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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102206

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102206

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102206
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantBAUTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2021, M. B A, représenté par Me Bautes, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 21 décembre 2020 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Pyrénées-Orientales de lui délivrer une carte de résident dans un délai de 15 jours suivant notification du jugement à intervenir si besoin sous astreinte ;

3°) subsidiairement, d'ordonner le réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours suivant notification du jugement à intervenir si besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable car il a agi dans les délais de recours ;

- la décision a été signée par une autorité incompétente faute d'une délégation régulière et publiée ;

- le préfet a méconnu l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et commis une erreur manifeste d'appréciation car il justifie résider régulièrement en France depuis plus de trois années, même si c'est en partie en qualité d'étudiant ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au vu de l'ancienneté de son séjour et de son parcours professionnel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le préfet des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lesimple, première conseillère,

- et les observations de Me Hamidoune, substituant Me Bautes, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1992, a bénéficié de deux certificats de résidence d'une durée d'un an en qualité d'étudiant valables du 1er novembre 2016 au 31 octobre 2018 puis, de deux certificats de résidence d'une durée d'un an en sa qualité d'artisan valables du 1er novembre 2018 au 31 octobre 2020. Par décision du 21 décembre 2020 le préfet des Pyrénées-Orientales a renouvelé, pour une durée d'un an, son certificat de résidence mais a refusé de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix années. Par la présente requête M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision :

2. Aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / () ".

3. En vertu des stipulations combinées des articles 7 et 7 bis de l'accord franco-algérien, les ressortissants algériens qui obtiennent un certificat de résidence valable un an sur le fondement des stipulations des alinéas a) à g) de l'article 7 précité portant respectivement les mentions " visiteur ", " salarié ", " activité professionnelle soumise à autorisation ", " vie privée et familiale " octroyé au titre du regroupement familial, " travailleur temporaire ", " scientifique " ou " profession artistique et culturelle " peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. Il est notamment tenu compte de leurs moyens d'existence.

4. M. A détient depuis deux ans un certificat de résidence en sa qualité d'artisan sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien et il n'est pas contesté qu'il justifie d'une résidence ininterrompue en France de plus de trois années. Si le préfet des Pyrénées-Orientales fait valoir qu'il ne peut être tenu compte de ses années de présence sur le territoire en qualité d'étudiant car l'article 7 de l'accord franco-algérien ne fait pas référence aux certificats de résidence délivrés pour ce motif, il n'est nullement précisé que la condition de séjour de trois années devrait être justifiée au regard des seuls titres délivrés sur le fondement de cet article. Par ailleurs, si le préfet se réfère aux dispositions de l'article L. 426-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui excluent les séjours en qualité d'étudiant afin d'apprécier la condition de résidence ininterrompue permettant de prétendre à la délivrance d'une carte de " résident longue durée UE " d'une durée de dix années, ces dispositions n'ont pas vocation à s'appliquer aux ressortissants algériens dans la mesure où l'accord franco-algérien régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés et leur durée de validité. Il suit de là que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui sont relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, lesquels relèvent à cet égard des règles fixées par l'accord précité.

5. Dès lors, il résulte de ce qui précède que le préfet a commis une erreur de droit en estimant que la condition de résidence ininterrompue de trois années n'était pas remplie en l'espèce.

6. L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. En l'espèce, le préfet des Pyrénées-Orientales fait valoir l'insuffisance des moyens d'existence dont M. A dispose dans la mesure où, depuis le début de son activité le 22 août 2018, il a déclaré en 2018 un revenu net de 6 529 euros et le bilan de son entreprise établi pour la période allant du 24 août 2018 au 30 septembre 2019 fait état d'un résultat net comptable de 14 916 euros. Toutefois, le requérant établi qu'il a déclaré au titre de l'année 2019 un revenu de 20 251 euros. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de l'insuffisance des ressources de l'intéressé et il y a lieu d'écarter la demande de substitution de motif du préfet.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 décembre 2020 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer la demande de M. A tendant à bénéficier d'une carte de résident de dix ans, au regard notamment de ses moyens d'existence actuels et des conditions d'exercice de son activité professionnelle, et que soit prise une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

10. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à Me Bautes, avocate de M. A, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 21 décembre 2020 par laquelle le préfet des Pyrénées-Orientales a refusé de délivrer un certificat de résidence d'une durée de dix ans à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Pyrénées-Orientales de réexaminer la demande de M. A et de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bautes la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Pyrénées-Orientales et à Me Bautes.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Eric Souteyrand, président,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Mme Audrey Lesimple, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.

La rapporteure,

A. Lesimple Le président,

E. Souteyrand

La greffière,

M-A. Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 3 novembre 2022.

La greffière,

M-A. Barthélémy

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