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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102916

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102916

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102916
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantGIMENEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2021, M. A B, représenté par Me Gimenez, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Montpellier à lui verser la somme de 13 000 euros en réparation des préjudices subis à raison de l'illégalité de la décision du 15 juin 2020 portant non renouvellement de son contrat de travail à durée déterminée et du recours qu'il estime fautif aux contrats à durée déterminée ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montpellier la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montpellier la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative compte tenu de l'admission partielle au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le non-renouvellement de son contrat à durée déterminée n'est pas justifié par l'intérêt du service et repose sur un motif empreint de discrimination, dès lors qu'il a été décidé en raison de son état de santé et fait suite à la dénonciation d'agissements de harcèlement moral imputés à ses collègues ;

- l'illégalité de la décision de refus de renouvellement est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la commune ;

- le recours abusif de la commune de Montpellier aux contrats à durée déterminée du 3 avril 2018 au 31 août 2020 est constitutif d'une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- il est en droit d'obtenir le versement de la somme de 6 500 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence résultant de l'illégalité entachant la décision de non-renouvellement de son dernier contrat à durée déterminée ou en raison du recours abusif aux contrats à durée déterminée par la commune de Montpellier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2022, la commune de Montpellier, représentée par la SCP VPNG et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 6 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bayada, première conseillère,

- les conclusions de Mme Moynier, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Gimenez représentant M. B et de Me Lalubie, représentant la commune de Montpellier.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a été recruté en qualité d'opérateur en vidéo-protection dans le cadre de contrats à durée déterminée renouvelés du 3 avril 2018 au 31 août 2020. Par courrier du 15 juin 2020, M. B a été informé que son dernier contrat de travail à durée déterminée ne serait pas renouvelé à l'échéance. Par courrier du 6 octobre 2020, M. B a formé une demande indemnitaire préalable tendant à ce que la commune de Montpellier soit condamnée à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité entachant la décision du 15 juin 2020 ou du fait du recours qu'il estime abusif à des contrats à durée déterminée. Par sa requête, M. B demande au tribunal de condamner la commune de Montpellier à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis du fait de ces agissements fautifs à hauteur d'une somme globale de 13 000 euros.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la faute résultant de l'illégalité de la décision du 15 juin 2020 :

2. En premier lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie, ni d'un droit au renouvellement de son contrat, ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

3. M. B soutient que la décision a été prise pour des motifs étrangers à l'intérêt du service. Il résulte de l'instruction que la commune de Montpellier s'est fondée sur l'absence de besoin de recrutement pour refuser le renouvellement du contrat de l'intéressé. Si M. B conteste ce motif et fait valoir que la commune a procédé au recrutement de deux agents contractuels afin de compléter les effectifs du centre de supervision urbain, cette circonstance ne suffit pas à regarder le motif opposé comme erroné. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la manière de servir de l'intéressé ne donnait plus entière satisfaction à la commune de Montpellier, ainsi qu'en atteste le compte-rendu d'entretien professionnel de l'intéressé au titre de l'année 2019 et, surtout, les deux rapports établis le 19 février 2020 par son chef de service, par lesquels ce dernier relate une altercation violente ayant opposé M. B à deux de ses collègues et le refus de l'intéressé, quelques semaines plus tard, de travailler au sein du service. A la suite de cet évènement, le chef du service dans lequel travaillait l'intéressé a demandé que soit mis un terme au contrat de M. B. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de non-renouvellement de son contrat de travail serait fondée sur un motif étranger à l'intérêt du service et invoquer une illégalité sur ce point de nature à engager la responsabilité de la commune de Montpellier.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de la loi susvisée du 13 juillet 1983, désormais codifié à l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, de leur origine, de leur orientation sexuelle ou identité de genre, de leur âge, de leur patronyme, de leur situation de famille ou de grossesse, de leur état de santé, de leur apparence physique, de leur handicap ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie ou une race () ". Il appartient au juge administratif, dans la conduite de la procédure inquisitoire, de demander aux parties de lui fournir tous les éléments d'appréciation de nature à établir sa conviction. Cette responsabilité doit, dès lors qu'il est soutenu qu'une mesure a pu être empreinte de discrimination, s'exercer en tenant compte des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine et des exigences qui s'attachent aux principes à valeur constitutionnelle des droits de la défense et de l'égalité de traitement des personnes. S'il appartient au requérant qui s'estime lésé par une telle mesure de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte à ce dernier principe, il incombe au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. M. B soutient que la décision de refus de nouvellement de son contrat repose sur des motifs discriminatoires dès lors qu'elle est fondée sur son état de santé et par la dénonciation d'un harcèlement moral dont il s'estime victime depuis l'année 2019. Toutefois, le compte-rendu d'entretien professionnel établi au titre de l'année 2019 produit par l'intéressé ne mentionne pas d'élément en lien avec la dénonciation d'agissements de harcèlement moral dont le requérant allègue avoir été victime. S'il résulte du rapport établi par son chef de service le 19 février 2020, que les relations entre M. B et deux de ses collègues étaient mauvaises, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir le bien-fondé de ses allégations sur un harcèlement moral de leur part. Par ailleurs, le requérant n'établit pas que la décision de non-renouvellement serait motivée par son état de santé. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision repose sur des motifs entachés de discrimination et qu'en refusant de renouveler son contrat, la commune de Montpellier aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, codifié à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique: " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : () / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ".

7. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Si le requérant se plaint d'avoir été victime d'agissements de harcèlement moral qu'il aurait dénoncé auprès de ses supérieurs hiérarchiques, il n'apporte à l'appui de ses allégations aucun élément probant pour permettre de regarder comme au moins plausible le harcèlement moral dont il se prétend victime. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à solliciter l'indemnisation de préjudices qu'il aurait subis à raison de tels agissements.

En ce qui concerne le recours abusif aux contrat à durée déterminée :

9. Aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version applicable au litige : " Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : / 1° Un accroissement temporaire d'activité, pour une durée maximale de douze mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de dix-huit mois consécutifs ; / 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs ". Aux termes de l'article 3-1 de la même loi : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé annuel, d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie, d'un congé de longue durée, d'un congé de maternité ou pour adoption, d'un congé parental ou d'un congé de présence parentale, d'un congé de solidarité familiale ou de l'accomplissement du service civil ou national, du rappel ou du maintien sous les drapeaux ou de leur participation à des activités dans le cadre des réserves opérationnelles, de sécurité civile ou sanitaire ou en raison de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique territoriale. / Les contrats établis sur le fondement du premier alinéa sont conclus pour une durée déterminée et renouvelés, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence du fonctionnaire ou de l'agent contractuel à remplacer. Ils peuvent prendre effet avant le départ de cet agent. ".

10. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce qu'un renouvellement abusif de contrats à durée déterminée ouvre à l'agent concerné un droit à l'indemnisation du préjudice qu'il subit lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Il incombe au juge, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.

11. Il résulte de l'instruction que M. B a été employé en qualité d'opérateur en vidéo-protection du 3 avril 2018 au 31 août 2020, pour une durée continue de plus de deux années, sous couvert de quinze contrats conclus au titre du I de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984, afin de répondre à une absence d'agents temporairement indisponibles. Alors que le requérant ne conteste pas le motif de son engagement, la relation de travail avec la commune de Montpellier, qui s'est traduite par la conclusion de quinze contrats à durée déterminée, ne caractérise pas en l'espèce un abus de la commune de Montpellier dans le recours à des contrats à durée déterminée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Montpellier n'a pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité à l'égard de M. B. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander que la commune de Montpellier soit condamnée à lui verser une quelconque somme en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Montpellier, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse à M. B la somme demandée par lui au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant une somme au titre des frais exposés par la commune de Montpellier et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : les conclusions présentées par la commune de Montpellier sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Montpellier.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023 à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Bayada, première conseillère,

Mme Bossi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

La rapporteure,

A. Bayada

Le président,

JP Gayrard

La greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 28 avril 2023.

La greffière,

B. Flaeschil

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