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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103140

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103140

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHEBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 juin 2021, 28 et 31 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Hébert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2020-1110 du 9 février 2021 par lequel le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Aude lui a infligé un blâme ;

2°) de mette à la charge du SDIS de l'Aude la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est insuffisamment motivée en fait ; il n'a jamais été informé de la tenue d'une enquête administrative, dont il n'a pas obtenu communication de ses conclusions ;

- la matérialité des faits n'étant pas établie, il n'a commis aucune faute susceptible de justifier une sanction ; il n'a été donné aucune suite judiciaire à la plainte pénale qui a été déposée ; il est victime d'une rumeur et d'une vengeance menée par l'un des sapeurs-pompiers féminins de la caserne avec qui il a eu une relation consentie ; les pièces du dossier ne permettent pas d'établir la matérialité des faits qui lui sont reprochés ;

- deux courriers arrivés tous les deux le 11 août 2020, ont été rédigés de la même main ;

- la sanction prononcée est disproportionnée au regard des faits qui la motivent.

Par des mémoires, enregistrés les 13 janvier et 17 novembre 2022, le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de l'Aude, représenté par Me Noray-Espeig, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

En application de l'article R. 611-11-1 et du dernier alinéa de l'article R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction a été fixée au 21 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2016-1177 du 30 août 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

- et les observations de Me Hébert, représentant M. B, et de Me Santini, pour le service départemental d'incendie et de secours de l'Aude.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er novembre 2015 M. A B a été recruté dans le cadre d'emploi des sapeurs-pompiers professionnels de l'Aude en qualité de sapeur-pompier professionnel de 1ère classe stagiaire et a été affecté au centre de secours principal de Narbonne. Par un arrêté du 21 octobre 2016, son stage a été prolongé pour une durée d'un an à compter du 1er novembre 2016 en précisant que la titularisation pourra être prononcée après que le stagiaire ait validé la formation d'intégration d'équipier de sapeurs-pompiers professionnels, avec effet à la date prévue de fin du stage compte non tenu de sa prolongation. Par un arrêté du 1er juillet 2017 il a été titularisé en qualité de sapeur de 1ère classe du cadre d'emploi des sapeurs-pompiers professionnels puis a été nommé, à compter du 1er janvier 2017, caporal des sapeurs-pompiers professionnels. Par un courrier du 16 septembre 2020, il était informé de l'engagement à son encontre d'une procédure disciplinaire eu égard à une attitude irrespectueuse et déplacée envers plusieurs sapeurs-pompiers volontaires féminins et ses droits lui étaient notifiés. Le 16 septembre 2020, à l'issue d'une enquête administrative interne, le président du conseil d'administration du service départemental d'incendie et de secours de l'Aude décidait de prendre à son encontre un blâme.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () ; / 2° Infligent une sanction ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. / () L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ".

3. Il résulte des dispositions précitées que le législateur a entendu imposer à l'autorité qui prononce une sanction l'obligation de préciser elle-même dans sa décision les griefs qu'elle entend retenir à l'encontre de la personne intéressée, de sorte que cette dernière puisse à la seule lecture de la décision qui lui est notifiée connaître les motifs de la sanction qui la frappe.

4. La décision attaquée vise les lois n° 83-634 du 13 juillet 1983 modifiée, portant droits et obligation des fonctionnaires, n° 84-53 du 26 janvier 1984 modifiée, portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, ainsi que le décret n° 90-850 du 25 septembre 1990 portant dispositions communes à l'ensemble des sapeurs-pompiers professionnels, rappelle que, par courrier en date du 21 septembre 2020, il a été informé de la procédure disciplinaire engagée à son encontre, du droit à communication de son dossier et de la possibilité de se faire assister par le défenseur, qu'il a eu communication de son dossier individuel 29 septembre 2020 à 11 heures 30. La décision attaquée indique ensuite les faits reprochés à l'intéressé, à savoir une attitude irrespectueuse et déplacée envers plusieurs sapeurs-pompiers volontaires féminins et les raisons pour lesquelles l'autorité investie du pouvoir disciplinaire a estimé qu'ils étaient de nature à justifier la sanction prononcée. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige est insuffisamment motivée en fait.

