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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102015

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102015

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBRUNEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2021 Mme D E, représentée par Me Brunel, doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner le centre hospitalier de Carcassonne à lui verser la somme de 3 930,25 € au titre d'indemnisation des congés annuels non pris et des frais médicaux engagés à la suite de l'accident de service survenu le 30 août 2015.

Elle soutient que :

Sur les congés annuels non pris :

- ne pas avoir pris 34 jours de congés annuels qui n'ont pas été rémunérés, soit, en 2015 : 5 jours placés sur son compte d'épargne, en 2016 : 24 jours de congés annuels, et en 2017 : 5 jours de congés annuels.

- ces congés doivent être indemnisés à raison de 108,36 euros/jour :

- la décision de rejet de sa demande d'indemnisation de ses congés annuels méconnait les dispositions de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement et du Conseil du 4 novembre 2003, pour avoir été placée à la retraite avant d'avoir pu les prendre du fait de sa maladie.

Sur les frais médicaux :

- des frais médicaux imputables à son accident du travail sont restés à sa charge à hauteur de 246 euros :

Visites chez le Dr A, médecin généraliste, des 27/04/2017 : 23 euros - 30/05/2017 : 23 euros, - 30/06/2017 : 25 euros - 28/07/2017 : 25 euros - 28/08/2017 : 25 euros - 30/10/2017 : 25 euros, - 08/12/2017 : 25 euros ;

- Visites chez le Dr B, chirurgien, du 17/11/2017 : 45 euros ;

- Visite chez le Dr C, rhumatologue, du 22/01/2018 : 30 euros.

La requête a été communiquée au centre hospitalier de Carcassonne qui n'a pas produit de mémoire.

Une mise en demeure a été adressée le 6 janvier 2022 au centre hospitalier de Carcassonne, en application de l'article R.612-3 du code de justice administrative. Cette mise en demeure est restée sans effet.

Par une ordonnance du 9 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2022-788 du 3 mai 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pater, première conseillère ;

- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public ;

- et les observations de Me Brunel, représentant Mme E.

Une note en délibéré, présentée par Mme E, a été enregistrée le 19 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, née en décembre 1958, agent des services hospitaliers titulaire, exerçant au centre hospitalier de Carcassonne, a été victime d'un accident survenu le 30 août 2015 reconnu imputable au service par décision du 16 mars 2017. Par décision du 15 septembre 2017, elle a été admise à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er janvier 2018. Par courrier du 23 décembre 2020, elle a présenté une demande préalable reçue le 29 décembre 2020, en indemnisation des congés annuels non pris au titre des années 2015, 2016 et 2017, à hauteur de 3 684,25 euros, ainsi qu'en remboursement de frais médicaux engagés en 2017 et 2018, dans le cadre de son accident de service, à hauteur de 246 euros. L'absence de réponse du centre hospitalier de Carcassonne dans un délai de deux mois a fait naitre une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme E doit être regardée comme demandant au tribunal de condamner le centre hospitalier à lui verser la somme totale de 3 930,25 euros.

2. Aux termes de l'article R.612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant. ". Il résulte de ces dispositions que, sous réserve du cas où, postérieurement à la clôture de l'instruction, le défendeur soumettrait au juge une production contenant l'exposé d'une circonstance de fait dont il n'était pas en mesure de faire état avant cette date et qui serait susceptible d'exercer une influence sur le jugement de l'affaire, le défendeur à l'instance qui, en dépit d'une mise en demeure, n'a pas produit avant la clôture de l'instruction est réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant dans ses écritures. Il appartient alors seulement au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.

Sur les congés annuels :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 relative à certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail ". Selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, ces dispositions font obstacle à ce que le droit au congé annuel payé qu'un travailleur n'a pas pu exercer pendant une certaine période parce qu'il était placé en congé de maladie pendant tout ou partie de cette période s'éteigne à l'expiration de celle-ci. Le droit au report des congés annuels non exercés pour ce motif n'est toutefois pas illimité dans le temps. Si, selon la Cour, la durée de la période de report doit dépasser substantiellement celle de la période au cours de laquelle le droit peut être exercé, pour permettre à l'agent d'exercer effectivement son droit à congé sans perturber le fonctionnement du service, la finalité même du droit au congé annuel payé, qui est de bénéficier d'un temps de repos ainsi que d'un temps de détente et de loisirs, s'oppose à ce qu'un travailleur en incapacité de travail durant plusieurs années consécutives, puisse avoir le droit de cumuler de manière illimitée des droits au congé annuel payé acquis durant cette période.

