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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102858

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102858

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDE GUARDIA-DEPONTE CYRIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 juin et 29 juillet 2021, Mme B E et M. G D, représentés par Me de Guardia de Ponte, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 mai 2021 par laquelle le maire de la commune de Perpignan a rejeté le recours gracieux tendant au retrait de l'arrêté du 18 décembre 2020 accordant à Mme A C le permis de construire un bâtiment comportant deux logements sur un terrain sis 4 rue des Bouvreuils ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Perpignan la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable en terme de délai de recours ;

- les formalités de notifications prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ont été accomplies ;

- ils ont intérêt à agir contre le permis de construire en litige en leur qualité de voisins immédiats et dans la mesure où l'avancée de 3,50 mètres qu'offre la construction autorisée est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien dès lors qu'elle génère une perte d'ensoleillement ;

- le permis de construire a été obtenu par fraude du pétitionnaire ; le projet autorisé est situé en zone inondable UC1R, avec un aléa des hauteurs d'eau compris entre 1 mètre et 1,50 mètre, ce qui implique que le rez-de-chaussée ne peut pas accueillir de pièce de vie ; or, le projet prévoit deux garages en rez-de-chaussée avec deux baies vitrées à l'arrière du bâtiment sur la façade Est, démontrant ainsi l'intention de créer de la surface habitable en violation des règles en vigueur en matière de prévention des risques d'inondation ainsi que des dispositions du plan local d'urbanisme (PLU) et du plan de prévention des risques d'inondation (PPRI) ;

- le permis de construire a été délivré en méconnaissance des prescriptions de l'article UC6 du règlement du PLU dans la mesure où le projet ne participe pas à la restructuration d'un îlot, ni ne s'inscrit dans le cadre d'une opération de réhabilitation ou de réaménagement urbain, pas plus qu'il ne s'inscrit dans le cadre d'un permis groupé ou d'un lotissement et qu'il dispose d'une avancée de 3,5 mètres, en totale rupture avec l'alignement des constructions préexistantes.

Par des mémoires, enregistrés les 29 juillet 2021 et 26 octobre 2022, la commune de Perpignan, représentée par Me Pierson, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge solidaire des requérants la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable faute de justifier de l'accomplissement des formalités de notification prévues à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les requérants n'ont pas intérêt à agir dès lors qu'ils ne démontrent pas en quoi les conditions d'occupation, d'utilisation de jouissance de leur bien seraient compromises ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 9 septembre 2021, Mme H A C doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle fait valoir que le panneau d'affichage a été positionné sur le terrain le 20 décembre 2020 pour la durée légale d'affichage et que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

- et les observations de Me Le Guillard, représentant la commune de Perpignan.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 décembre 2020, le maire de Perpignan a accordé à Mme A C le permis de construire un bâtiment d'habitation comportant deux logements en R+3 d'une surface de plancher créée de 190 m² sur le terrain cadastré section CN 74 sis 4 rue des Bouvreuils à Perpignan. Un recours gracieux sollicitant le retrait de ce permis de construire a été exercé par Mme B E le 11 mars 2021 que le maire de Perpignan a rejeté par une décision du 5 mai 2021. Par la requête susvisée, Mme E et M. D, voisins immédiats du projet de construction autorisé, demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Un permis de construire n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces immeubles risqueraient d'être ultérieurement transformés ou affectés à un usage non conforme aux documents et aux règles générales d'urbanisme n'est pas, par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci.

3. Un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

4. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet autorisé par l'arrêté de permis de construire du 18 décembre 2020 dont le retrait pour fraude a été sollicité ainsi qu'il est rappelé au point 1, se situe en zone UCir du PLU et en zone II du PPR, d'aléa fort. Le règlement du PLU rappelle en son article 2, relatif aux occupations et utilisations du sol soumises à des conditions particulières, que " Dans tous les sous-secteurs indicés "r" indiquant l'existence du risque d'inondation ou susceptibles d'être affectés par des mouvements de terrains, les occupations et utilisations des sols admises doivent respecter les prescriptions du Plan de Prévention des Risques. ". Les requérants soutiennent que le permis de construire a été obtenu par fraude dans la mesure où le projet architectural fait état de la future présence, au niveau du rez-de-chaussée de deux garages, accessibles, chacun, par une porte de garage située sur la façade Ouest, donnant sur la voie publique et que le projet présente, sur la façade Est, deux baies vitrées. Il ressort des pièces du dossier, notamment des indications fournies par la notice paysagère, que le projet concerne la création d'un bâtiment d'habitation comprenant deux logements, composés de deux garages au rez-de-chaussée, surmonté de deux étages. Il ne s'accompagne pas comme allégué de la création de baies vitrées en façade Est dans la mesure où l'examen des pièces de la demande de permis de construire, notamment le plan des façades, fait apparaître la présence pour chacun des deux logements deux portes sectionnelles conférant ainsi aux garages un caractère traversant afin de faciliter l'utilisation des logements dont les murs Nord et Sud sont édifiés sur les limites séparatives. Par suite, le moyen tiré de ce que le permis de construire serait entaché de fraude ne peut qu'être écarté.

5. Aux termes de l'article UC 6 du règlement du PLU de Perpignan : " Les constructions doivent être implantées : a) A une distance minimale de : • 5 m par rapport à l'alignement des voies publiques ou privées existantes à modifier ou à créer. • 3 m par rapport aux emprises publiques. Toutefois, lorsque la construction nouvelle s'insère entre deux constructions existantes qui sont implantées différemment, celle-ci peut s'aligner pour tout ou partie sur une des constructions existantes. () Disposition particulière : Les constructions peuvent être implantées indépendamment de l'alignement ou du retrait imposé ci-dessus sous réserve de l'accord des services compétents : • à défaut de construction préexistante ou pour un projet participant à la restructuration d'un îlot, • pour une opération de réhabilitation ou de réaménagement urbain afin de permettre le renouvellement urbain des quartiers, • dans le cadre d'un permis groupé ou d'un lotissement. ".

6. Les dispositions précitées n'ont pas vocation à régir l'insertion du projet dans l'environnement qui relèvent d'autres dispositions de ce document d'urbanisme mais édictent des prescriptions relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques. Si ces dispositions impactent l'apparence du tissu urbain en modelant la forme de celui-ci, il ressort du plan de masse que l'immeuble à construire observe un retrait de 5 mètres par rapport à l'alignement de la rue de Bouvreuil, en conformité avec les exigences précitées l'article UC 6 du règlement du PLU. S'il est exact que le projet ne se situe pas dans l'alignement des autres constructions existantes, il ne présente pas pour autant, comme allégué, une avancée de 3,5 mètres par rapport au bâti existant. Par suite, le moyen tiré du non-respect de l'insertion du projet dans l'environnement au regard des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que Mme E et M. D ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 5 mai 2021 par laquelle le maire de la commune de Perpignan a rejeté le recours gracieux tendant au retrait de l'arrêté du 18 décembre 2020 accordant un permis de construire à Mme A C.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement par Mme E et M. D, parties perdantes dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de Mme E et de M. D la somme de 1 500 euros à verser à la commune de Perpignan au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E et de M. D est rejetée.

Article 2 : Mme E et M. D verseront à la commune de Perpignan la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B E, M. G D, à la commune de Perpignan et à Mme H A C.

Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

Le rapporteur,

M. F

La présidente,

S. ENCONTRE La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 mars 2023

La greffière,

C. ARCE

lr

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