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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103101

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103101

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103101
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantMARC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juin 2021 et 6 décembre 2022, M. A Cerviotti, représenté par Me Marc, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 avril 2021 par laquelle le président de la communauté de communes du Lodévois et Larzac a refusé de retirer l'arrêté du 17 février 2020 le plaçant en surnombre pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes du Lodévois et Larzac de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de communauté de communes du Lodévois et Larzac une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable, sa demande de retrait étant fondée sur l'article L. 242-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, la communauté de communes ne lui ayant pas proposé des postes créés postérieurement à son placement en surnombre et correspondant à ses compétences ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 25 février et 2 décembre 2022, la communauté de communes du Lodévois et Larzac, représentée par Me Constans, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. Cerviotti la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir :

- à titre principal, l'irrecevabilité de la requête ;

- à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. Cerviotti sont infondés.

Vu :

- le jugement n° 1800167 - 1801550 du tribunal administratif de Montpellier du 20 décembre 2019 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon, rapporteure,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Marc, représentant M. Cerviotti, et de Me Constans, représentant la communauté de communes du Lodévois et Larzac.

Considérant ce qui suit :

1. M. A Cerviotti, titulaire du grade d'ingénieur territorial principal, exerçait les fonctions de directeur des services techniques au sein de la communauté de communes du Lodévois et Larzac. Par une délibération du bureau communautaire du 9 novembre 2017, il a été décidé la suppression de son emploi, puis par arrêté du président du 10 janvier 2018, son maintien en surnombre pour une durée d'un an. Ces deux décisions ont été annulées par un jugement n° 1800167 - 1801550 du tribunal administratif de Montpellier du 20 décembre 2019, devenu définitif. Par une nouvelle délibération du 19 décembre 2019, le conseil communautaire a approuvé le tableau des effectifs impliquant, notamment, la suppression de l'emploi occupé par M. Cerviotti. Puis, par deux arrêtés du président du 17 février 2020, le requérant a été, d'une part, réintégré dans les effectifs à compter du 1er février 2018 et, d'autre part, maintenu en surnombre pour une durée d'un an, à compter de la notification de l'arrêté. Par un courrier du 25 février 2021, reçu le 2 mars suivant par la communauté de communes, M. Cerviotti a sollicité le retrait de l'arrêté du 17 février 2020 le maintenant en surnombre. Sa demande a été rejetée par une décision du président de la communauté de communes notifiée le 16 avril 2021, dont il demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5211-9 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable : " Le président est l'organe exécutif de l'établissement public de coopération intercommunale. / () Il est seul chargé de l'administration () Le président est le chef des services de l'établissement public de coopération intercommunale. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par Jean-Luc Requi qui, en qualité de président de la communauté de communes du Lodévois et Larzac, était compétent, en application des dispositions précitées du code général des collectivités territoriales, pour signer l'ensemble des actes relatifs à la gestion des services placés sous son autorité, au nombre desquels figure la décision contestée. Ainsi, le moyen invoqué manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, et d'une part, aux termes de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors en vigueur, désormais codifié aux articles L. 542-1 et suivants du code général de la fonction publique : " Dès lors qu'un emploi est susceptible d'être supprimé, l'autorité territoriale recherche les possibilités de reclassement du fonctionnaire concerné. / I. - Un emploi ne peut être supprimé qu'après avis du comité social territorial sur la base d'un rapport présenté par la collectivité territoriale ou l'établissement public. () Si la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi correspondant à son grade dans son cadre d'emplois ou, avec son accord, dans un autre cadre d'emplois, le fonctionnaire est maintenu en surnombre pendant un an. Pendant cette période, tout emploi créé ou vacant correspondant à son grade dans la collectivité ou l'établissement lui est proposé en priorité ; la collectivité ou l'établissement, la délégation régionale ou interdépartementale du Centre national de la fonction publique territoriale et le centre de gestion examinent, chacun pour ce qui le concerne, les possibilités de reclassement. Est également étudiée la possibilité de détachement