4. En l'absence de dispositions législatives ou réglementaires fixant ainsi une période de report des congés payés qu'un agent s'est trouvé, du fait d'un congé maladie, dans l'impossibilité de prendre au cours d'une année civile donnée, le juge peut en principe considérer, afin d'assurer le respect des dispositions de la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003, que ces congés peuvent être pris au cours d'une période de quinze mois après le terme de cette année. La Cour de justice de l'Union européenne a en effet jugé, dans son arrêt C-214/10 du 22 novembre 2011, qu'une telle durée de quinze mois, substantiellement supérieure à la durée de la période annuelle au cours de laquelle le droit peut être exercé, est compatible avec les dispositions de l'article 7 de la directive. Toutefois ce droit au report s'exerce, en l'absence de dispositions, sur ce point également, dans le droit national, dans la limite de quatre semaines prévue par cet article 7.

5. Il ressort des pièces versées au dossier que Mme E a été placée en congé de maladie imputable à un accident de service du 30 août 2015 au 27 janvier 2017 et que postérieurement à cette période, son état de santé ne lui ayant pas permis de reprendre son travail, elle a été placée en congé de maladie ordinaire jusqu'à ce qu'elle puisse faire valoir des droits à la retraite le 1er janvier 2018. Si Mme E prétend ne pas avoir été rémunérée des congés annuels non pris au titre des années 2015, 2016 et 2017, ces faits ne sont contredits par aucune pièce du dossier et, en application des dispositions précitées de l'article R.612-6 du code de justice administrative, le centre hospitalier de Carcassonne est réputé avoir acquiescé aux faits ainsi exposés.

6. Toutefois, compte tenu des principes énoncés au point 4, Mme E disposait pour faire valoir ses droits à congés annuels, d'une période de 15 mois après l'année civile au cours de laquelle elle avait acquis ses droits. Ce délai expirait donc, au titre des trois années 2015, 2016 et 2017, respectivement, les 31 mars 2017, 2018 et 2019. Dès lors, à la date de sa demande d'indemnisation le 29 décembre 2020, elle ne disposait plus desdits droits à congés. Par suite, en rejetant sa demande d'indemnisation des congés annuels non pris, le centre hospitalier de Carcassonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement et du Conseil du 4 novembre 2003.

7. En second lieu, aux termes de l'article 12 du décret 2002-788 du 3 mai 2002 : " Lorsqu'un agent, quelle que soit sa position au regard du statut qui lui est applicable, quitte définitivement la fonction publique hospitalière, les jours ou heures accumulés sur son compte épargne-temps doivent être soldés avant sa date de cessation d'activités. En pareil cas, l'administration ne peut s'opposer à sa demande de congés. ".

8. Il résulte de ces dispositions, qu'en tout état de cause, compte tenu de ce que la requérante a été admise à faire valoir ses droits à la retraite à compter du 1er janvier 2018, et alors qu'elle n'établit ni même ne soutient que l'administration lui en aurait refusé le bénéfice avant cette date, Mme E ne pouvait, postérieurement à celle-ci, faire valoir le bénéfice des 5 jours placés au titre de l'année 2015 sur son compte épargne-temps.

9. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions en indemnisation des congés annuels non pris doivent être rejetées.

Sur les frais médicaux :

10. Si Mme E demande le remboursement de frais médicaux, ayant consisté notamment en des visites de médecine générale, rhumatologie et chirurgie, les éléments qu'elle verse aux débats ne permettent pas d'établir le lien allégué entre, d'une part, ces frais, et d'autre part, la pathologie née de l'accident de travail du 30 août 2015, ni même un quelconque autre lien avec le service. Par suite, les conclusions tendant à l'indemnisation des frais médicaux doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E et au centre hospitalier de Carcassonne.

Délibéré après l'audience publique du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rabaté, président,

Mme Pater, première conseillère,

Mme Viallet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

La rapporteure,

B. Pater

Le président,

V. Rabaté

Le greffier,

S Sangaré

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 4 juillet 2023,

Le greffier,

S. Sangaré

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N° 1901371

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N° 1901371

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