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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102376

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102376

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMARGALL, D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mai 2021 et 20 août 2021, M. H A D et Mme I A D, représentés par la SCP Verbateam Montpellier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Martin-de-Londres a délivré à M. B et Mme G un permis de construire pour la surélévation d'une maison d'habitation située 5 zone d'aménagement concertée (ZAC) de l'Hortus, parcelle cadastrée A n° 1029 ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Saint-Martin-de-Londres et de M. B et Mme G une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le maire était incompétent pour prendre la décision au nom de la commune dès lors que l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme prévoit que pour les communes dépourvues d'un document d'urbanisme, comme c'est le cas en l'espèce, la décision est prise par le maire au nom de l'Etat ou par le préfet ;

- le permis litigieux a été délivré à l'issue d'une procédure irrégulière faute d'avoir été instruit par les services préfectoraux en application des dispositions de l'article R. 423-9 du code de l'urbanisme ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-28 du code de l'urbanisme ;

- en outre le dossier de demande n'a pas permis au service instructeur d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement existant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2021, la commune de Saint-Martin-de-Londres, représentée par la SCP Territoires Avocats, agissant par Me D'Albenas, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A D une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants sont dépourvus d'un intérêt à agir contre le permis querellé ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2021, M. C B et Mme F G, représentés par la SCP VPNG et Associés, agissant par Me Vinsonneau-Palies, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme A D une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- les requérants sont dépourvus d'un intérêt à agir contre le permis querellé ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Goursaud, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Remy, représentant M. et Mme A D, celles de Me Teles, représentant la commune de Saint-Martin-de-Londres, et celles de Me Lalubie, représentant M. B et Mme G.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 26 mars 2021 dont M. et Mme A D demandent l'annulation, le maire de Saint-Martin-de-Londres a délivré à M. B et Mme G, au nom de la commune, un permis de construire pour la surélévation d'une maison d'habitation située 5 ZAC de l'Hortus, parcelle cadastrée A n° 1029.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ainsi que dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale après la date de publication de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Dans les communes qui se sont dotées d'une carte communale avant cette date, le maire est compétent, au nom de la commune, après délibération du conseil municipal. En l'absence de décision du conseil municipal, le maire est compétent, au nom de la commune, à compter du 1er janvier 2017. Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif ; / b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes. / Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir ainsi que les déclarations préalables sur lesquelles il n'a pas été statué à la date du transfert de compétence restent soumises aux règles d'instruction et de compétence applicables à la date de leur dépôt. ". Aux termes de l'article R. 423-9 de ce code : " Lorsque la décision relève de l'Etat, le maire conserve un exemplaire de la demande ou de la déclaration préalable et transmet au préfet les autres exemplaires ainsi que les pièces mentionnées au dernier alinéa de l'article R. 423-2 dans la semaine qui suit le dépôt ; si la commune a délégué sa compétence à un établissement public de coopération intercommunale, le maire transmet en outre, dans le même délai, un exemplaire au président de cet établissement. () ".

3. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme que si la caducité du plan d'occupation des sols de la commune, qui n'est pas contestée, a pour effet de remettre en vigueur le règlement national d'urbanisme, elle est en revanche sans incidence sur le transfert, qui est définitif, de la compétence au maire, agissant au nom de la commune, pour l'instruction et la délivrance des permis de construire, conformément aux dispositions de l'article L. 422-1. Le maire de Saint-Martin-de-Londres a donc pu légalement statuer sur la demande de permis au nom de la commune. Pour les mêmes motifs, les requérants ne peuvent utilement invoquer une méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-9 du code de l'urbanisme qui ne sont applicables que lorsque la décision relève de la compétence de l'Etat. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence et du vice de procédure doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, en faisant valoir que " le dossier de demande de permis de construire () occulte considérablement l'insertion du projet dans son environnement existant " dès lors que " les vues produites sont insuffisantes ou arbitraires ", les requérants doivent être regardés comme se prévalant de l'incomplétude du dossier de demande.

5. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et angles de prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

6. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

7. Si le dossier de demande ne comporte pas de document graphique d'insertion, il ressort toutefois des pièces du dossier que la consultation des plans des quatre façades faisant apparaitre la surélévation projetée et des photographies de l'état existant depuis l'environnement proche et lointain ont permis au service instructeur d'apprécier la hauteur, la volumétrie, et l'insertion du projet dans son environnement immédiat, notamment par rapport à la construction voisine. Par suite, et en dépit du caractère sommaire du dossier sur ce point, le maire de Saint-Martin-de-Londres n'a pas été interdit d'apprécier la conformité du projet à la règlementation applicable.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-28 du code de l'urbanisme : " Dans les secteurs déjà partiellement bâtis, présentant une unité d'aspect et non compris dans des programmes de rénovation, l'autorisation de construire à une hauteur supérieure à la hauteur moyenne des constructions avoisinantes peut être refusée ou subordonnée à des prescriptions particulières ".

9. A supposer que le secteur présente une unité d'aspect au sens de ces dispositions, les requérants ne démontrent pas, par la production de deux photographies prises depuis le contrebas d'une pente et faisant apparaitre la maison existante de M. B et Mme G et leur propre maison, au demeurant élevée d'un étage, et alors que ces constructions se situent sur des plans topographiques différents, que la surélévation projetée présentera une hauteur supérieure à la hauteur moyenne des constructions avoisinantes. En outre il ressort des pièces versées au débat que les constructions les plus proches du projet présentent des hauteurs NGF similaires à celle de la surélévation projetée, laquelle présente une hauteur au faitage de 7,91 mètres, inférieure à la hauteur autorisée au titre du cahier des charges de la ZAC " L'Hortus ". Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-28 du code de l'urbanisme doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge solidaire de la commune de Saint-Martin-de-Londres et de M. B et Mme G, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par M. et Mme A D, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. et Mme A D une somme de 750 euros à verser respectivement à la commune de Saint-Martin-de-Londres et à M. B et Mme G au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme A D est rejetée.

Article 2 : M. et Mme A D verseront à la commune de Saint-Martin-de-Londres une somme de 750 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. et Mme A D verseront à M. B et Mme G une somme de 750 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. H A D et Mme I A D, à la commune de Saint-Martin-de-Londres et à M. C B et Mme F G.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Denis Besle, président,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

F. Goursaud

Le président,

D. Besle

La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 mars 2023.

La greffière,

M. E00

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