vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2102063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 avril 2021 et le 8 mai 2022, M. D C, représenté par Me Duhil de Bénazé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2021 par lequel le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Hérault a résilié son engagement en tant que sapeur-pompier volontaire ;
2°) d'enjoindre au service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Hérault de prononcer sa réintégration à la date du 22 février 2021, la reconstitution de sa carrière au titre du contrat d'engagement qui les liait et le versement de ses arriérés de salaire ;
3°) de mettre à la charge du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Hérault la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une inexactitude matérielle des faits ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation en ce qu'elle est disproportionnée ;
- l'arrêté attaqué méconnaît le principe d'égalité de traitement entre agents publics.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 mars 2022 et 10 juin 2022, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Hérault, représenté par la SCP CGCB et associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,
- les observations de Me Sorano, représentant M. C et celles de Me Silleres, représentant le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Hérault.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C a été engagé par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Hérault en tant que sapeur-pompier volontaire à compter du 23 juin 2003 et exerçait ses fonctions au sein du centre de secours de Fabrègues. Par un arrêté du 16 décembre 2019, le président du conseil d'administration du SDIS de l'Hérault a suspendu à titre conservatoire son engagement en tant que sapeur-pompier volontaire. Par un arrêté du 22 février 2021, suite à l'avis favorable rendu par le conseil de discipline le 2 février 2021, le président du conseil d'administration du SDIS de l'Hérault a résilié son engagement en tant que sapeur-pompier volontaire. M. C demande au tribunal d'annuler cette dernière décision du 22 février 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même dans sa décision les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de la personne intéressée, de sorte que cette dernière puisse à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée connaître les motifs de la sanction qui la frappe.
3. D'une part, la décision attaquée précise que : " l'engagement de monsieur D C () est résilié à compter de la date de notification du présent arrêté et selon les modalités figurant à l'article R. 723-40 du code de la sécurité intérieure (). ". Ainsi, cette décision qui comporte, contrairement à ce que soutient le requérant, la mention de l'article L. 723-40 du code de la sécurité intérieure, lui permet de connaître le fondement légal sur lequel elle a été prise. D'autre part, le SDIS de l'Hérault rappelle dans la décision litigieuse les différents griefs qu'il a entendu retenir à l'encontre de M. C. La circonstance, à la supposer établie, que ces griefs seraient identiques à ceux reprochés aux deux autres sapeurs-pompiers qui ont également fait l'objet d'une sanction disciplinaire est sans incidence sur le caractère régulier de la motivation. Par suite, le président du conseil d'administration du SDIS de l'Hérault a suffisamment motivé sa décision en application des dispositions précitées au point 2.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 723-5 du code de la sécurité intérieure : " L'activité de sapeur-pompier volontaire, qui repose sur le volontariat et le bénévolat, n'est pas exercée à titre professionnel mais dans des conditions qui lui sont propres. ". Aux termes de l'article L. 723-8 du code de la sécurité intérieure : " L'engagement du sapeur-pompier volontaire est régi par le présent livre ainsi que par la loi n°96-370 du 3 mai 1996 relative au développement du volontariat dans les corps de sapeurs-pompiers. Ni le code du travail ni le statut de la fonction publique ne lui sont applicables, sauf dispositions législatives contraires (). ". Aux termes de l'article L. 723-10 du code précité : " Une charte nationale du sapeur-pompier volontaire, élaborée en concertation notamment avec les représentants de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, est approuvée par voie réglementaire. Elle rappelle les valeurs du volontariat et détermine les droits et les devoirs des sapeurs-pompiers volontaires. () Elle est signée par le sapeur-pompier volontaire lors de son premier engagement. ". Aux termes de l'article R. 723-40 du même code : " L'autorité de gestion peut, après avis du conseil de discipline départemental, prononcer contre tout sapeur-pompier volontaire : 1° L'exclusion temporaire de fonctions pour six mois au maximum ; 2° La rétrogradation ; 3° La résiliation de l'engagement. ". Aux termes de l'article D. 723-8 du code de la sécurité intérieure : " La charte nationale du sapeur-pompier volontaire prévue à l'article L. 723-10 constitue l'annexe 3. Le sapeur-pompier volontaire signe la charte devant l'autorité de gestion dont il relève. ". Aux termes de la charte nationale du sapeur-pompier volontaire qui constitue l'annexe 3 du code de la sécurité intérieure : " () La charte nationale du sapeur-pompier volontaire a pour objet de rappeler les valeurs du volontariat et de déterminer les droits et les devoirs du sapeur-pompier volontaire. () Lors de son premier engagement, cette charte est signée par le sapeur-pompier volontaire. Toute personne, qu'elle soit ou non en activité et quelle que soit son activité professionnelle, peut devenir sapeur-pompier volontaire, sous réserve de satisfaire aux conditions d'engagement : En tant que sapeur-pompier volontaire, je m'engage à servir avec honneur, humilité et dignité au sein du corps (départemental, communal ou intercommunal ou du service de l'Etat investi à titre permanent des missions de sécurité civile) et à avoir un comportement irréprochable lorsque je porte la tenue de sapeur-pompier. () En tant que sapeur-pompier volontaire, je ferai preuve de discrétion et de réserve dans le cadre du service et en dehors du service. () En tant que sapeur-pompier volontaire, je m'attacherai à l'extérieur de mon service à avoir un comportement respectueux de l'image des sapeurs-pompiers. () ".