ou d'intégration directe du fonctionnaire sur un emploi équivalent d'un autre cadre d'emplois au sein de la même collectivité ou de l'établissement. Sont également examinées les possibilités d'activité sur un emploi correspondant à son grade ou un emploi équivalent dans l'un des versants de la fonction publique. Au terme de ce délai, le fonctionnaire est pris en charge par le centre de gestion dans le ressort duquel se trouve la collectivité ou l'établissement () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 242-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Sur demande du bénéficiaire de la décision, l'administration peut, selon le cas et sans condition de délai, abroger ou retirer une décision créatrice de droits, même légale, si son retrait ou son abrogation n'est pas susceptible de porter atteinte aux droits des tiers et s'il s'agit de la remplacer par une décision plus favorable au bénéficiaire ". En vertu des règles générales applicables au retrait des actes administratifs, l'auteur d'une décision individuelle expresse créatrice de droits ne peut légalement la rapporter, à la condition que cette décision soit elle-même illégale, que dans le délai de quatre mois suivant la date à laquelle elle a été prise. En dehors de cette hypothèse, l'auteur de la décision peut procéder à son retrait, pour lui substituer une décision plus favorable, lorsque le retrait est sollicité par le bénéficiaire de cette décision et qu'il n'est pas susceptible de porter atteinte aux droits des tiers. Lorsque ces conditions sont réunies, l'auteur de la décision, saisi d'une demande de retrait par le bénéficiaire, n'est pas tenu de procéder au retrait, alors même que la décision serait entachée d'illégalité. Il apprécie, sous le contrôle du juge, s'il peut procéder ou non au retrait, compte tenu tant de l'intérêt de celui qui l'a saisi que de celui du service.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que pour refuser le retrait de l'arrêté du 17 février 2020 sollicité par M. Cerviotti, le président de la communauté de communes s'est fondé sur les motifs tirés de ce que cet arrêté a déjà purgé l'intégralité de ses effets, a été pris en application d'une délibération devenue définitive et qu'aucune ouverture de poste au grade d'ingénieur territorial n'est intervenue depuis. Or, la seule circonstance qu'une décision ait déjà produit tous ses effets ne fait pas obstacle, par elle-même, à procéder à son retrait, entraînant sa disparition rétroactive. En outre, la circonstance que la délibération du 19 décembre 2019, prononçant notamment la suppression de l'emploi occupé par M. Cerviotti, soit devenue définitive, ne fait pas davantage obstacle au retrait demandé, dès lors que celui-ci n'aurait pas pour effet de remettre en cause l'organisation du service telle que décidée par le conseil communautaire. Toutefois, si l'intéressé fait état d'une création, le 16 janvier 2020, d'un emploi d'agent chargé de la gestion et du suivi de la facturation, il ressort des pièces du dossier qu'il s'agissait d'un emploi relevant de la catégorie C alors que M. Cerviotti relève de la catégorie A. En outre, le requérant se prévaut également de la publication, le 30 mars 2020, d'une fiche de poste pour un emploi de chargé de projet sur la revitalisation du centre bourg de Lodève, relevant de la catégorie A et de la filière administrative. Or, si la communauté de communes ne conteste pas qu'elle aurait pu, à tout le moins, lui proposer cet emploi, relevant d'un cadre d'emploi distinct du sien, M. Cerviotti, qui fait valoir ses compétences en matière d'urbanisme, n'établit pas qu'il a fait candidature spontanée pour ce poste et il ne ressort pas des pièces du dossier que cet emploi était toujours vacant à la date du refus litigieux, le 14 avril 2021. Par conséquent, l'autorité territoriale pouvait, dans l'intérêt du service, faute d'emploi équivalent à celui naguère détenu par le requérant, opposer un refus à la demande de retrait de ce dernier, en application des dispositions et principe précités, et maintenir l'intéressé en surnombre. Dans ces conditions, M. Cerviotti n'est pas fondé à soutenir que le président de la communauté de communes du Lodévois et Larzac, en prenant la décision attaquée, a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 242-4 du code des relations entre le public et l'administration.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. Cerviotti sont rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. Cerviotti la somme réclamée par la communauté de communes du Lodévois et Larzac sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. Cerviotti est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes du Lodévois et Larzac sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A Cerviotti et à la communauté de communes du Lodévois et Larzac.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gayrard, président,

Mme Pastor, première conseillère,

Mme Delon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

La rapporteure,

E. Delon

Le président,

J-P. GayrardLa greffière,

B. Flaesch

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 20 octobre 2023.

La greffière,

B. Flaesch

il

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