vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montpellier |
| Section | Tribunal Administratif de Montpellier |
| N° Dossier | TA34-2102918 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 juin 2021, 21 avril 2022, 30 avril 2022 et 29 juin 2022, Mme B C, représentée par Me Raynal, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 avril 2021 par laquelle le président du département de l'Hérault a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle en raison d'agissements constitutifs de harcèlement moral ;
2°) de condamner, après avoir prescrit une expertise avant dire droit, le département de l'Hérault à lui verser une indemnité en réparation intégrale du préjudice subi en raison des agissements de harcèlement moral et de la dégradation de son état de santé en lien avec le service, assortie des intérêts au taux légal, capitalisés à compter de la date de réception de sa réclamation indemnitaire préalable le 9 février 2021 ;
3°) de prononcer la suppression d'un passage du mémoire du département de l'Hérault en date du 9 juin 2022 ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Hérault le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle fait valoir que :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
- la décision du 6 avril 2021 lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle au titre des agissements de harcèlement moral subis méconnaît les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
- Elle sollicite sur le fondement de la jurisprudence Moya-Caville l'indemnisation des préjudices subis du fait de la dégradation de son état de santé ;
- Elle est fondée à demander à être indemnisée de la totalité des préjudices qu'elle a subis résultant des agissements de harcèlement moral ;
- Elle demande l'indemnisation de ses préjudices résultant de la faute du département liée à l'instruction de sa demande de congé spécial ;
- Elle demande l'indemnisation des préjudices liés à l'insuffisante compétence managériale de son supérieur hiérarchique ;
- Elle présente une demande d'expertise avant-dire droit afin de chiffrer l'ensemble de ses préjudices.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 mars 2022, 13 juin 2022 et 5 octobre 2022, le département de l'Hérault, représenté par la SCP d'avocats CGCB et Associés, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la requérante d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ainsi que sa demande indemnitaire ne sont pas fondés.
La clôture immédiate d'instruction a été prononcée par une ordonnance du 24 janvier 2023.
Un mémoire, enregistré le 15 mars 2024, a été présenté pour Mme C et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bossi,
- les conclusions de Mme Delon, rapporteure publique,
- les observations de Me Raynal, représentant Mme C et celles de Me Geoffret, représentant le département de l'Hérault.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C est titulaire du grade d'adjoint territorial du patrimoine et elle exerce ses fonctions au sein de la médiathèque du département de l'Hérault où elle est chargée du secrétariat, de l'accueil et de la gestion des formations. Par un courrier du 8 février 2021, reçu le 9 février suivant, Mme C a présenté une demande au président du conseil départemental de l'Hérault tendant à l'octroi de la protection fonctionnelle et à la réparation intégrale du préjudice subi en raison, d'une part, des agissements de harcèlement moral dont elle a été victime dans l'exercice de ses fonctions et, d'autre part, de l'accident de service survenu le 16 novembre 2018. Par une décision du 6 avril 2021, le président du conseil départemental de l'Hérault a opposé un refus à la demande de protection fonctionnelle formulée par l'intéressée. Mme C demande au tribunal l'annulation de la décision du 6 avril 2021 et présente, en outre, des conclusions indemnitaires.
Sur les faits constitutifs de harcèlement moral allégués :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires applicable au litige, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel () ". Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Mme C soutient que des faits de harcèlement moral ont été constitués à son encontre et sont imputables à M. A, directeur de la médiathèque départementale.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le 6 avril 2017, Mme C a adressé un courriel au directeur de la médiathèque départementale, M. A, en lui faisant part des difficultés rencontrées durant son absence. M. A ne l'ayant pas reçue suite à l'envoi de ce courriel, la requérante soutient que cette absence d'entretien traduit un manque de considération à l'égard de sa personne. Toutefois, les pièces produites à la présente instance établissent que la hiérarchie de la requérante a sollicité un rendez-vous avec la médecine préventive et que cette visite médicale à la demande de l'employeur s'est effectuée le 15 mars 2018, après le congé maladie ordinaire de l'intéressée courant du 10 octobre 2017 au 2 mars 2018. Dans ces conditions, alors que la prise en compte de son alerte contenue dans son courriel du 6 avril 2017 ressort des pièces du dossier, aucune présomption de harcèlement n'est à relever en l'espèce.
