétaires de leurs maisons d'habitation au sein du lotissement " la Devèze ", celles-ci, implantées sur des grandes parcelles, sont toutes éloignées du terrain d'assiette du projet. Alors qu'ils ne subiront aucun préjudice visuel ou des nuisances sonores du fait de la réalisation des travaux autorisés, les troubles de jouissance que chacun d'entre eux allègue ne paraissent pas suffisamment justifiés. Par suite, au regard de la superficie des parcelles et de la nature des travaux autorisés, ils ne démontrent pas détenir un intérêt leur donnant qualité pour agir contre l'arrêté de non opposition à déclaration préalable en litige.

En ce qui concerne l'association syndicale libre " la Devèze " :

4. Aux termes de l'article L. 442-9 du code de l'urbanisme dans sa version issue de la loi 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové (ALUR) : " Les règles d'urbanisme contenues dans les documents du lotissement, notamment le règlement, le cahier des charges s'il a été approuvé ou les clauses de nature réglementaire du cahier des charges s'il n'a pas été approuvé, deviennent caduques au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir si, à cette date, le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu. / De même, lorsqu'une majorité de colotis a demandé le maintien de ces règles, elles cessent de s'appliquer immédiatement si le lotissement est couvert par un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu, dès l'entrée en vigueur de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. / Les dispositions du présent article ne remettent pas en cause les droits et obligations régissant les rapports entre colotis définis dans le cahier des charges du lotissement, ni le mode de gestion des parties communes. (). ". Il résulte de ces dispositions que les règles d'urbanisme des lotissements cessent de s'appliquer au terme de dix années à compter de la délivrance de l'autorisation de lotir lorsqu'un plan d'occupation des sols ou un document d'urbanisme en tenant lieu a été approuvé, y compris lorsque les règles du lotissement avaient été maintenues à la demande d'une majorité de colotis.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'au 27 mars 2014, date d'entrée en vigueur de la loi du 24 mars 2014 dite loi ALUR, la commune de Montferrier-sur-Lez était dotée d'un plan local d'urbanisme, approuvé par délibération du 25 janvier 2007. Ainsi, à supposer même qu'une majorité de colotis ait demandé le maintien des règles d'urbanisme contenues dans le cahier des charges particulières du lotissement, ces règles ont immédiatement cessé de s'appliquer dès le 27 mars 2014. D'autre part, en déclarant dans ses statuts qu'elle se donne pour objet statutaire de : " veiller au respect du cahier des charges et du règlement du lotissement " l'ASL " la Devèze " n'a pu entendre que faire respecter des droits et obligations de nature privée et non des règles d'urbanisme.

6. Si le terrain d'assiette du projet est inclus dans le périmètre du lotissement " la Devèze ", il est constant que les règles d'urbanisme contenues dans les documents de ce lotissement sont devenues caduques du fait de l'adoption du plan local d'urbanisme couvrant le territoire de la commune Montferrier-sur-Lez. Dans ces conditions, l'ASL " la Devèze ", dont les statuts n'ont pas pour objet de défendre les intérêts collectifs de ses membres, ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable en date du 17 février 2021. Par suite, M. et Mme M et M. et Mme D sont fondés à soutenir que l'ASL " La Devèze " ne justifie pas d'un intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme et ce, sans qu'il soit besoin d'examiner sa capacité à agir en justice.

En ce qui concerne M. I :

7. Il ressort des pièces du dossier qu'un autre requérant, M. I, est voisin immédiat du projet de piscine et de pool-house des époux D. Il fait valoir que, malgré les superficies importantes des terrains, le projet se situe à moins de six mètres de sa maison, il fait état d'un préjudice de vue depuis l'étage de sa maison et se prévaut de ce que la réalisation de la piscine sera source de nuisances sonores de nature à troubler les conditions de jouissance de son bien. Dans ces circonstances, malgré la présence de végétation entre les deux habitations, il doit être regardé comme justifiant suffisamment de son intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable en litige.

S'agissant de l'exception du recours parallèle :

8. Les requérants demandent au tribunal administratif de Montpellier d'annuler une décision administrative prise par le maire de Montferrier-sur-Lez. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce qu'il existe un recours parallèle ne peut qu'être écartée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête collective, présentée notamment par M. I détenant un intérêt à agir suffisant contre la décision en litige, est donc recevable. Par suite, les fins de non-recevoir opposées par les époux M et M. et Mme D devront être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

10. Les requérants soutiennent, notamment, que les époux D ont indiqué une superficie du terrain d'assiette de leur projet de piscine et pool-house erronée de sorte qu'en réalité leur projet méconnait les règles relatives à l'emprise au sol et aux espaces libres.

