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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102579

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102579

mardi 21 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGUIRASSY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 12 mai et le 14 décembre 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Alphanet Propreté et Services, représentée par Me Guirassy, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 12 janvier 2021 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18 250 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros pour l'emploi d'un étranger en situation irrégulière, ensemble la décision du 16 mars 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'annuler les titres de recettes émis le 25 janvier 2021 pour le recouvrement de ces contributions et de prononcer la décharge des sommes ainsi réclamées par l'OFII ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer la minoration de la contribution spéciale en la ramenant à la somme de 3 650 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- faute de délégation de signature régulière et suffisamment précise, l'auteur de la sanction était incompétent ;

- la décision du 12 janvier 2021 est insuffisamment motivée ;

- la matérialité des faits ayant donné lieu à l'application de la contribution spéciale n'est pas établie ;

- il en va de même de la contribution d'aide au séjour irrégulier ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle remplit les conditions pour obtenir une minoration de la contribution spéciale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2021, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public ;

- et les observations de Me Guirassy, représentant la SASU Alphanet Propreté et Services.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er septembre 2020, à la suite d'un contrôle d'identité et d'une enquête effectuée par les services de police, la SASU Alphanet Propreté et Services, spécialisée dans le nettoyage de locaux, a été destinataire d'un procès-verbal constatant qu'elle employait un salarié, ressortissant algérien, non déclaré et démuni d'un titre de séjour l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Ce procès-verbal a été transmis à l'OFII. Par une lettre du 3 novembre 2020, la SASU Alphanet Propreté et Services a été informée de la mise en œuvre à son encontre des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail et de celles de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 12 janvier 2021, le directeur général de l'OFII a mis à sa charge la somme totale de 20 374 euros, correspondant à 18 250 euros au titre de la contribution spéciale pour l'emploi irrégulier d'un travailleur et de 2 124 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative de frais de réacheminement. Par la présente requête, la SASU Alphanet Propreté et Services demande l'annulation de la décision du 12 janvier 2021, celle de la décision du 16 mars 2021 opposée à son recours gracieux, ainsi que l'annulation des titres de recettes émis pour le recouvrement de ces sommes et la décharge de leur paiement.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

En ce qui concerne la régularité des contributions :

2. D'une part, la décision a été signée par Mme B A, cheffe du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur général de l'OFII. Or, par une décision du 19 décembre 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur le même jour, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme A pour signer notamment les décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. D'autre part, il résulte de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration que les décisions individuelles qui infligent une sanction doivent être motivées. En l'espèce, la décision du directeur général de l'OFII du 12 janvier 2021 vise expressément les textes applicables et se réfère au procès-verbal établi à la suite du contrôle du 1er septembre 2020, au cours duquel l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail et l'infraction d'emploi d'étranger démuni de titre de séjour et de travail ont été constatées. Elle précise également les sommes dont est redevable la société requérante et joint, en annexe le nom de l'étranger à l'origine de l'application des contributions. Contrairement à ce que soutient la société requérante, le directeur de l'OFII n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des circonstances de fait ayant conduit à cette décision dès lors que celle-ci faisait référence au procès-verbal dressé le 1er septembre 2020. Par suite, le moyen tiré de la motivation insuffisante de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des contributions :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". L'article L. 5221-8 du même code dispose que : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale () ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ".

5. Les contributions prévues par les dispositions rappelées ci-dessus ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français et / ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Il appartient ainsi à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et la personne que celui-ci emploie. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par ces dispositions, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Néanmoins, ce dernier ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque, tout à la fois, il s'est acquitté des vérifications qui lui incombent, relatives à l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail, et n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal établi par les services de police le 1er septembre 2020, qu'un ressortissant algérien détenait une fiche de salaire à son nom mentionnant la SASU Alphanet Propreté et Services comme employeur avec 5 heures d'activité le 26 juillet 2020 et que ce dernier, qui n'a pas été déclaré par l'entreprise, était dépourvu de titre de séjour et d'autorisation de travail. La société requérante, qui ne peut utilement invoquer, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'absence d'élément intentionnel de l'infraction, ne conteste pas avoir employé le salarié algérien pour une durée de 5 heures ce jour-là et se borne à plaider sa bonne foi, en indiquant que l'intéressé, qui n'a pas présenté son titre de séjour le premier jour de son activité, a vu son contrat de travail suspendu à l'issue de cette première journée avant qu'il ne soit procédé, le 30 juillet suivant, à son licenciement. Dans ces conditions, et en l'absence de vérification préalable auprès des services de la préfecture, la matérialité des faits constitutifs de l'infraction liée à l'emploi d'un travailleur en situation irrégulière doit être regardée comme établie. En outre, contrairement à ce qui est soutenu, n'est pas en cause dans le présent litige l'infraction d'aide au séjour irrégulier, prévue jusqu'au 30 décembre 2020 à l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue à l'article L. 626-1 du même code, applicable au moment des faits, de sorte que la société requérante ne saurait utilement contester, par ce seul élément, la matérialité des faits retenus à son encontre, tenant à l'emploi d'un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de fait comme de l'erreur dans l'application des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être rejetées. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de lui appliquer les contributions en litige serait entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'infraction en cause ne serait pas caractérisée doit être écarté. Il en va de même de l'erreur de droit tirée de ce qu'à la date du contrôle, le contrat de travail aurait été rompu dès lors que, du fait de la journée de travail, l'infraction était constituée et rendait exigible les contributions en litige.

Sur la demande de minoration des contributions :

7. D'une part, selon l'article R. 8253-2 du code du travail : " I. - Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II. - Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. - Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes de l'article R. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " I. - La contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine prévue à l'article L. 626-1 est due pour chaque employé en situation irrégulière au regard du droit au séjour. () / II. - Le montant de cette contribution forfaitaire est fixé par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé du budget, en fonction du coût moyen des opérations d'éloignement vers la zone géographique de réacheminement du salarié, dans la limite prescrite à l'alinéa 2 de l'article L. 626-1. ".

8. D'autre part, aux termes de l'article R. 8253-2 code du travail : " I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II.- Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III.- Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France () ".

9. Ainsi qu'il a été dit au point 6, le procès-verbal de constatation des infractions mentionne également une infraction de travail dissimulé de sorte que la société requérante n'est pas fondée à revendiquer le taux réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu par les dispositions précitées de l'article R. 8253-2 du code du travail. En outre, en se bornant à produire le bulletin de salaire du salarié étranger concerné, portant sur les 5 heures effectuées le 26 juillet 2020, la société requérante n'établit pas davantage qu'elle se serait acquittée des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 du code du travail, soit une somme égale à trois mois de salaire.

10. Enfin, en admettant que la société requérante ait entendu soutenir que la sanction serait disproportionnée, au motif qu'elle serait de bonne foi et que le montant de l'amende serait élevé, elle ne fournit aucun élément suffisant pour permettre d'apprécier l'incidence de cette dernière sur sa situation financière de sorte que ce moyen doit, en tout état de cause, être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que la SASU Alphanet Propreté et Services n'est fondée à demander l'annulation ni de la décision du 11 janvier 2021, ni celle de la décision du 16 mars 2021 rejetant son recours gracieux, et n'est pas davantage fondée à demander la minoration de la contribution spéciale.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la SASU Alphanet Propreté et Services est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Alphanet Propreté et Services et à l'office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré à l'issue de l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère.

M. Rousseau, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.

La rapporteure,

D. C

La greffière,

L. Rocher

La présidente,

S. Encontre

La République mande et ordonne au u ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

Montpellier, le 21 février 2023,

La greffière,

L. Rocher

N°2102579 lr

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