5. Une erreur ou une omission dans les visas d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. M. B n'est pas fondé à se prévaloir de ce que la décision attaquée ne mentionne pas qu'une enquête administrative a été diligentée. S'il soutient par ailleurs ne pas avoir été informé de la tenue de cette enquête dont les conclusions ne lui auraient pas été communiquées, outre qu'il ne se prévaut d'aucun texte qui aurait été méconnu lui en prescrivant la communication, il est constant que ladite enquête à laquelle il a participé le 25 août 2020 a donné lieu à un compte-rendu le 28 août suivant, document dont le requérant a eu communication le 29 septembre 2020 ainsi que le relève expressément l'arrêté en litige.

6. D'une part, il appartient à l'autorité investie du pouvoir disciplinaire d'apporter la preuve de l'exactitude matérielle des griefs invoqués. D'autre part, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

7. La répression disciplinaire et la répression pénale s'exercent distinctement. La circonstance invoquée par M. B que les faits à l'origine desquels ont été prononcés la sanction disciplinaire aient fait l'objet d'une plainte pénale plainte qui n'a donné lieu à aucune suite judiciaire n'est pas de nature à démontrer que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire se serait fondée sur des faits matériellement inexacts, ni à la priver de son pouvoir de sanction, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire n'étant pas liée par la décision intervenue au pénal, sauf en ce qui concerne la constatation matérielle des faits.

8. Il ressort des pièces du dossier et notamment de quatre compte-rendu adressés au chef de centre du SDIS de l'Aude les 3, 6 et 11 août 2020 attestant de l'attitude et du comportement de M. B à l'égard de sapeurs-pompiers volontaires féminins, que ce dernier s'est livré à des questionnements indiscrets sur la vie privée du personnel féminin, a eu des propositions déplacées visant à les isoler dans des lieux de la caserne en vue d'obtenir des faveurs de nature sexuelles et s'est permis des attouchements inappropriés, abusant au passage de la faiblesse d'une de ces personnes. De tels faits dont la matérialité est suffisamment établie par ces témoignages circonstanciés et concordants procèdent d'une attitude irrespectueuse et déplacée envers ces agents publics féminins. De tels faits, dénués de tout lien avec les exigences du service, sont de nature, à justifier, dans son principe, une sanction disciplinaire. La circonstance que deux personnels féminins du CSP de Narbonne ont relevé le caractère respectueux de l'intéressé à leur égard et n'être à l'origine d'aucun geste déplacé, dont l'une émane d'un agent ayant un grade supérieur à celui du requérant, n'est pas de nature à combattre la matérialité des faits. D'ailleurs, dans son courrier du 30 septembre 2020 adressé au directeur du SDIS de l'Aude, M. B a reconnu avoir échangé quelques messages tout en précisant n'avoir jamais été insistant et sans être suivis de faits ce qui démontre la réalité des faits dénoncés par ces trois agents féminins. Antérieurement aux faits incriminés, il ressort des pièces du dossier que M. B avait déjà été signalé par sa hiérarchie pour des comportements irrespectueux perpétrés au mois de décembre 2016 vis à vis de deux collègues auxiliaires de régulation médicale et s'est vu notifier, le 3 avril 2018, un avertissement pour ne pas avoir replié le mât d'un véhicule avant de le stationner dans le garage de la caserne. Compte tenu de ce qui précède, eu égard aux faits sus relatés, de M. B vis-à-vis de l'institution qu'il représente et à son comportement, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire n'a pas, dans les circonstances de l'espèce, et au regard du pouvoir d'appréciation dont elle disposait, pris une sanction disproportionnée en lui infligeant un blâme, sanction du premier groupe.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que la somme réclamée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens soit mise à la charge du SDIS de l'Aude, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros à verser au SDIS de l'Aude, au titre des frais exposés par lui en défense, sur le fondement de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera une somme de 1 500 euros au SDIS de l'Aude sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au service départemental d'incendie et de secours de l'Aude.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

Le rapporteur,

M. Rousseau

Le président,

D. Besle La greffière,

C. Arce

La République mande et ordonne au préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 7 février 2023

La greffière,

C. Arce

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