11. Il ressort des pièces du dossier qu'en 2013, Mme D a sollicité et obtenu par arrêté du maire de Montferrier-sur-Lez du 9 décembre 2013 un permis d'aménager tendant à modifier le périmètre du lotissement " la Devèze " avec détachement d'une partie du lot n° 61 d'une superficie de 3 395 m² et rattachement à une propriété bâtie située hors lotissement. Ce lot n° 61 était composé des parcelles cadastrées section AW n° s 84, n 174 et n°175 et s'étendait sur 8 597 m². Le plan de division joint à ce permis précisait que 3 395 m² de la parcelle AW n° 175 étaient rattachés à deux autres parcelles déjà bâties faisant passer la superficie totale du lot n° 61 de 8 597 à 5 202 m².

12. Il ressort des pièces du dossier que, le 23 avril 2021, Mme D a vendu aux époux M trois parcelles cadastrées section AW n° s 174, 84 et 207 d'une superficie globale de 5 231m² qui correspond, à quelques dizaines de m² près, à celle mentionnée dans le permis d'aménager. Il résulte de l'acte notarié d'acquisition, produit à la demande du tribunal, que l'ancienne parcelle cadastrée n° 175 a été divisée en deux parcelles, celle n° 207 rattachée au lot n° 61 du lotissement et celle n° 208 dont Mme D reste propriétaire. Il est précisé que cette division résulte d'un document d'arpentage dressé par géomètre expert le 11 février 2021. Dans ces conditions, à la date à laquelle le maire de Montferrier-sur-Lez ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par Mme D, cette dernière avait procédé à la division parcellaire sollicitée en 2013, en faisant diviser la parcelle n° 175 en deux parcelles désormais numérotées n° s 207 et 208. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le maire de Montferrier-sur-Lez devait apprécier la conformité des travaux au règlement par rapport à la superficie du terrain d'assiette telle qu'elle résulte de cette division parcellaire, soit 5 231 m².

13. L'article 9 de la zone UD2au du règlement du plan local d'urbanisme dans laquelle s'insère le projet de travaux dispose que : " L'emprise au sol des constructions est fixée à 10% maximum du terrain d'assiette support de l'opération. () ". L'article 13 applicable à la même zone dispose que : " Les espaces libres doivent représenter au minimum 90 % du terrain d'assiette support de l'opération dont 70 % d'espaces verts en pleine terre. ".

14. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'emprise au sol du terrain d'assiette du projet comprenant déjà une habitation de 557 m² atteint 629,50 m² avec la réalisation d'une piscine de 60 m² et un pool house de 12,5 m². Compte tenu de ce qui a été exposé aux points 11 et 12, cette emprise rapportée à la surface totale du terrain d'assiette du projet existante à la date de la décision attaquée, de 5 231 m², doit être regardée comme méconnaissant la règle des 10 % maximum posée par les dispositions de l'article 9 précitées. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la surface totale artificialisée du terrain, en ce compris la maison, l'aménagement de la voirie, la terrasse de plain-pied, la piscine et le pool-house est portée à 1 020,5m², surface là aussi non contestée par les défendeurs à l'instance. Compte tenu de la surface totale du terrain d'assiette du projet, les espaces libres ne représentent qu'un peu plus de 80 % de la surface totale, méconnaissant, ainsi, la règle posée à l'article 13 précité.

15. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation de l'arrêté contesté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 février 2021 par lequel le maire de la commune de Montferrier-sur-lez ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par Mme D pour la réalisation d'une piscine et un abri de jardin sur un terrain situé impasse des lavandes.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Montferrier-sur-Lez, les époux M et les époux D, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, de mettre à la charge tant de la commune que des époux D la somme de 1 000 euros à verser à M. I, seul requérant recevable dans la présente instance, sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 février 2021 par lequel le maire de Montferrier-sur-Lez ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux déposée par Mme D est annulé.

Article 2 : La commune de Montferrier-sur-Lez versera à M. I une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. et Mme D verseront à M. I une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à l'association syndicale libre " la Devèze ", M. K H, M. C I, M. L Q, M. P B, Mme E O épouse B, à la commune de Montferrier-sur-Lez, à M. G et Mme A D et à M. F et Mme N M.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure

I. Pastor La présidente,

L. I

La greffière,

M. J

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 décembre 2022.

Le greffier,

M. J.

2

aj

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