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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101956

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101956

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP DILLENSCHNEIDER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 avril 2021 et 7 décembre 2021, ainsi que par un mémoire reçu le 11 mai 2022 et non communiqué, Mme C A, représentée par Me Dillenschneider, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) avant dire-droit, de désigner un huissier aux fins de constater l'utilisation des combles et la hauteur au faitage de l'immeuble situé 21 avenue Lepic ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Montpellier n'a pas fait opposition à la déclaration préalable de travaux déposée le 22 octobre 2020 par M. D E en vue du changement des menuiseries de l'immeuble situé 21 avenue Lepic, parcelle cadastrée section HY n° 129 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montpellier une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir contre le permis querellé ;

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté attaqué avait compétence pour ce faire ;

- le dossier de demande est entaché d'incomplétude faut de comporter une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées, en méconnaissance du c) de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ;

- la déclaration de travaux en litige est entachée de fraude dès lors que, d'une part, les travaux projetés forment, avec les travaux de création d'un balcon et de surélévation de la toiture autorisés au titre de deux autorisations d'urbanisme délivrées en 2016 et 2017, un ensemble immobilier unique soumis à permis de construire tandis que, d'autre part, la transformation des combles en espace dédié à l'habitation couplé à la création d'une porte permettant d'accéder au toit-terrasse relève du champ d'application du permis de construire en application de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme ;

- elle est illégale en ce qu'elle autorise des travaux sur une construction ayant précédemment fait l'objet de travaux sans autorisation ;

- les travaux autorisés méconnaissent les dispositions de l'article 10 du règlement du plan local d'urbanisme relatives à la hauteur maximale et celles de son article 12 relatives au stationnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2021, M. D E, représenté par la SCP SVA, agissant par Me Jeanjean, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable faute pour la requérante de justifier d'un intérêt à agir contre le permis querellé ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2021, la commune de Montpellier, représentée par la SCP CGCB et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable faute pour la requérante de justifier d'un intérêt à agir contre le permis querellé ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- les observations de Me Dillenschneider, représentant Mme A, celles de Me Pechon, représentant la commune de Montpellier, et celles de Me Borkowski, représentant M. E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Montpellier n'a pas fait opposition à la déclaration préalable de travaux déposée le 22 octobre 2020 par M. E en vue du changement des menuiseries de l'immeuble situé 21 avenue Lepic, parcelle cadastrée section HY n° 129.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Une personne autre que l'État, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante est propriétaire de la maison d'habitation mitoyenne à celle des travaux déclarés. Elle se prévaut notamment de ce que la création d'une porte-fenêtre donnant accès à la toiture-terrasse du garage jusque-là inaccessible en lieu et place d'une fenêtre induira une fréquentation accrue de l'escalier extérieur permettant l'accès à cet espace, lequel surplombe l'un de ces balcons. Dans ces conditions, et nonobstant la circonstance que les travaux projetés ne conduisent qu'à doubler par l'intérieur de la maison un accès déjà existant à cette terrasse, elle doit être regardée, eu égard à la configuration des lieux, comme justifiant de ce que les travaux en litige sont de nature à affecter de manière suffisamment directe les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Par suite, son intérêt à agir est établi et la fin de non-recevoir soulevée à ce titre en défense ne peut être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation.

6. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. Cette invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.

7. Lorsque l'autorité administrative, saisie dans les conditions mentionnées au point précédent d'une demande ne portant pas sur l'ensemble des éléments qui devaient lui être soumis, a illégalement accordé l'autorisation de construire qui lui était demandée au lieu de refuser de la délivrer et de se borner à inviter le pétitionnaire à présenter une nouvelle demande portant sur l'ensemble des éléments ayant modifié ou modifiant la construction par rapport à ce qui avait été initialement autorisé, cette illégalité ne peut être regardée comme un vice susceptible de faire l'objet d'une mesure de régularisation en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. E a précédemment été autorisé, par décisions du maire de Montpellier portant non-opposition à déclaration préalable en date des 19 août 2016 et 5 juillet 2017 régulièrement prorogées en dernier lieu par arrêtés du 25 juin 2020, à créer un balcon démontable et à surélever la toiture existante de 30 centimètres en vue de son isolation thermique. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux portant sur la création d'un balcon et la surélévation de la toiture auraient été réalisés sans respecter les deux déclarations préalables obtenues les 19 août 2016 et 5 juillet 2017, alors notamment que le pétitionnaire verse au débat une attestation du bureau de maitrise d'œuvre en charge des travaux confirmant que la surélévation n'a pas excédé les 30 centimètres autorisés. En revanche, il ressort des pièces du dossier et n'est du reste pas contesté que la toiture surélevée a été percée de quatre velux, lesquels n'ont pas été autorisés au titre des travaux déclarés. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le maire de la commune de Montpellier ne pouvait prendre la décision litigieuse mais devait, soit inviter M. E à compléter sa demande, soit prendre une décision d'opposition à travaux. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision de non opposition du 17 novembre 2020 est entachée d'illégalité.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de désigner par un jugement avant dire-droit un huissier aux fins de constater l'utilisation des combles, de telles conclusions étant au demeurant irrecevables, que la décision du 17 novembre 2020 doit être annulée. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, en l'état du dossier, aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision attaquée.

Sur le caractère abusif du recours :

10. La faculté d'infliger à un requérant une amende pour recours abusif sur le fondement des dispositions de l'article R. 741-12 du code de justice administrative constitue un pouvoir propre du juge. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'infliger à Mme A une amende pour recours abusif ainsi que le demande M. E en défense.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a lieu de faire droit à aucune des conclusions des parties fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 novembre 2020 du maire de la commune de Montpellier est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. E et la commune de Montpellier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à M. D E et à la commune de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Sophie Crampe, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

F. Goursaud

La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. B00

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