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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102818

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102818

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantPECHEVIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistré le 31 mai 2021 et le 6 octobre 2022, M. C A, représenté par Me F, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 avril 2021 par laquelle la ministre de la culture a rejeté sa demande de protection fonctionnelle formée le 12 février 2021.

2°) d'enjoindre à la ministre de la culture de lui accorder la protection fonctionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit d'une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 ;

- elle a été prise à l'issue d'un délai excessif qui révèle un détournement de procédure ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, la ministre de la culture et de la communication conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 360 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La ministre fait valoir que :

- la requête est partiellement irrecevable dès lors que la décision du 8 avril 2021 est confirmative des décisions rejetant implicitement les demandes de protection fonctionnelle formées les 23 septembre 2020 et 30 octobre 2020 ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada, rapporteure,

- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique,

- et les observations de Me Smaïl représentant M. A et celles de Mme B représentant la ministre de la culture.

Une note en délibéré, présentée par M. A, représenté par Mme F, a été enregistrée le 28 octobre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, professeur de classe exceptionnelle au sein de l'école supérieure d'architecture de Montpellier (ENSAM) a formé une demande de protection fonctionnelle auprès du ministère de la culture par courrier du 15 février 2021, s'estimant victime d'attaques au sens de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. Par une décision du 8 avril 2021, la ministre de la culture a rejeté sa demande. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté du 26 juin 2019, publié au Journal officiel de la République n° 0148 du 28 juin 2019, pris en application du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement et du décret n° 2009-1393 du 11 novembre 2009 relatif aux missions et à l'organisation centrale du ministère de la culture et de la communication, Mme D E, cheffe du service des ressources humaines au secrétariat général du ministère de la culture, a reçu délégation de la ministre de la culture aux fins de signer, au nom du ministre chargé de la culture, toutes les décisions prises dans le cadre de la mise en œuvre de la gestion individuelle et collective des agents relevant du ministère de la culture, et ce dans les limites des attributions de son service. Cette délégation, qui est suffisamment précise, habilitait Mme D E, à signer la décision attaquée. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition législative ou réglementaire ne faisait obstacle à ce que la ministre de la culture puisse déléguer un tel pouvoir. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, " les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (). L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Une décision refusant la protection fonctionnelle rentre dans le champ d'application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et doit être motivée.

4. Il ressort des termes de la décision contestée du 8 avril 2021 que, pour rejeter la demande de protection fonctionnelle de M. A, la ministre de la culture, après avoir rappelé les dispositions applicables, a indiqué qu'à l'issue de la procédure disciplinaire, la faute personnelle de l'intéressé n'avait pas été écartée et que cette circonstance faisait obstacle à ce que puisse lui être accordée la protection fonctionnelle. Dans ces conditions, cette décision comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement, de nature à permettre à M. A d'en connaître et comprendre les motifs à sa seule lecture. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires: " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire.() IV. - La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. ()".

6. Ces dispositions établissent à la charge de l'administration une obligation de protection de ses agents dans l'exercice de leurs fonctions, à laquelle il ne peut être dérogé que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent est exposé, mais aussi d'assurer à celui-ci une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté une demande de protection fonctionnelle à raison de plusieurs faits dont il estime qu'elles constituent des attaques au sens de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, d'abord des propos contenus dans les recours contentieux introduits par trois maîtres de conférences à l'encontre de la procédure de recrutement menée au titre de l'année 2020, recours dans lequel ils se plaignent d'un dysfonctionnement du conseil pédagogique et scientifique de l'école, ensuite des tags sur les murs d'enceinte de l'école nationale supérieure d'architecture de Montpellier, le mettant nommément en cause et dénonçant une situation de harcèlement au sein de l'établissement, faits pour lesquels le requérant indique avoir déposé plainte, et, enfin du traitement médiatique faisant suite à la divulgation d'un courriel faisant état de la suspension à titre conservatoire prononcée à son encontre.

8. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la suite de l'enquête administrative diligentée par la ministre de la culture, l'inspection générale des affaires culturelles a mis en évidence, dans un rapport rendu au mois de novembre 2020, une situation généralisée de souffrance au travail ainsi que des comportements et des attitudes violentes et autoritaires, pour certaines imputées à M. A. A la suite de ce rapport, le requérant a fait l'objet d'une exclusion temporaire de fonctions à titre disciplinaire, motivée par l'existence de comportements inappropriés envers plusieurs enseignants et personnels administratifs au cours des année 2014 à 2020, à l'occasion de ses fonctions de directeur des études et de la pédagogie, puis de président de la commission de la formation et de la vie étudiante et du conseil pédagogique et scientifique, d'un comportement autoritaire et agressif dans les relations professionnelles de nature à engendrer un climat de tension et de crainte au sein de l'établissement, ainsi qu'une dégradation des conditions de travail et de la santé des personnels concernés. Si le requérant conteste les faits et soutient qu'aucune situation de harcèlement moral ne peut lui être imputée, les éléments qu'il produit, faisant état de ses qualités professionnelles, du soutien de certains de ses collègues et de son implication au sein de l'école nationale supérieure d'architecture de Montpellier ne remettent pas en cause les éléments et propos recueillis dans le cadre de l'enquête menée par l'inspection générale des affaires culturelles. S'il est vrai que la mission d'inspection a relevé l'existence d'un contexte de conflit généralisé entre les enseignants de l'école nationale supérieure de l'architecture de Montpellier, en raison d'un conflit entre deux laboratoires concurrents de l'établissement, les éléments recueillis dans le cadre de la mission d'inspection établissent une méconnaissance par M. A de ses responsabilités afférentes à sa position hiérarchique, laquelle constitue une faute personnelle. Par ailleurs, et alors que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une sanction à ce titre, il ressort des pièces du dossier que la procédure de recrutement des trois maîtres de conférences a fait l'objet d'une annulation contentieuse en raison de l'irrégularité de composition du comité de sélection dont M. A assurait la présidence. Par suite, en opposant la faute personnelle imputable à M. A pour refuser de lui accorder la protection fonctionnelle, la ministre de la culture n'a pas fait une inexacte application de de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983.

9. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le 23 septembre 2020 puis le 30 octobre 2020, M. A a saisi la directrice par intérim de l'ENSAM de deux demandes de protection fonctionnelle. Toutefois, ces demandes ayant été formées devant une autorité ne disposant pas de la compétence pour y répondre, la directrice par intérim a décidé, bien qu'elle n'y soit pas tenue, de transmettre ces demandes au ministère de la culture. En outre, M. A ne conteste pas avoir formé une nouvelle demande de protection fonctionnelle auprès du ministère de la culture, par courrier du 15 février 2021. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à se plaindre d'un délai qu'il estime excessif entre la date de sa demande et le rejet de cette dernière. A cet égard, la circonstance que la décision querellée ait été prise le lendemain de celle infligeant au requérant une sanction disciplinaire ne révèle aucun détournement de procédure.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 avril 2021 par laquelle la ministre de la culture a rejeté sa demande de protection fonctionnelle. Dès lors doivent, par suite, être rejetées ses conclusions à fin d'annulation de cette décision, d'injonction et celles formulées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il y a lieu de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de M. A une somme de 1 500 euros à verser à l'Etat au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera à l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la ministre de la culture.

Délibéré après l'audience du 28 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

La rapporteure,

A. BayadaLe président,

J.P. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 18 novembre 2022.

La greffière,

B. Flaesch

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