mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2102023 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | magistrat BAYADA |
| Avocat requérant | SCP SANGUINÈDE DI FRENNA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaire, enregistrés le 21 avril 2021, le 3 mars 2022 et le 4 mars 2022, la société civile immobilière Dadimmo, représentée par Me Brunel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision née du silence gardé par la commune de Perpignan refusant d'abroger l'arrêté du 11 août 2020 par lequel le maire de Perpignan l'a mis en demeure de réaliser certains travaux sur l'immeuble dont elle est propriétaire ;
2°) d'annuler la décision née du silence gardé par la commune de Perpignan refusant de retirer la décision du 15 décembre 2020 décidant d'appliquer l'article L. 1331-28-2 III du code de la santé publique ;
3°) d'enjoindre au maire de Perpignan de procéder à l'abrogation de l'arrêté du 11 août 2020 et au retrait de celle du 15 décembre 2020, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Perpignan la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté du 11 août 2020 :
- la commune de Perpignan était tenue d'abroger cet arrêté dès lors qu'il a été pris par une autorité incompétente ;
- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière méconnaissant le principe du contradictoire ;
- il est entaché d'erreurs de faits ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation des faits ;
En ce qui concerne la décision du 15 décembre 2020 :
- la commune de Perpignan était tenue de la retirer en application de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle est illégale.
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ;
- elle est entachée d'erreurs de faits ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'aucune obligation de relogement ne pouvait être mise à sa charge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2022, la commune de Perpignan, représentée par la société d'avocats interbarreaux Sanguinede Di Frenna et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SCI Dadimmo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les conclusions à fin d'annulation des décisions du 11 août 2020 et 15 décembre 2020 sont tardives ; le courrier du 15 décembre 2020 a une portée purement informative et ne fait pas grief à la société requérante ;
- la requête est irrecevable faute pour la société de démontrer qu'elle a présenté une demande de retrait et d'abrogation de ces deux décisions ;
- aucune obligation de retrait de la décision d'une décision individuelle créatrice de droits ne pèse sur elle ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bayada, magistrate désignée,
- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,
- et les observations de Me Belloti représentant la SCI Dadimmo, et celle de Me Martinez représentant la commune de Perpignan.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) Dadimmo est propriétaire d'un immeuble situé 10 rue Llucia à Perpignan, comportant un local commercial situé au rez-de-chaussée et quatre appartements sur trois étages. Par un arrêté du 27 décembre 2019, le maire de Perpignan a ordonné l'évacuation sanitaire de l'appartement situé au premier étage de l'immeuble, puis par un arrêté du 11 août 2020, le maire de Perpignan a mis en demeure la SCI Dadimmo de mettre l'immeuble en conformité avec les prescriptions en matière d'hygiène et de salubrité publique. Par un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 19 août 2020, la société requérante a été mise en demeure de faire cesser l'occupation de l'appartement situé au deuxième étage de l'immeuble, au motif que ce local était par nature impropre à l'habitation. Enfin, par un courrier du 15 décembre 2020, le maire de Perpignan, après avoir constaté l'absence de proposition de relogement faite par la société requérante à son locataire, l'a informée qu'il faisait usage du pouvoir de substitution prévue par le II de l'article L. 1331-28-2 du code de la santé publique afin d'assurer le relogement en urgence de son locataire. Par un courrier du 8 février 2021, reçue par la commune de Perpignan le 18 février 2021, la SCI Dadimmo a demandé l'annulation d'une part de l'arrêté du 11 août 2020 et d'autre part de la décision du 15 décembre 2020. Le silence gardé par la commune de Perpignan sur cette demande fait naître une décision implicite de rejet. Par sa requête, la SCI Dadimmo en demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité du refus d'abrogation de l'arrêté du 11 août 2020 :
2. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () / L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. ". Il appartient à toute personne intéressée, y compris dans le cas où il s'agit d'une personne publique, de demander à l'autorité compétente de procéder à l'abrogation d'une décision illégale non réglementaire qui n'a pas créé de droits si cette décision est devenue illégale à la suite de changements dans les circonstances de droit ou de fait postérieurs à son édiction.
3. La société requérante soutient que la commune de Perpignan ne pouvait refuser d'abroger l'arrêté du 11 août 2020 qui la met en demeure de mettre l'immeuble en conformité avec les prescriptions en matière d'hygiène et de salubrité publique.
4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 11 août 2020 notifiée à la société requérante le 13 août 2020, n'a pas fait l'objet d'un recours contentieux et est devenue définitive. La SCI Dadimmo se borne, à l'appui de sa requête, à se prévaloir du caractère illégal dès l'origine, dudit arrêté. Par suite, la SCI Dadimmo ne peut pas utilement se prévaloir de l'illégalité dont serait entaché, depuis son édiction, l'arrêté du 11 août 2020 aux motifs que ce dernier aurait été pris par une autorité incompétente, qu'il serait entaché d'un vice de procédure, d'erreurs de faits et d'erreur d'appréciation. Par ailleurs, la SCI Dadimmo ne fait état d'aucune circonstance de fait ou de droit, postérieure à l'édiction de l'arrêté contesté, qui l'aurait rendu illégal à la date du 18 avril 2021 à laquelle sa demande d'abrogation a été implicitement rejetée. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le refus implicite de la commune de Perpignan d'abroger l'arrêté en cause, dont il n'est pas établi qu'il serait devenu illégal serait entaché d'erreur de droit.
