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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102524

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102524

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantROSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mai 2021, M. D A et Mme E B, représentés par Me Rosé, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision de l'Office français de l'intégration et de l'immigration du 3 février 2021 leur refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'intégration et de l'immigration de les admettre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, pour toute la famille à compter du 3 février 2021, dans le délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte ;

3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à payer la somme de 1 000 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision est insuffisamment motivée en fait, alors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas en situation de compétence liée et doit prendre en compte la situation de vulnérabilité de la famille ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance de l'article 20 de la directive 2013/33/UE ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit pour être fondée sur le 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ont été censurées par le Conseil d'Etat du fait de leur inconventionnalité ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de la situation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'étant cru en situation de compétence liée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de leur situation de vulnérabilité ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur des deux enfants du couple en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à leur droit de solliciter une protection internationale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A et Mme B ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteur,

- et les observations de Me Rosé, représentant M. A et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 15 mai 1980, et Mme B, née le 25 juin 1982, de nationalité bangladaise, ont déposé le 3 février 2021 une demande de réexamen de leurs demandes d'asile. Par une décision du même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de leur accorder les conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A et Mme B demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision attaquée vise le 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur et l'article D. 744-37 du même code, dont l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait application pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A et Mme B et mentionne que ces derniers ont sollicité le réexamen de leur demande d'asile. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et est par suite suffisamment motivée, même si elle ne mentionne pas les éléments de la situation personnelle des demandeurs pris en compte au titre de l'examen de leur vulnérabilité. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/CE du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : () c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. ". Dans sa rédaction applicable au présent litige, l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, portant transposition de l'article 20 de la directive 2013/33/CE du 26 juin 2013, dispose : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : () / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () ". Aux termes de l'article D. 744-37 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : 1° En cas de demande de réexamen de la demande d'asile ; () ".

4. Le cas de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévu par les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fait partie des hypothèses fixées à l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE. En outre, ces dispositions de l'article L. 744-8 écartent toute automaticité du refus et imposent un examen particulier de la situation du demandeur d'asile, en particulier sa vulnérabilité. Au demeurant, il ne ressort ni de ces dispositions, ni d'aucune autre que le refus ferait en toutes circonstances obstacle à l'accès aux autres dispositifs prévus par le droit interne répondant aux prescriptions de l'article 20, paragraphe 5, de la directive du 26 juin 2013 précitée, si l'étranger considéré en remplit par ailleurs les conditions, et notamment à l'application des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatives à l'aide médicale de l'Etat ou de l'article L. 345- 2- 2 du même code relatives à l'hébergement d'urgence.

5. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'édiction de la décision contestée a été précédée d'un entretien au cours duquel les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont questionné les requérants sur leur situation personnelle aux fins notamment d'évaluer leur vulnérabilité et dont il a été établi un compte rendu sous forme d'une fiche d'évaluation de vulnérabilité.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les moyens tirés des erreurs de droit qui auraient été commises au regard de l'article 20 de la directive, de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pour défaut d'examen réel de la situation des requérants doivent être écartés.

7. Aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors en vigueur : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables./ L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'entretien dont ont bénéficié les requérants le 3 février 2021, ils ont indiqué être hébergés de manière précaire par le 115 depuis le 5 janvier 2021 et n'ont pas fait état de problèmes particuliers, notamment de santé. Si les requérants évoquent dans leur requête des problèmes de santé de M. A, ils n'établissent pas l'existence d'une situation de vulnérabilité à ce titre par la production d'un certificat médical évoquant seulement un bilan médical en cours " pour des symptômes d'origine potentiellement cardiaque ". Dès lors que la famille est hébergée, même de manière précaire, la seule circonstance que le couple soit accompagné de ses deux enfants, âgés de 8 et 14 ans et scolarisés à la date de la décision attaquée, ne suffit pas à établir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de vulnérabilité de la famille ni qu'il aurait méconnu l'intérêt supérieur de leurs enfants.

9. Dès lors qu'ainsi qu'il l'a été dit aux points précédents, la décision contestée n'est pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué tiré de ce qu'elle porterait une atteinte disproportionnée à son droit de solliciter la protection internationale ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 27 septembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'Office français de l'intégration et de l'immigration d'admettre les requérants au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, pour toute la famille à compter du 3 février 2021, dans le délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 code de justice administrative font obstacle à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas la qualité de partie perdante à l'instance, verse à M. A et Mme B la somme qu'ils réclament au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. D A et Mme E B, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Rosé.

Délibéré après l'audience du 29 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

La rapporteure,

M. Couégnat

La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 14 mars 2024.

La greffière,

M. C

aj

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