4. En deuxième lieu, la requérante soutient que lors de la visite médicale du 15 mars 2018, elle a appris par le médecin de prévention que M. A souhaitait la reclasser, autrement dit l'évincer du service pour inaptitude médicale à exercer les fonctions de son grade.
5. Elle conteste, de ce fait, les modalités d'organisation de l'entretien de reprise en date du 7 mars 2018 à la suite du congé de maladie ordinaire pour lequel elle n'a pas été mise à même de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix et d'organiser sa défense. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du courrier du 7 janvier 2018, adressé par Mme C portant sur le compte-rendu d'entretien professionnel au titre de l'année 2017, qu'elle évoque " les conditions compliquées " ainsi que " la pression qui s'est installée dans [ses] tâches quotidiennes. ". Elle poursuit en expliquant que " l'annonce début août du départ de la secrétaire de direction et la présentation de la répartition des tâches a réamorcé d'autres pressions, 70 % de son travail dépasse largement mon domaine de compétences " et que sa " conscience professionnelle [lui] a fait occulter les alertes sur [sa] santé ". Dans ces conditions, si Mme C a été convoquée à un rendez-vous auprès du médecin de prévention le 15 mars 2018 afin que soit notamment évalué son état de santé en vue d'éviter son altération par rapport à ses activités et si, lors de l'entretien de reprise du 7 mars 2018, le directeur et la directrice-adjointe de la médiathèque départementale ont indiqué à Mme C, que les ressources humaines du pôle culture étaient averties de la situation afin de chercher des perspectives de mobilité à l'intéressée, ces circonstances font suite aux alertes lancées par la requérante concernant son état de santé et ne caractérisent pas une volonté d'évincer la requérante du service. Par suite, les modalités d'organisation de l'entretien de reprise du 7 mars 2018, qui ne s'inscrit pas dans le cadre d'une procédure disciplinaire et n'avait donc pas à respecter les garanties qui y sont attachées, ne sont pas de nature à caractériser l'existence d'une présomption de harcèlement moral à l'encontre de la requérante.
6. En troisième lieu, si Mme C se plaint du caractère violent de l'entretien de reprise du 7 mars 2018, il ne ressort toutefois pas des termes du compte-rendu, ni d'aucun autre élément produit au dossier, l'existence de remarques qui auraient dépassé le cadre du pouvoir hiérarchique et d'organisation du service.
7. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que l'omission de Mme C de la liste des destinataires du courriel du 16 mars 2018 qui avait trait à la réorganisation du secrétariat de la direction de la médiathèque départementale ne saurait caractériser une volonté d'éviction de l'intéressée dès lors que, durant son congé de maladie du 10 octobre 2017 au 2 mars 2018, la requérante a été remplacée temporairement par un autre agent, cette dernière personne ayant été inclue à sa place dans la liste de diffusion générale. Au surplus, dès le 20 mars 2018, la directrice adjointe de la médiathèque départementale a adressé un courriel à la responsable unité ressources humaines et informatique qui était l'auteur du courriel litigieux du 16 mars 2018 en lui indiquant que Mme C n'était plus remplacée depuis le 5 mars 2018. Par suite, eu égard à l'ensemble de ces circonstances, aucun agissement de harcèlement moral ne saurait être présumé en l'espèce.
8. En cinquième lieu et d'une part, Mme C soutient qu'elle a subi une forte pression émanant de sa hiérarchie qui l'a menacée afin qu'elle effectue une mobilité contre son gré alors que la fiche du service de médecine préventive du 15 mars 2018 confirme la compatibilité de son état de santé avec son poste actuel. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 6, il résulte de l'instruction que la requérante a alerté sa hiérarchie quant aux difficultés qu'elle rencontrait dans son poste actuel et quant aux conséquences induites sur son état de santé en précisant notamment qu'une grande partie des tâches qu'elle avait à effectuer dépassaient largement son domaine de compétences. Par suite, si la hiérarchie de Mme C a évoqué, lors de l'entretien de reprise du 7 mars 2018, les perspectives de mobilité de l'intéressée, aucune volonté d'éviction de la requérante du service ne peut être caractérisée en l'espèce. Par ailleurs, les allégations de la requérante selon lesquelles elle aurait subi des menaces afin qu'elle effectue sa mobilité ne sont corroborées par aucun commencement de preuve. D'autre part, les courriels des 20 et 21 mars 2018 ne contiennent aucun propos susceptible de constituer une présomption de harcèlement moral dès lors que le directeur de la médiathèque départementale se borne notamment à rappeler à Mme C que, si l'hypothèse d'une mobilité a été formulée par l'administration, cette proposition faisait suite aux alertes concernant son état de santé qu'elle a elle-même émises. En outre, si le directeur de la médiathèque départementale a qualifié de faute professionnelle le fait pour l'intéressée d'avoir fait part aux autres agents du contenu des propos échangés durant l'entretien du 7 mars 2018 et s'il a précisé à la requérante qu'il fallait qu'elle reste attentive et qu'elle ne diffuse plus ce type d'informations, ces propos n'ont pas dépassé le cadre du pouvoir hiérarchique. Par ailleurs, la forme et la police utilisée dans le mail du 21 mars 2018 sont insuffisants pour établir l'existence d'un dénigrement subi par l'intéressée. Dans ces conditions, aucun fait laissant présumer un harcèlement moral n'est à caractériser en l'espèce.
