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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2102935

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2102935

jeudi 22 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2102935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 4 juin 2021 et 24 décembre 2021 et 22 novembre 2022, M. et Mme M, M. et Mme J, A K, M. G, M. E, M. et Mme C, M. et Mme H, M. et Mme D, A L, M. et Mme B, représentés par CGCB et associés SCP d'avocats, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 6 avril 2021 par laquelle le conseil municipal de Béziers a approuvé la révision du plan local d'urbanisme en tant qu'elle classe pour partie la parcelle LP n°26 en zone UD2a du plan local d'urbanisme ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Béziers une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération attaquée est entachée d'erreur de droit en tant qu'elle classe la parcelle cadastrée section LP n° 26 en zone UD2a du plan local d'urbanisme ; ce classement méconnait l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme ; la parcelle est enclavée et n'est desservie par aucun réseau public d'eau potable, d'électricité ou d'assainissement ; le chemin rural qui la borde n'est pas carrossable et ne dispose d'aucun droit de passage sur les voie privées du lotissement qui la jouxtent ; en outre, cette parcelle fait partie d'un ensemble de parcelles de plusieurs dizaines d'hectares précédemment classé en secteur " à urbaniser " qui n'a reçu aucun aménagement et qui a été déclassé par la délibération attaquée en secteur agricole ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; les parcelles du secteur dans lequel est située la parcelle LP n° 26 sont incluses dans une zone fortement exposée aux différents phénomènes de mouvements de terrain, glissements et de coulées boueuses ; cette inclusion rend incompatible le classement en secteur U du plan local d'urbanisme de la parcelle LP n° 26 ; également, ce classement est en contradiction avec l'ambition affichée de la commune de préserver l'ensemble du secteur naturel de Fonseranes ; cet important secteur initialement classé en secteur à urbaniser a été reclassé en secteur agricole à la faveur de la révision du plan local d'urbanisme contestée ; ce classement est également en contrariété avec le classement au patrimoine mondial de l'UNESCO du Canal du Midi et particulièrement des écluses de Fonseranes qui se trouvent en situation de co-visibilité avec la parcelle LP n° 26 ;

- la délibération attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir dès lors qu'elle a été prise dans le but de satisfaire une demande privée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juillet 2021 et 14 mars 2022, la commune de Béziers, représentée par son maire, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en ce que le collectif de défense des hauts de Fonseranes ne possède pas de personnalité morale et n'a pas produit ses statuts ni la délibération habilitant son représentant à ester en justice ; d'autre part les membres qui composent ce collectif sont insuffisamment identifiés pour considérer qu'ils disposeraient d'un intérêt à agir contre la délibération du 6 avril 021 ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pastor, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- les observations de Me Cretin, représentant M. et Mme M et autres, et celles de Mmes F et Ballester, représentant la commune de Béziers.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 6 avril 2021 le conseil municipal de la commune de Béziers a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme et a, notamment, procédé à un zonage différencié de la parcelle cadastrée section LP n° 26, d'une superficie globale de 8 225 m², la classant pour partie en zone agricole et pour l'autre en zone urbaine, en secteur UD2a. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal d'annuler cette délibération en tant qu'elle classe une partie de la parcelle LP n°26 en zone UD2a de son plan local d'urbanisme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant du moyen tiré de l'erreur de droit :

2. Aux termes de l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter. ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment des extraits des réseaux électriques et d'alimentation en eau potable de la commune de Béziers que la parcelle LP n° 26 objet du classement critiqué en zone urbaine pourra être desservie par ces réseaux publics et qu'elle pourra, également, être desservie par un réseau d'assainissement autonome conformément à l'actualisation du zonage d'assainissement opéré par la communauté d'agglomération de Béziers-méditerranée. Si les requérants font état de ce que les eaux usées ou pluviales ne pourront pas se déverser dans un collecteur public ni dans un émissaire naturel, de telles circonstances, qui s'apprécieront au stade de l'instruction des demandes d'autorisations d'urbanisme, ne font pas obstacle à son classement en zone U.

