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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103041

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103041

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantGUY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juin 2021 et 26 juin 2023, Mme G H B veuve E, représentée par Me Guy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de non opposition à déclaration préalable à la réalisation de travaux délivré à la SCI Mylanel en date du 17 décembre 2020, ensemble la décision en date du 20 avril 2021 rejetant expressément son recours gracieux du 12 février 2021 ;

2°) de condamner solidairement la commune de Cazouls-les-Béziers et la SCI Mylanel à lui verser une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle détient un intérêt pour agir ;

- l'arrêté est entaché d'un vice d'incompétence de son auteur ;

-l'arrêté, qui est assorti d'une prescription, est insuffisamment motivé en méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- le dossier de déclaration préalable est incomplet au regard des articles R431-35 et 36 du code de l'urbanisme ;

- les travaux décrits sont de nature à porter atteinte à la sécurité publique et leur autorisation a été accordée en méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et des articles A3 et N3 du règlement du PLU ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les prescriptions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, de l'article V des dispositions générales du règlement du PLU et des articles A11 et N11 du règlement du PLU.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2021, la SCI Mylanel conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la pose d'une clôture a été nécessaire pour mettre fin aux passages répétés du tracteur du conjoint de la requérante sur sa propriété alors qu'il n'existe aucune servitude de passage ;

- depuis la réalisation de la clôture, l'activité maraîchère sur les parcelles de la requérante se poursuit sans difficulté par les voies de circulation existantes adaptées aux véhicules agricoles.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2022, la commune de Cazouls-les-Béziers, représentée par Me Moreau, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme E à lui verser une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté, qui ne contient qu'un simple rappel d'une obligation légale, est inopérant ;

- les autres moyens invoqués ne sont pas fondés ;

- si nécessaire, il appartiendra au tribunal de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Par courrier du 29 août 2023, les parties ont été informées, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, que le tribunal est susceptible de retenir que les moyens tirés de ce que le dossier de déclaration était incomplet et de ce que le projet, qui prévoit d'édifier une clôture simplement grillagée, ne respecte pas les dispositions générales et les articles A 11 et N 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune sont fondés, d'estimer que ces illégalités sont susceptibles d'être régularisées et en conséquence, de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il aura fixé pour cette régularisation.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Couégnat, rapporteure,

- les conclusions de M. Goursaud, rapporteur public,

- les observations de Me Bellotti, représentant la commune de Cazouls-les Béziers.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 novembre 2020, la SCI Mylanel a déposé une déclaration préalable pour la pose d'une clôture, d'un portillon et de portails sur sa propriété située au hameau des Combelles à Cazouls-les-Béziers. Par un arrêté du 17 décembre 2020, le maire de Cazouls-les-Béziers n'a pas fait opposition à cette déclaration préalable. Par courrier du 12 février 2021 le conseil de Mme E a formé un recours gracieux contre cet arrêté. Par un courrier du 20 avril 2021 émanant de son conseil, le maire a rejeté ce recours gracieux. Par la présente requête, Mme E demande l'annulation de l'arrêté du 17 décembre 2020 et de la décision du 20 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté du 17 décembre 2020 a été signé par M. C D, adjoint au maire de Cazouls-les-Béziers. Par un arrêté du 3 juin 2020 produit par la commune à l'appui de son mémoire en défense, le maire de Cazouls-les-Béziers a accordé à M. D son 5ème adjoint, en cas d'absence ou d'empêchement, une délégation de fonctions incluant délégation de signature dans le domaine notamment de l'urbanisme, laquelle est suffisamment précise. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le maire n'aurait pas été absent ou empêché. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit donc être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. () Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions () ". L'article R. 424-5 du même code dispose que : " () Si la décision comporte rejet de la demande, si elle est assortie de prescriptions ou s'il s'agit d'un sursis à statuer, elle doit être motivée. () ".

4. En mentionnant à l'article 2 de son arrêté du 17 décembre 2020 que " La mise en place du portail sur la parcelle I 922 est autorisée sous réserve de l'article 701 du Code Civil : " Le propriétaire du fonds servant ne peut rien faire qui tende à diminuer l'usage de la servitude ou à la rendre plus incommode ". ", le maire doit être regardé comme s'étant borné à rappeler que les autorisations d'urbanisme sont délivrées sous réserve des droits des tiers. Cette mention ne constitue donc pas une prescription. L'obligation de motivation prévue par les dispositions citées au point précédent ne s'applique ainsi pas à l'acte contesté. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté est dès lors inopérant et doit être écarté.

5. Aux termes de l'article R. 431-35 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors applicable : " La déclaration préalable précise : a) L'identité du ou des déclarants, qui comprend son numéro SIRET lorsqu'il s'agit d'une personne morale en bénéficiant et sa date de naissance lorsqu'il s'agit d'une personne physique ; b) La localisation et la superficie du ou des terrains ; c) La nature des travaux ou du changement de destination ; d) S'il y a lieu, la surface de plancher et la destination et la sous-destination des constructions projetées définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; e) Les éléments, fixés par arrêtés, nécessaires au calcul des impositions ; () La déclaration comporte également l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R*423-1 pour déposer une déclaration préalable. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ". Aux termes de l'article R. 431-36 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Le dossier joint à la déclaration comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; () Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10, à l'article R. 431-14, aux b et g de l'article R. 431-16 et aux articles R. 431-18, R. 431-18-1, R. 431-21, R. 431-23-2, R. 431-25, R. 431-31 à R. 431-33 et R. 431-34-1.() Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente. ".

