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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102861

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102861

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSTARK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2021, M. B, représenté par Me Stark, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 mai 2021 par laquelle la commission de recours de l'invalidité a rejeté sa demande de révision de pension militaire d'invalidité ;

2°) d'enjoindre à la sous-direction des pensions du ministère des armées d'établir un nouveau titre de pension en retenant un taux d'invalidité de 40% dont 10% au titre d'un état antérieur au titre de l'infirmité " lombalgies chroniques avec raideur et bascule du bassin ", un taux de 30% pour la séquelle de blessure de la jambe gauche et un taux de 30% pour le " syndrome algique avec arthropathie sévère dans le cadre d'une gonarthrose fémoro-tibiale bi-compartimentale et fémoro-patellaire associée à des troubles neurologiques sensitifs et moteurs liés à une comosanté du nerf sciatique irrité par la tête du péroné " ;

3°) subsidiairement d'ordonner une expertise ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve pour son conseil de renoncer à percevoir l'indemnité au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision de la commission de recours de l'invalidité est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les lombalgies chroniques dont il souffre présentent un lien direct et certain avec les deux autres infirmités déjà pensionnées ;

- les infirmités résultant des séquelles de blessures à la jambe gauche et le " syndrome algique récurrentiel " se sont aggravées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 août 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 18 septembre 1936, a servi dans l'armée française du 1er mai 1957 au 30 juin 1961 en qualité de " harki ". Il a été blessé au combat le 21 mars 1959. A la suite de cette blessure, M. B a obtenu une pension militaire d'invalidité à partir du 12 décembre 1974 au taux global de 20% pour deux infirmités, des séquelles de blessure à la jambe gauche et un " syndrome algique récurrentiel ". Le 20 mai 2019, M. B a, d'une part, demandé la révision de sa pension en raison de l'aggravation alléguée des infirmités pensionnées et, d'autre part, sollicité la concession d'une pension pour deux infirmités nouvelles d'arthropathie dégénérative sévère du genou droit et pour lombalgies chroniques avec raideur du rachis et bascule du bassin entraînant cruralgies et sciatalgies prédominant à gauche. Par une décision du 23 octobre 2020, le ministre des armées a rejeté sa demande en raison de l'absence d'aggravation des infirmités pensionnées, d'une précédente décision de refus définitif de versement d'une pension au titre de l'arthropathie dégénérative sévère du genou droit et au motif enfin que les lombalgies chroniques ne présentaient pas de lien avec l'une des infirmités pensionnées. Saisie sur recours de M. B, par une décision du 11 mai 2021, la commission de recours de l'invalidité a rejeté sa demande. Par sa requête, M. B demande l'annulation de la décision du 11 mai 2021.

Sur la régularité de la décision du 11 mai 2021 :

2. En premier lieu, la décision attaquée, après avoir rappelé les textes applicables, notamment les articles L. 2, L. 121-2 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, et les termes de la demande présentée par M. B, a refusé la révision des infirmités pensionnées faute d'aggravation de ces dernières et rejette la demande de reconnaissance d'une nouvelle infirmité faute pour cette dernière de présenter un lien avec une autre infirmité pensionnée. Cette motivation comporte l'ensemble des considérations de fait et droit permettant à M. B d'en contester utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée doit être écarté.

Sur la revalorisation de la pension militaire d'invalidité :

En ce qui concerne les infirmités déjà pensionnées " séquelles de blessure à la jambe gauche " et " syndrome algique récurrentiel " :

3. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : /1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; () / 3° L'aggravation par le fait ou à l'occasion du service d'infirmités étrangères au service ; (). " Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Est présumée imputable au service : / 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ; () / 3° Toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1, L. 461-2 et L. 461-3 du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le militaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ces tableaux ; (). " L'article L. 121-2-3 dudit code précise que " La recherche d'imputabilité est effectuée au vu du dossier médical constitué pour chaque militaire lors de son examen de sélection et d'incorporation. Dans tous les cas, la filiation médicale doit être établie entre la blessure ou la maladie ayant fait l'objet de la constatation et l'infirmité invoquée. " En vertu de l'article L. 154-1 de ce code : " Le titulaire d'une pension d'invalidité concédée à titre définitif peut en demander la révision en invoquant l'aggravation d'une ou plusieurs des infirmités en raison desquelles cette pension a été accordée. / Cette demande est recevable sans condition de délai. / La pension ayant fait l'objet de la demande est révisée lorsque le pourcentage d'invalidité résultant de l'infirmité ou de l'ensemble des infirmités est reconnu supérieur de 10 points par rapport au pourcentage antérieur. / Toutefois, l'aggravation ne peut être prise en considération que si le supplément d'invalidité est exclusivement imputable aux blessures et aux maladies constitutives des infirmités pour lesquelles la pension a été accordée. / La pension définitive révisée est concédée à titre définitif. "