5. En l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un sapeur-pompier volontaire, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen. En outre, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un sapeur-pompier volontaire ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
6. En l'espèce, le président du conseil d'administration du SDIS de l'Hérault a, par l'arrêté litigieux, prononcé la résiliation du contrat d'engagement de M. C pour avoir, lors de la tournée annuelle des calendriers, en ayant un taux d'alcoolémie supérieur à la limite autorisée, utilisé le véhicule de service, laissé ce véhicule dans la remise du centre de secours, avertisseurs lumineux et warnings enclenchés, couvert de boue avec une odeur et des traces de vomi ainsi que le portail de la caserne au sol.
7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C ainsi que les deux collègues qui l'accompagnaient lors de cette tournée annuelle des calendriers, M. A et M. D., ont reconnu avoir consommé de l'alcool au domicile d'une personne chez qui ils avaient effectué une intervention quelques années auparavant, avant de repartir avec le véhicule de service tard dans la soirée aux alentours de 23h30. Le commandant A, dans son rapport du 16 décembre 2019, indique que le lieutenant M. a joint téléphoniquement M. D. qui lui a indiqué que la tournée des calendriers s'est terminée par un apéritif qu'il a lui-même qualifié d'" appuyé " chez un particulier. Par ailleurs, les pièces produites dans le cadre de la présente instance font également apparaître que M. C conduisait le véhicule de service et a reconnu avoir percuté, au retour de cette soirée, le portail du centre d'incendie et de secours de Fabrègues. Les montants de ce dernier qui se trouvaient au sol et obstruaient le passage ainsi que le véhicule en question qui était recouvert de boue, feux de détresse et gyrophare allumés, avec à l'intérieur des traces et une odeur de vomi et les sièges détrempés ont été découverts suite au signalement d'un agent présent au centre, peu après 4h du matin, par le lieutenant M. Le commandant A, arrivé à 5h30, a effectué les mêmes constatations matérielles. Ainsi, l'ensemble de ces pièces et témoignages concordants permettent d'établir que M. C a consommé de l'alcool lors de la tournée annuelle des calendriers chez un particulier dans des proportions telles qu'elles l'ont amené à percuter le portail du centre d'incendie et de secours avec le véhicule de service qu'il conduisait, ce dernier ayant été retrouvé abîmé et souillé. Dans ces conditions, à supposer même que la mention selon laquelle l'intéressé avait un taux d'alcoolémie supérieur à la limite autorisée puisse être regardée comme non établie dès lors qu'aucune mesure précise de ce taux n'a pu être effectuée mais alors que M. C ne conteste pas sérieusement le déroulé de l'ensemble des évènements précités, le président du SDIS aurait pris la même décision compte tenu du caractère avéré de la consommation excessive d'alcool de l'intéressé pendant le service. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.
8. D'autre part, le comportement de M. C, qui porte non seulement atteinte au devoir de discrétion et de réserve dans le cadre du service et en dehors du service résultant de la charte des sapeurs-pompiers mais également à l'honneur et à la considération attachées à la fonction de sapeur-pompier volontaire, est fautif et de nature à justifier une sanction.
9. Si la conduite par le requérant d'un véhicule de service sous l'emprise de l'alcool, qui l'a amené à percuter le portail du centre d'incendie et de secours de Fabrègues, n'a eu en l'espèce que des conséquences matérielles, ce comportement n'en constitue pas moins une mise en danger caractérisée des personnes présentes dans le véhicule et des autres usagers de la voie publique. En outre, le portail resté au sol, bloquant la sortie par laquelle transitent les véhicules opérationnels de la caserne, était de nature à perturber le fonctionnement normal des services de secours d'urgence, sans que ne puisse être prise en compte la circonstance qu'aucune opération n'aurait effectivement eu lieu avant que l'obstacle ne soit retiré. Dans ces conditions, les faits reprochés au requérant constituent des manquements graves aux obligations professionnelles du sapeur-pompier volontaire, telles que rappelées au point 5 du présent jugement ainsi qu'au devoir d'exemplarité de ce dernier. Par suite, quand bien même l'intéressé n'aurait jamais fait l'objet d'aucune sanction disciplinaire depuis son engagement, la sanction infligée à M. Magin par le président du conseil d'administration du SDIS de l'Hérault ne présente pas, en l'espèce, un caractère disproportionné.
10. En troisième et dernier lieu, la circonstance que deux autres sapeurs-pompiers volontaires du SDIS de l'Hérault, qui ont effectué la tournée annuelle des calendriers et se trouvaient avec le requérant dans le véhicule de service, se sont vu infliger une sanction de moindre importance, est sans incidence sur la légalité de la sanction contestée et ne constitue pas une méconnaissance du principe d'égalité de traitement, alors que M. C n'était pas placé dans la même situation que ses deux autres collègues puisqu'il était le conducteur du véhicule accidenté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du SDIS de l'Hérault, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C le versement au SDIS de l'Hérault d'une somme au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le SDIS de l'Hérault sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au SDIS de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Bayada, première conseillère,
Mme Bossi, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
La rapporteure,
M. Bossi
Le président,
J.-P. Gayrard
La greffière,
I. Laffargue
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 31 mars 2023.
La greffière,
I. Laffargue
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026