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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102652

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102652

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102652
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL MAILLOT AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 mai 2021, M. A C et Mme E G, représentés par la SCP Caudrelier-Esteve, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Bassan a accordé un permis de construire à M. D pour des travaux sur une construction existante sur la parcelle cadastrée section AA n°119, ensemble la décision du 22 mars 2021 portant rejet du recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bassan la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que l'arrêté :

- méconnait les articles 1 et 2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce que la création d'un garage de 29 places de 1 403 m² est interdite en zone U ;

- méconnait l'article 10 du règlement du plan local d'urbanisme quant à la hauteur ;

- méconnait l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, la commune de Bassan, représentée par la SCP CGCB, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C et Mme G au titre de l'article L. 761-1 code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2022, M. F D, représenté par la Selarl Maillot Avocats et Associés, conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire, le cas échéant, à ce que les articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme soient mis en œuvre pour la régularisation du projet ;

- en tout état de cause, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C et Mme G au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 10 novembre 2016 définissant les destinations et sous-destinations de constructions pouvant être réglementées par le règlement national d'urbanisme et les règlements des plans locaux d'urbanisme ou les documents en tenant lieu ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public ;

- les observations de Me Caudrelier, représentant M. C et Mme G ;

- les observations de Me Arroudj, représentant la commune de Bassan ;

- et les observations de Me Castagnino, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D a déposé le 2 octobre 2020 une demande de permis de construire aux services de la commune de Bassan pour l'extension et surélévation d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section AA n°119, en zone UC du plan local d'urbanisme de la commune, ainsi que la création d'un garage pouvant accueillir 29 véhicules sur une surface de 1 403,73 m². Par un arrêté du 27 novembre 2020, le maire de la commune a accordé le permis sollicité. M. C et Mme G, voisins immédiats, lui ont adressé un recours gracieux le 25 janvier 2021, reçu le 26 suivant, rejeté par une décision du 22 mars 2021. Par leur requête, M. C et Mme G demandent l'annulation de l'arrêté du 27 novembre 2020 et de la décision du 22 mars 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 1 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux occupations et utilisation des sols interdites : " En tous secteurs : • Le stationnement de caravanes isolées, habitations légères et mobil home• Les installations et travaux divers : dépôts de véhicules, parcs d'attraction ouverts au public, affouillements et exhaussements du sol• Les carrières• Les campings et parcs résidentiels de loisirs• Le stationnement de carotteuses ou de sondeuses de plus de 12 tonnes et de camions vibreurs pour l'exploration sismique en vue de la recherche d'hydrocarbures.• Le stationnement de camion-citerne, de camion benne et de camion plateforme transportant des produits, liquides ou solides, destinés à des forages de recherche et d'exploitation d'hydrocarbures. En secteur Ua, Ub et Uc• Les constructions à usage : industriel, agricole, artisanale non liées à la vie de la zone ou du village• Les installations classées. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 151-28 du code de l'urbanisme : " Les destinations de constructions prévues à l'article R. 151-27 comprennent les sous-destinations suivantes : ()2° Pour la destination " habitation " : logement, hébergement ;3° Pour la destination " commerce et activités de service " : artisanat et commerce de détail, restauration, commerce de gros, activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle, cinéma, hôtels, autres hébergements touristiques ; () ;5° Pour la destination " autres activités des secteurs primaire, secondaire ou tertiaire " : industrie, entrepôt, bureau, centre de congrès et d'exposition, cuisine dédiée à la vente en ligne. ". Et aux termes de l'article R. 151-29 du code de l'urbanisme : " Les définitions et le contenu des sous-destinations mentionnées à l'article R. 151-28 sont précisées par arrêté du ministre chargé de l'urbanisme. Les locaux accessoires sont réputés avoir la même destination et sous-destination que le local principal. "

