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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2101977

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2101977

jeudi 2 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2101977
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSUMMERFIELD GABRIELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2021, M. A B, représenté par Me Summerfield, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2020 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un certificat de résidence au titre de sa vie privée et familiale ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que l'arrêté :

- est entaché d'un vice de procédure pour défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huchot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né en 1987 et de nationalité algérienne, déclare être entré sur le territoire français le 29 mai 2000. Il a sollicité, en dernier lieu le 17 septembre 2020, la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 26 novembre 2020, dont il demande l'annulation, le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer le titre demandé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission dans le cas des seuls ressortissants algériens qui remplissent de façon effective les conditions prévues aux articles 6 et 7 bis) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, équivalentes à celles des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les ressortissants algériens qui se prévalent de ses stipulations. La circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Perpignan le 31 janvier 2007 à 6 mois d'emprisonnement dont 3 avec sursis pour des faits de vol aggravé et recel, le 3 mars 2010 à deux moins d'emprisonnement dont 1 avec sursis pour recel, conduite d'un véhicule sans permis, destruction du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes, le 18 octobre 2011 à six mois d'emprisonnement pour conduite sans permis, le 29 mai 2012 à cinq mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis, le 1er juillet 2014 à dix mois d'emprisonnement pour conduite sans permis en récidive, le 7 octobre 2014 à huit mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis, recel de bien, et refus d'obtempérer, le 7 avril 2015 à huit mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis en état d'ébriété, le 21 avril 2015 à six mois d'emprisonnement pour détention de stupéfiant, le 1er juin 2015 à six mois d'emprisonnement pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours, refus d'obtempérer et recel, le 8 octobre 2015 à un an d'emprisonnement pour vol en réunion et violence avec une arme, le 5 novembre 2015 à six mois d'emprisonnement pour vol, le 7 avril 2016 à six mois d'emprisonnement pour recel et conduite d'un véhicule sans permis. Il a de nouveau été écroué le 27 octobre 2019 pour conduite sans permis et a été condamné à six mois d'emprisonnement. Dans ces conditions, eu égard au très grand nombre de condamnations intervenues jusqu'à une période très récente, peu avant l'arrêté attaqué, il ressort des pièces du dossier que le comportement de M. B constitue une menace à l'ordre public. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. B est présent sur le territoire français depuis 2000 ou 2001 eu égard aux certificats de scolarité produits et aux certificats de résidence obtenus entre le 13 juillet 2005 et le 8 août 2013, entre 2013 et 2019 eu égard aux différentes incarcérations au centre pénitentiaire de Perpignan puis, entre avril 2019 et jusqu'à la date de la décision attaquée, sous couvert d'un récépissé de titre de séjour. Ainsi, et dès lors que M. B justifie d'une présence sur le territoire français depuis plus de dix ans, le préfet des Pyrénées-Orientales était tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur la demande de certificat de résidence de M. B, sans que puisse y faire obstacle la circonstance que sa présence constitue une menace à l'ordre public. Faute d'avoir été précédé de cette consultation, le refus de titre de séjour opposé à M. B est intervenu au terme d'une procédure irrégulière. Il est, ainsi, entaché d'un vice de procédure ayant privé l'intéressé d'une garantie et doit pour ce motif être annulé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens invoqués.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 26 novembre 2020 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté la demande de certificat de résidence de M. B doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement le réexamen de la demande de titre de M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales d'y procéder dans le délai de trois mois, après avis de la commission du titre de séjour.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B ou de son conseil une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 novembre 2020 par lequel le préfet des Pyrénées-Orientales a rejeté la demande de certificat de résidence de M. B est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer la demande de M. B, après avis de la commission du titre de séjour, dans le délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A B, à Me Summerfield et au préfet des Pyrénées-Orientales.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.

Le rapporteur,

N. Huchot

Le président,

E. SouteyrandLa greffière,

M.-A Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 2 février 2023,

La greffière,

M.-A Barthélémy

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