4. Il ressort des pièces du dossier que la commission des pensions d'invalidité a maintenu le taux de dix pour cent attribué aux deux infirmités au motif d'une absence d'aggravation de ces dernières. Si le requérant soutient que son état de santé s'est aggravé depuis le 3 juillet 2004 et se prévaut d'un certificat médical établi le 28 février 2019 par le docteur A, il ressort dudit certificat que ce docteur précise que l'aggravation constatée résulte non d'une aggravation des blessures pensionnées mais d'une arthropathie dégénérative accentuée en raison " des déséquilibres des pressions portants sur la latéralité et d'une activité professionnelle inadaptée à l'invalidité (bucheron de montagne) ". Dans son rapport du 26 juin 2020, le docteur M. conclut à une absence d'aggravation des infirmités pensionnées, notamment au regard des constatations effectuées par le docteur A dans une précédente expertise du 8 mars 2018. Enfin, M. B ne peut se prévaloir d'un certificat médical rédigé par le docteur A postérieurement à sa demande de révision de pension. Dans ces conditions, faute pour M. B d'établir l'aggravation des infirmités pensionnées, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'infirmité nouvelle " lombalgies chroniques avec raideur du rachis et bascule du bassin entraînant cruralgies et sciatalgies prédominant à gauche "

5. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'évènements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; () " et aux termes de l'article L. 121-5 du même code : " La pension est concédée : / 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le degré d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le degré total d'invalidité atteint ou dépasse 30 % ; () ".

6. D'une part, il résulte de ces dispositions que, s'il ne peut prétendre au bénéfice de la présomption légale d'imputabilité prévue à l'article L. 121-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre, le demandeur de la pension doit apporter la preuve de l'existence d'une relation certaine et directe de cause à effet entre les troubles qu'il invoque et des circonstances particulières de service à l'origine de l'affection. Cette preuve ne saurait résulter de la seule circonstance que l'infirmité est apparue durant le service, ni d'une hypothèse médicale, ni d'une vraisemblance, ni d'une probabilité, aussi forte soit-elle.

7. D'autre part, il résulte des dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-5 du même code que, lorsqu'il est soutenu qu'une infirmité provient de l'existence d'une infirmité différente et déjà pensionnée, le droit à pension n'est ouvert que s'il est établi que l'infirmité précédente a été la cause directe et déterminante de cette infirmité nouvelle.

8. Si le requérant soutient que la survenance de cette infimité présente un lien avec les deux autres blessures pensionnées, il ressort du rapport du docteur M. du 26 juin 2020, que l'expert, après avoir relevé que le requérant a exercé durant de longues années la profession de bucheron dans des conditions difficiles, conclut à l'existence d'une pathologie dégénérative ancienne et écarte tout lien entre la survenance de cette pathologie avec les blessures subies par M. B en 1959. Si le docteur A, dans un certificat médical du 6 janvier 2021, déclare un taux d'invalidité de 40% dont 10% imputable à un état antérieur, ce certificat médical ne comporte aucune précision permettant de remettre en cause les constations médicales du docteur M. et à établir l'existence d'un lien entre la survenance de cette pathologie et les blessures dont le requérant a été victime en 1959. Il s'ensuit que, faute pour le requérant d'établir l'existence d'une relation directe et certaine entre l'infirmité et un fait précis ou des circonstances particulières de service, il n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande au bénéfice d'une pension militaire d'invalidité pour une infirmité " lombalgies chroniques ", la commission militaire d'invalidité aurait fait une inexacte application des dispositions précitées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision du 11 mai 2021 de la commission de recours d'invalidité doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B sur ce fondement.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 3 février 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Gayrard, président,

- Mme Bayada, première conseillère,

- Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

La rapporteure,

A. Bayada Le président,

J.P. Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 24 février 2023.

La greffière,

B. Flaesch

N°2102861

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