6. Le pétitionnaire a joint à son dossier de déclaration préalable plusieurs plans (de situation, cadastral, photographie aérienne) dont l'un, annoté et légendé, permettant de voir le linéaire concerné par la pose de la clôture ainsi que le positionnement du portillon et des portails et la haie végétale existante. Un autre plan comporte les références cadastrales, les surfaces des parcelles et les cotations des longueurs des limites parcellaires. Si le pétitionnaire a également joint quatre photographies, sur lesquelles a été reporté sous forme d'un quadrillage le dessin de la clôture projetée, ces éléments sont toutefois insuffisants pour permettre au service instructeur de s'assurer du respect de la réglementation locale relative aux clôtures, compte tenu de l'absence de tout élément permettant d'apprécier la hauteur précise de la clôture à édifier, ainsi que la nature des matériaux envisagés et les teintes utilisées. Le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de déclaration préalable doit donc être accueilli.

7. Il ressort des pièces du dossier que les travaux décrits dans la déclaration préalable déposée par la SCI Mylanel visent à clôturer une partie des trois parcelles cadastrées I 921, 922 et 924 lui appartenant et non un chemin d'exploitation. Contrairement à ce que soutient la requérante, les parcelles lui appartenant sont accessibles à partir de la voie publique au sud du hameau des Combelles. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la pose de la clôture et des portails sur les limites de la propriété de la SCI serait de nature à restreindre les possibilités d'accès des services de secours à sa propriété, aux parcelles de la requérante ni aux autres constructions du hameau. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'atteinte à la sécurité publique, en violation des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et des articles 3 des règlements des zones N et A du plan local d'urbanisme de la commune ne peut qu'être écarté.

8. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". L'article V- Clôtures des dispositions générales du règlement du PLU de Cazouls-les-Béziers dispose que : " Les clôtures doivent, par leurs dimensions et la nature des matériaux, être en harmonie avec le caractère des immeubles avoisinants. Concernant les dispositions obligatoires en zone inondable : " les clôtures et les plantations d'alignement doivent être étudiées de façon à leur préserver une transparence maximale à l'écoulement ". Elles auront une hauteur maximum de 1 mètre en mur bahut et pourront être surmontées d'un grillage rigide ou d'une grille ouvragée et doublée d'une haie végétale. La hauteur totale de l'ensemble n'excédera pas 1,80 mètre. ". Aux termes du point 3 de l'article A 11 relatif à l'aspect extérieur du règlement applicable à la parcelle cadastrée I 924 : " 3- Les clôtures. a) Les clôtures sur rue et espace libre public : Elles seront constituées soit d'un mur plein en maçonnerie, soit composées d'un mur bahut de 1m de haut surmonté d'une grille qui doit conférer à l'ensemble du mur une hauteur maximale totale de 2m. La teinte des enduits des parties du mur en maçonnerie sera identique à celle des parties maçonnées des constructions nouvelles autorisées au chapitre §1 de l'article A 1. La teinte des grilles pourra être cependant de couleur différente à celle des enduits. En règle générale, on évitera tout couronnement en tuiles. b) Les clôtures en limites séparatives : La teinte des enduits des parties de mur en maçonnerie sera identique à celle des clôtures sur rue et espace libre public ". Aux termes de l'article N 11 relatif à l'aspect extérieur du règlement applicable aux parcelles cadastrées I 921 et 924 : " L'aspect extérieur ainsi que le volume des extensions ou constructions autorisées devront se conformer à l'état initial du bâtiment existant dans un souci d'intégration paysagère. ".

9. Il ressort des termes cités au point 8 des dispositions particulières des zones N et A qu'elles ne dérogent pas aux dispositions générales du règlement qui prévoient, hors zone inondable comme en l'espèce, que les clôtures doivent être constituées d'un mur bahut d'une hauteur maximum de 1 mètre, qu'il est possible de surmonter d'un grillage rigide ou d'une grille ouvragée et doublée d'une haie végétale, dans la limite d'une hauteur totale de 1,80 m. A outre, compte tenu de l'imprécision du dossier notamment quant à la nature et à la couleur des matériaux envisagés, et en l'état du dossier, le projet, qui ne peut être regardé comme présentant une harmonie avec le caractère des immeubles avoisinants, est de nature à porter atteinte au caractère des lieux avoisinants. Dans ces conditions, en l'état du dossier, les moyens tirés de ce que le projet, qui prévoit d'édifier une clôture simplement grillagée, ne respecte pas les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ni les dispositions générales et celles des articles A 11 et N 11 du règlement du plan local d'urbanisme doivent être accueillis.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

11. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

12. Les vices tenant à l'incomplétude du dossier de déclaration préalable et à la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et du règlement local d'urbanisme relatives aux clôtures sont susceptibles de régularisation par le dépôt d'une déclaration préalable modificative. Les parties ont été avisées de cette possibilité et invitées à présenter leurs observations. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir à la SCI Mylanel un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement aux fins d'obtenir la régularisation de l'arrêté du 17 décembre 2020 sur ces points.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la légalité de l'arrêté du 17 décembre 2020 du maire de Cazouls-les-Béziers de non opposition à la déclaration préalable à la réalisation de travaux déposée par la SCI Mylanel jusqu'à l'expiration du délai fixé à l'article 2 du présent jugement.

Article 2 : Le délai dans lequel la régularisation de la déclaration préalable doit être notifiée au tribunal est fixé à deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Tous droits et moyens sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E, à la commune de Cazouls-les Béziers et à la SCI Mylanel.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Fabienne Corneloup, présidente,

Mme Michelle Couégnat, première conseillère,

M. Nicolas Huchot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure

M. Couégnat La présidente,

F. Corneloup

La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 21 septembre 2023

La greffière,

M. F.

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