9. En sixième lieu, aucun texte n'imposait qu'une enquête administrative sur le comportement de M. A soit diligentée dans le cadre de la demande présentée par l'intéressée de reconnaissance de l'imputabilité au service de son accident du 16 novembre 2018. Par suite, l'absence d'audition des autres agents du service ne saurait constituer une présomption de harcèlement moral à son encontre.
10. En septième lieu, si Mme C produit une alerte émanant des agents constituant " l'équipe de la médiathèque " qui met en avant l'existence d'une crise ainsi que d'une dégradation des conditions de travail en soulignant notamment le manque de communication et de considération envers le travail des personnes travaillant au sein du service, cette pétition de par le caractère général et anonyme de ses dénonciations ne saurait, en tout état de cause, constituer une présomption de harcèlement moral à son encontre.
11. En huitième lieu, si les expertises psychiatriques mentionnent l'existence d'une symptomatologie antidépressive et d'un syndrome de stress en relation avec des difficultés au travail qui évoluent depuis des années, ces éléments médicaux ne peuvent constituer, à eux-seuls, des présomptions de harcèlement moral à l'encontre de l'intéressée en l'absence de tout autre élément venant corroborer, par ailleurs, leur existence.
12. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'apporte pas d'éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral au sens des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
13. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire () bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause (). / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".
14. Lorsqu'un agent public est mis en cause par un tiers à raison de ses fonctions, il incombe à la collectivité publique dont il dépend de le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui, dans la mesure où une faute personnelle détachable du service ne lui est pas imputable, de lui accorder sa protection dans le cas où il fait l'objet de poursuites pénales, sauf s'il a commis une faute personnelle, et, à moins qu'un motif d'intérêt général ne s'y oppose, de le protéger contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont il est l'objet.
15. Si la protection résultant du principe rappelé au point précédent n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Tel est le cas, notamment, lorsque l'agent est victime de faits de harcèlement moral
16. En l'absence, ainsi qu'il a été exposé au point 13, d'actes du supérieur hiérarchique qui seraient, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et, plus particulièrement, en l'absence de faits constitutifs de harcèlement moral, le département de l'Hérault n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article 11 de la loi susvisée du 13 juillet 1983, en refusant d'accorder à Mme C le bénéfice de la protection fonctionnelle.
17. La requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 6 avril 2021 lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité sans faute du département de l'Hérault du fait de la dégradation de l'état de santé de la requérante :
18. Aux termes de l'article 57 de la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".
19. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service. Il appartient au juge d'apprécier si les conditions de travail du fonctionnaire peuvent, même en l'absence de volonté délibérée de nuire à l'agent, être regardées comme étant directement à l'origine de la maladie dont la reconnaissance comme maladie professionnelle est demandée et, dans le cas où sont en cause des troubles psychiques, de prendre en considération l'ensemble des éléments du dossier permettant d'établir que ces troubles sont imputables à un fait précis ou à des circonstances particulières de service.
20. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.