En ce qui concerne la légalité du refus de retrait de l'arrêté de la décision du 15 décembre 2020 :
5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de la construction et de l'habitation dans sa rédaction applicable : " () Le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer le relogement ou l'hébergement des occupants ou de contribuer au coût correspondant dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-1 dans les cas suivants : - lorsqu'un immeuble fait l'objet d'une déclaration d'insalubrité, d'une mise en demeure ou d'une injonction prise en application des articles L. 1331-22, L. 1331-23, L. 1331-24, L. 1331-25, L. 1331-26-1 et L. 1331-28 du code de la santé publique, si elle est assortie d'une interdiction d'habiter temporaire ou définitive ou si les travaux nécessaires pour remédier à l'insalubrité rendent temporairement le logement inhabitable ; () ". Aux termes de l'article L. 521-3-1 du même code dans sa rédaction applicable : " I.- Lorsqu'un immeuble fait l'objet d'une interdiction temporaire d'habiter ou d'utiliser ou que son évacuation est ordonnée en application de l'article L. 511-3 ou de l'article L. 129-3, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer aux occupants un hébergement décent correspondant à leurs besoins. / A défaut, l'hébergement est assuré dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-2. Son coût est mis à la charge du propriétaire ou de l'exploitant. ". Aux termes de l'article L. 521-3-2 du même code : " () II. - Lorsqu'une déclaration d'insalubrité, une mise en demeure ou une injonction prise sur le fondement des articles L. 1331-22, L. 1331-23, L. 1331-24, L. 1331-25, L. 1331-26-1 et L. 1331-28 du code de la santé publique est assortie d'une interdiction temporaire ou définitive d'habiter et que le propriétaire ou l'exploitant n'a pas assuré l'hébergement ou le relogement des occupants, le préfet, ou le maire s'il est délégataire de tout ou partie des réservations de logements en application de l'article L. 441-1, prend les dispositions nécessaires pour héberger ou reloger les occupants, sous réserve des dispositions du III. () IV. - Lorsqu'une personne publique, un organisme d'habitations à loyer modéré, une société d'économie mixte ou un organisme à but non lucratif a assuré le relogement, le propriétaire ou l'exploitant lui verse une indemnité représentative des frais engagés pour le relogement, égale à un an du loyer prévisionnel. V. - Si la commune assure, de façon occasionnelle ou en application d'une convention passée avec l'Etat, les obligations d'hébergement ou de relogement qui sont faites à celui-ci en cas de défaillance du propriétaire, elle est subrogée dans les droits de l'Etat pour le recouvrement de sa créance. VI. - La créance résultant de la substitution de la collectivité publique aux propriétaires ou exploitants qui ne se conforment pas aux obligations d'hébergement et de relogement qui leur sont faites par le présent article est recouvrée soit comme en matière de contributions directes par la personne publique créancière, soit par l'émission par le maire ou le préfet d'un titre exécutoire au profit de l'organisme ayant assuré l'hébergement ou le relogement. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 19 août 2020, la société requérante a été mise en demeure de faire cesser l'occupation de l'appartement situé au deuxième étage de l'immeuble, au motif que ce local était par nature impropre à l'habitation. A la suite de cet arrêté, la commune de Perpignan, en application des dispositions de l'article L. 521-3-2 du code de la construction et de l'habitation a vainement sollicité auprès de la société requérante que cette dernière présente une offre de relogement de son locataire. Par suite, et contrairement à ce que soutient la société requérante, le maire de Perpignan avait compétence, en application des dispositions précitées, pour se substituer à elle et procéder au relogement de ce dernier. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du maire doit être écarté.
7. Si la société requérante soutient en outre que la décision serait illégale dès lors qu'elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, ce moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
8. Enfin, si la société allègue que le logement donné à bail à M. B n'était pas frappé d'insalubrité et qu'elle n'avait pas à procéder à son relogement, il ressort des pièces du dossier que ledit logement constituait un danger pour la situation des occupants et qu'il présentait un caractère impropre à l'habitation en raison notamment de l'absence d'ouverture vers l'extérieur du local ne permettant pas par temps clair l'exercice des activités normales à l'habitation sans le secours de la lumière artificielle et un renouvellement d'air permanent et a donné lieu, ainsi qu'il a été dit à un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales du 19 août 2020, mettant en demeure la société requérante d'en faire cesser l'occupation. Par suite, et contrairement à ce que soutient la société requérante, le maire de Perpignan, en se substituant à elle pour assurer le relogement de M. B à la suite de l'arrêté préfectoral du 19 août 2020 n'a pas entaché sa décision d'inexactitude matérielle ni fait une inexacte application des dispositions précitées.
9. Il résulte de ce qui précède que la SCI Dadimmo n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de Perpignan a refusé de retirer la décision du 15 décembre 2020. Par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction qu'elle représente seront rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Perpignan, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la société civile immobilière Dadimmo demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SCI Dadimmo la somme que demande la commune de Perpignan sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société civile immobilière Dadimmo est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Perpignan présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Dadimmo et à la commune de Perpignan.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
La magistrate désignée,
A. ALa greffière,
I. Laffargue
La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 20 décembre 2022.
La greffière,
I. Laffargue
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026