4. Il ressort des pièces du dossier que le projet en litige a pour objet la transformation d'une maison d'habitation pour la réduire à une surface de plancher de 128 m² environ et de créer un " garage " accolé. Eu égard à la dimension de ce dernier, de 1 403,73 m² pour une capacité de 29 places, comparée à celle de la maison d'habitation, ce garage ne saurait en être regardé comme un accessoire et ne possède donc pas une destination d'habitation. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce garage, à usage en partie professionnel, proposerait des activités de services avec accueil du public, et ne saurait ainsi être considéré comme ayant une destination de " commerce et activités de services " au sens du 3° de l'article R. 151-27 et R. 151-28 du code de l'urbanisme, lesquelles ne sont au demeurant pas interdites, contrairement à ce que soutiennent les requérants, par le règlement du plan local d'urbanisme. Ensuite, eu égard à ses caractéristiques et à son usage revendiqué de stationnement couvert de véhicules sportifs, ce bâtiment ne concerne pas non plus une activité industrielle, agricole ou artisanale, mais doit être considéré comme ayant la sous-destination d'" entrepôt " de la destination " autres activités des secteurs primaire, secondaire ou tertiaire ", laquelle n'est pas interdite par les articles 1er et 2e du plan local d'urbanisme de la commune de Bassan. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Bassan aurait fait une inexacte application de ces articles doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 10 de la zone U du règlement du plan local d'urbanisme relatif à la hauteur des constructions : " Lorsque la hauteur est fixée au faîtage ou à l'acrotère, celle-ci ne tient pas compte des ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures. () En secteur Uc, la hauteur totale maximale est de à 8,00 mètres au faîtage ou l'acrotère. Toutefois, pour les parties édifiées en limite séparative et non adossées à un bâtiment existant sur la parcelle voisine, la hauteur totale maximale est limitée à 3,00 mètres à l'égout ou l'acrotère, sur une longueur de bâti de 15,00 mètres cumulées sur toutes les limites séparatives. () ". Eu égard à l'objet de la règle ainsi édictée, la hauteur de la construction doit être mesurée à partir du niveau du sol, avant affouillement et exhaussement, au-dessus duquel la construction est visible.

6. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet présente une pente depuis la voie publique vers l'Ouest et le Nord, et le plan local d'urbanisme ne prévoit aucune disposition spéciale pour une telle configuration si bien que la hauteur de chaque point du bâtiment doit se calculer à son aplomb à partir du sol naturel, avant travaux. Si les requérants se bornent à soutenir que le plan de masse PC02B indiquerait des hauteurs d'acrotères supérieures à 8 mètres en se référant aux points altimétriques au sol, ces points de référence du sol ne correspondent pas à l'état initial du sol naturel et ne sauraient être pris en compte pour le calcul de la hauteur de la construction. Par ailleurs, le pétitionnaire apporte en défense une telle comparaison, non contestée par les requérants, dont il ne ressort pas de hauteurs supérieures à 8 mètres. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 10 du plan local d'urbanisme doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".

8. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune.

9. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.

10. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette s'inscrit dans une zone pavillonnaire d'habitat diffus, en limite sud des parties urbanisées de la commune, sans caractéristiques architecturales particulières et s'ouvrant au sud vers une vaste zone naturelle. Si le bâtiment destiné au garage présente une taille conséquente, sa hauteur visuelle sera limitée depuis la voie publique en raison de la déclivité du terrain ainsi qu'il a été dit au point 6. Son architecture à toit plat permet par ailleurs de réduire l'effet masse de l'ouvrage et d'être peu visible depuis la rue et les constructions voisines, ainsi qu'il en ressort des insertions graphiques, eu égard notamment à l'effet écran des pins de hautes tiges présents en partie sud de la parcelle. Enfin, la volumétrie simple et contemporaine, ainsi que l'utilisation de variations de couleurs en façade avec des ouvertures côté Ouest atténuent l'impression visuelle de la destination d'entrepôt du bâtiment. Par suite, le moyen tiré de ce que le maire de la commune de Bassan aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'atteinte aux lieux avoisinants doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Bassan, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. C et Mme G la somme qu'ils réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. C et Mme G le versement à la commune de Bassan et à M. D, chacun, d'une somme de 750 euros sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme G est rejetée.

Article 2 : M. C et Mme G verseront la somme de 750 euros à la commune de Bassan au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : M. C et Mme G verseront la somme de 750 euros à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : La présente décision sera notifiée à M. A C et Mme E G, à la commune de Bassan, et à M. F D.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Denis Besle, président,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le rapporteur,

N. B

Le président,

D. BesleLa greffière,

M. H

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 28 mars 2024,

La greffière,

M. H

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