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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102798

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102798

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102798
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantBAUDARD.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2021, Mme A C épouse B, représentée par Me Baudard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2021 par lequel le préfet de l'Hérault a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de lui délivrer un titre de séjour le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous la même astreinte.

Elle soutient que l'arrêté :

- est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- est entaché d'un défaut de motivation ;

- méconnait le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et l'article

3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2021, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huchot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née en 1985 et de nationalité marocaine, déclare être entrée sur le territoire français le 1er septembre 2018, munie d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles le 15 juin 2016 et valable jusqu'au 17 mai 2021. Elle a sollicité, le 14 décembre 2020, la délivrance d'un titre de séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 3 février 2021, dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Hérault a refusé de lui délivrer le titre demandé.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision prononcée, et précise la situation administrative et le parcours de la requérante, notamment son titre de séjour espagnol, son mariage en septembre 2018 avec un ressortissant marocain bénéficiant d'un certificat de résidence français et la présence de son premier enfant âgé de 18 mois à la date de la décision attaquée. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du 7° de l'article L. 313-11, devenu L. 423-23, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Il ressort des pièces du dossier que la situation de Mme C lui ouvrait droit au regroupement familial et il est constant que son époux, titulaire d'un titre de séjour français, n'a pas mis en œuvre cette procédure. Par suite, Mme C ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions précitées.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Pour l'application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Si Mme C a épousé le 15 septembre 2018 à Béziers un compatriote marocain bénéficiant d'un titre de séjour et que deux enfants sont nés le 4 juillet 2019 et 29 janvier 2021 à Béziers, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait une vie commune dès lors que le contrat de bail d'un logement à Béziers du 5 septembre 2019 n'est qu'au nom de son époux et que cette dernière a fait renouveler son passeport au consulat du Maroc à Gérone en Espagne. Par ailleurs, la requérante ne produit aucune pièce de nature à justifier une présence effective sur le territoire français entre juillet 2019 et avril 2020. Ensuite, les enfants de Mme C n'étaient pas en âge d'être scolarisés à la date de la décision attaquée. Enfin, Mme C ne justifie d'aucune intégration particulière, sociale ou professionnelle. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Il n'a dès lors pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué n'a pour effet de séparer Mme C de ses enfants et la requérante ne peut donc utilement invoquer la méconnaissance de l'article 3-1 convention internationale relative aux droits de l'enfant.

9. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 7, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Hérault aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de Mme C doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le préfet ou, à Paris, le préfet de police saisit pour avis la commission lorsqu'il envisage de refuser de délivrer ou de renouveler l'un des titres mentionnés aux articles L. 313-11, L. 314-11 et L. 314-12 à l'étranger qui remplit effectivement les conditions qui président à leur délivrance. La commission est également saisie dans les cas prévus aux articles L. 313-14 et L. 431-3 ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () ".

11. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles L. 313-11, L. 314-11 et L. 314-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, en vertu du deuxième alinéa de l'article L. 313-14 du même code, qui justifient résider en France habituellement depuis plus de dix ans et non du cas de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions.

12. Or il résulte de ce qui précède que Mme C ne remplit pas les conditions pour obtenir un titre de séjour de plein droit de l'article L. 313-11 du CESEDA. Par suite, le moyen tiré de ce que la commission du titre du séjour aurait dû être consultée doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme A C, à Me Baudard et au préfet de l'Hérault.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Souteyrand, président,

M. Huchot, premier conseiller,

Mme Lesimple, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le rapporteur,

N. Huchot

Le président,

E. Souteyrand La greffière,

M.-A Barthélémy

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier le 9 mars 2023,

La greffière,

M.-A Barthélémy

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