4. D'autre part, les requérants soutiennent que la parcelle en cause est enclavée de sorte qu'elle serait en réalité inconstructible. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle est accessible depuis le chemin d'exploitation des Costes de Bayssan, qui fait l'objet d'un emplacement réservé destiné à la création d'une voie de desserte. En vertu des dispositions de l'article L. 162-1 du code rural et de la pêche maritime, le propriétaire de la parcelle aura, en sa qualité de propriétaire riverain de la voie qui dessert son fonds, un droit d'usage sur cette voie. En outre, la circonstance, au demeurant non démontrée, que ni ce chemin ni les voies du lotissement qui le prolongent ne seraient pas ouverts à la circulation publique n'est pas, au stade de l'élaboration d'un document de planification d'urbanisme, de nature à établir ni le caractère enclavé de la parcelle ni même l'impossibilité de procéder à son désenclavement. Enfin, en tout état de cause contrairement à ce que font valoir les requérants, les photographies jointes au dossier établissent l'existence d'un ramassage des ordures ménagères sur le chemin des Costes de Bayssan, et les conditions de desserte par les engins de secours sont également sans incidence dès lors que les services publics d'incendie et de secours sont, dans le cadre de leurs missions de protection et de secours, en droit d'intervenir sur tout le territoire de la commune, sans que puisse leur être opposé le caractère privé des voies qu'ils doivent emprunter.

5. Il résulte de ce qui précède que la partie de la parcelle LP n° 26 en litige répond aux exigences de desserte en zone urbaine. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions précitées que les auteurs du plan local d'urbanisme ont pu classer la parcelle en zone U.

S'agissant des moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et du détournement de pouvoir :

6. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. L'appréciation à laquelle se livrent ainsi les auteurs du plan lorsqu'ils classent une zone ne peut être discutée devant le juge administratif que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une erreur de droit ou de détournement de pouvoir.

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-43 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme comportent en annexe les servitudes d'utilité publique affectant l'utilisation du sol et figurant sur une liste dressée par décret en Conseil d'État. " Aux termes de l'article L. 153-60 du même code : " Les servitudes mentionnées à l'article L. 151-43 sont notifiées par l'autorité administrative compétente de l'Etat (..) au maire. Ceux-ci les annexent sans délai par arrêté au plan local d'urbanisme. A défaut, l'autorité administrative compétente de l'Etat est tenue de mettre le () le maire en demeure d'annexer au plan local d'urbanisme les servitudes mentionnées au premier alinéa. " Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I. L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones. / II. - Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; () / 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences () ". Enfin, aux termes de l'article L. 562-4 du code de l'environnement : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan local d'urbanisme, conformément à l'article L. 153-60 du code de l'urbanisme. () ".

8. Il résulte de ces dispositions que, dans les zones délimitées par un plan de prévention des risques naturels prévisibles, les prescriptions auxquelles un tel plan subordonne une construction en application des 1° et 2° du II de l'article L. 562-1 du code de l'environnement s'imposent directement aux autorisations de construire, qui ne sauraient être légalement accordées lorsque ces prescriptions sont méconnues. Par ailleurs, en application de l'article L. 562-4 du code de l'environnement, le plan de prévention approuvé vaut servitude d'utilité publique annexée au document local d'urbanisme. Il appartient donc aux auteurs de ce document de s'assurer que le classement des terrains est cohérent avec les prescriptions du plan de prévention des risques d'inondation en vigueur.