21. Mme C soutient que la dégradation de l'état de santé qui a abouti à son état anxio-dépressif est en lien direct avec la dégradation de ses conditions de travail, et qu'en particulier, cette situation trouve son origine dans le harcèlement moral qu'elle dit avoir subi de la part de son supérieur hiérarchique. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 12, aucune situation de harcèlement moral ne peut être caractérisée en l'espèce alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les agissements des supérieurs de Mme C auraient excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Par ailleurs, la requérante produit les expertises du docteur D., médecin psychiatre agréé, des 21 avril 2021 et 8 novembre 2021. Cependant, ce médecin qui se prononçait sur le caractère justifié de la prolongation de la disponibilité d'office pour maladie de l'intéressée, mentionne de manière générale, en s'appuyant sur les seules déclarations de l'intéressée, une symptomatologie anxio-dépressive et un syndrome de stress en relation avec des difficultés au travail qui évoluent depuis des années. Dans ces conditions, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir que les troubles psychiques dont souffre la requérante seraient en lien direct avec les fonctions exercées. Par suite, Mme C n'est pas fondée à demander, sur le fondement de la responsabilité sans faute, l'indemnisation des préjudices résultant de la dégradation de son état de santé qu'elle estime avoir subi.
En ce qui concerne la responsabilité du département du fait des agissements constitutifs de harcèlement moral allégués :
22. Il ne résulte pas de l'instruction que les agissements des supérieurs hiérarchiques de Mme C seraient constitutifs de harcèlement moral ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 12 du présent jugement. Par suite, la responsabilité du département de l'Hérault ne saurait être engagée sur ce fondement.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du département dans l'instruction de la demande de congé spécial de la requérante :
23. La requérante qui se borne à soutenir que le département de l'Hérault a commis une faute dans l'instruction de sa demande de congé spécial, n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Par suite, Mme C n'est pas fondée à demander l'indemnisation des préjudices résultant de la dégradation de son état de santé qu'elle estime avoir subi sur ce fondement.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du département liée à l'insuffisante compétence managériale de M. A :
24. Les allégations de la requérante selon lesquelles l'insuffisante compétence managériale de M. A compromet le bon fonctionnement du service et fait courir des risques psychosociaux aux agents placés sous sa responsabilité ne sont établies par aucun des éléments produits à la présente instance. Notamment, l'alerte produite non signée mais qui émanerait de " l'équipe de la médiathèque " et qui fait état d'une dégradation des conditions de travail en évoquant certains reproches à l'encontre de M. A est insuffisante pour l'établir. Dans ces conditions, aucune faute ne saurait être imputée au département de l'Hérault sur ce fondement.
25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme C doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de prescrire une expertise avant-dire droit.
Sur les conclusions tendant à la suppression de passages diffamatoires, outrageants ou injurieux dans le mémoire du département de l'Hérault du 9 juin 2022 :
26. Aux termes de l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " Sont également applicables les dispositions des alinéas 3 à 5 de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 ci-après reproduites : " Art. 41, alinéas 3 à 5. - Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. Pourront toutefois les faits diffamatoires étrangers à la cause donner ouverture, soit à l'action publique, soit à l'action civile des parties, lorsque ces actions leur auront été réservées par les tribunaux et, dans tous les cas, à l'action civile des tiers. " ". Aux termes de l'article L. 741-3 du code de justice administrative : " Si des dommages-intérêts sont réclamés à raison des discours et des écrits d'une partie ou de son défenseur, la juridiction réserve l'action, pour qu'il y soit statué ultérieurement par le tribunal compétent, conformément au cinquième alinéa de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 ci-dessus reproduit. Il en est de même si, outre les injonctions que la juridiction peut adresser aux avocats et aux officiers ministériels en cause, elle estime qu'il peut y avoir lieu à une autre peine disciplinaire. ".
27. Dans les circonstances de l'espèce, les allégations contenues dans le passage incriminé du mémoire du département de l'Hérault produit le 9 juin 2022, qui n'ont pas excédé les limites de la controverse entre parties dans le cadre d'une procédure contentieuse, ne peut être regardé comme injurieux, outrageant ou diffamatoire à l'égard de Mme C. Les conclusions tendant à sa suppression doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de l'Hérault, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
29. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C une somme à verser au département de l'Hérault au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le département de l'Hérault sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au département de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 29 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gayrard, président,
Mme Pastor, première conseillère,
Mme Bossi, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La rapporteure,
M. Bossi
Le président,
J.-Ph. Gayrard La greffière,
B. Flaesch
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Montpellier, le 12 avril 2024.
La greffière,
B. Flaesch
2102918
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026