9. Les requérants soutiennent que le classement en zone U est incohérent avec les servitudes d'utilité publique existantes sur la parcelle liées aux contraintes environnementales et risques de mouvements de terrains. Il est vrai que le plan de prévention des risques de mouvements de terrain approuvé le 16 juin 2010 identifie la partie de la parcelle LP n° 26 classée en zone UD2a comme étant intégralement soumise aux risques de mouvements de terrain. En particulier, si le Nord de cette parcelle est classé en zone de danger Rmt, dans laquelle toute construction nouvelle est interdite, car fortement exposée aux différents risques de mouvements de terrain, glissements, éboulements et coulées boueuses associées, une autre partie est classée en zone bleu de danger, bg2, zone d'aléa modéré de glissements de terrain et de coulées boueuses associées et enfin une autre partie en zone bleue bg1 de précaution qui correspond à une zone d'aléa modéré de glissements de terrain. Les constructions nouvelles sont autorisées en zones Bg1 et Bg2 sous condition qu'aucun rejet d'eau ne soit effectué sur le terrain, " les eaux usées pluviales et de drainage doivent être évacuées vers un réseau collectif ou un émissaire ". Le règlement du plan de prévention des risques de mouvements de terrain ajoute, s'agissant de la zone Bg1, que le rejet des eaux usées doit être fait via un émissaire naturel lorsqu'aucun réseau collectif n'est présent.

10. Toutefois il résulte de l'analyse de ces servitudes que, contrairement à ce que prétendent les requérants, la majeure partie de la superficie de la parcelle LP n° 26, identifiée en zone Bg1 et Bg2, reste constructible sous réserve du respect de certaines conditions qui s'apprécieront au stade de l'instruction des demandes d'autorisation d'urbanisme. Par suite, alors que les risques présents sur la parcelle ne présentent pas une intensité telle qu'elle ferait obstacle à son urbanisation, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir d'une incohérence du zonage sur ce point.

11. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les auteurs du plan local d'urbanisme ont pris en compte le classement au patrimoine mondial de l'UNESCO du Canal du Midi et particulièrement des écluses de Fonseranes, qui se trouvent en situation de co-visibilité avec la parcelle cadastrée section LP n° 26. En effet, le règlement graphique matérialise la zone sensible du Canal du Midi et le règlement écrit précise que " La zone dite " sensible " du Canal du Midi sera préservée par un classement au titre de l'article L.151-19. Toute intervention dans cette zone est soumise à l'avis du pôle canal. ". Dans ces conditions, alors que cette co-visibilité n'exclut pas la constructibilité du secteur, les requérants ne sont pas davantage fondés à se prévaloir d'une incohérence du zonage sur ce point.

12. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que la commune a décidé de protéger le secteur des Fonseranes et de classer en zone agricole la quasi-intégralité de ce secteur jusqu'alors classé en zone à urbaniser, il ressort également du rapport de présentation du dossier de plan local d'urbanisme s'agissant du secteur UD que " les dispositions du PLU visent à organiser le comblement des dents creuses répertoriées au sein de ces tissus principalement sous forme de logements individuels notamment, sans que toutefois cela puisse dégrader les paysages urbanisés observés ". Il résulte des éléments graphiques joints au dossier que le découpage litigieux de la parcelle LP n° 26 a pour effet de classer en zone U la partie de la parcelle qui s'intègre dans un sous-secteur cohérent déjà construit et ainsi de procéder, conformément au parti d'aménagement retenu, au comblement d'une dent creuse.

13. Dans ces conditions, compte tenu des objectifs et des servitudes qu'imposent les documents d'urbanisme précités et du parti pris d'urbanisme retenu par les auteurs du plan, le classement de la parcelle LP n° 26 en zone UD2a ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation ni ne révèle un détournement de pouvoir et ce alors même que le zonage décidé a été sollicité par le propriétaire de la parcelle.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération en tant qu'elle procède pour partie au classement de la parcelle cadastrée section LP n°26 en zone UD2a du plan local d'urbanisme.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Béziers, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme M et autres est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme M, à M. et Mme J, à Mme K, à M. G, à M. E, à M. et Mme C, à M. et Mme H, à M. et Mme D, à Mme L, à M. et Mme B et à la commune de Béziers.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lison Rigaud, présidente,

Mme Isabelle Pastor, première conseillère,

M. François Goursaud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.

La rapporteure

I. Pastor La présidente,

L. Rigaud

La greffière,

M. I

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 22 décembre 2022.

Le greffier,

M. I.

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