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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103274

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103274

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMARGALL, D'ALBENAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2021, Mme D A, représentée par Me D'Albenas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire d'Azille, agissant au nom de l'Etat, a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction aux règles d'urbanisme à l'encontre de M. B C ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Azille de dresser un procès-verbal d'infraction et, en cas de carence de celui-ci, au préfet de l'Aude, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à venir ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Azille et du préfet de l'Aude la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- M. C a réalisé des travaux sans autorisation d'urbanisme consistant en la construction d'une arche de près de 2 mètres de hauteur, en parpaing, venant s'appuyer contre le mur de sa maison ;

- le fait d'exécuter des travaux sans l'autorisation d'urbanisme requise ou en méconnaissance d'un plan local d'urbanisme constitue une infraction ;

- le refus implicite du maire de faire dresser un procès-verbal d'infraction est entaché d'illégalité ;

- la construction de l'arche est contraire aux dispositions des articles AU 7, AU 8, AU 11 du règlement du PLU et de l'article L. 610-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire enregistré le 26 juillet 2021, M. C conclut au rejet de la requête, à ce qu'il soit ordonné, d'une part, la démolition de la maison de Mme A, d'autre part, le retour dans l'espace public de la partie de terrain qu'elle s'est illégalement appropriée et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à sa charge en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en faveur de la commune d'Azille.

Il soutient que :

- la base de l'arche qui ne touche en aucun cas la maison de Mme A est dispensée de toute formalité en application de l'article R. 421-2 du code de l'urbanisme ;

- la maison de la requérante ne respecte pas les prescriptions de l'article AU 7 ;

- la requérante s'est appropriée l'espace public à front de rue, devant servir de parking public, qui fait partie intégrale de son jardin.

Par un mémoire enregistré le 15 septembre 2021, la commune d'Azille, représentée par Me Merland, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'aucune décision implicite de rejet n'est née au 16 avril 2021 ;

- les travaux engagés par M. C relatifs à l'installation d'un portail ne nécessitent aucune autorisation d'urbanisme ;

- n'étant pas une construction les dispositions des articles AU 7 et AU 8 du règlement du PLU ne s'appliquent pas aux travaux dénoncés par la requérante et les dispositions de l'article AU 11 du règlement, qui prévoient que la hauteur totale des clôtures ne doit pas excéder 1,50 mètre, ne sont pas méconnues dès lors qu'elles ne réglementent que les clôtures en elles-mêmes et non pas le portail qui pourrait y être incorporé ; ainsi en l'absence d'infraction, le maire ne pouvait pas faire droit à la demande de Mme A.

Par des mémoires enregistrés les 23 septembre et 5 novembre 2021 et 7 mars 2023, le préfet de l'Aude, conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'un procès-verbal d'infraction a été dressé et qu'il va être transmis au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Carcassonne.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice, que conclusions à fin d'injonction de M. C ne sont pas présentées accessoirement à des conclusions à fin d'annulation d'une décision administrative formées devant le juge de l'excès de pouvoir dès lors qu'elles sont dirigées contre une personnes privée, dans le cadre d'un conflit de voisinage, dont la compétence échappe à la juridiction administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Rousseau, premier conseiller,

- les conclusions de M. Lafay, rapporteur public,

- et les observations de Me Teles, représentant Mme A, et de Me Lenoir pour la commune d'Azille.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A est propriétaire sur le territoire de la commune d'Azille de la parcelle bâtie située au 8 rue Claude Nougaro. Son voisin immédiat, M. C, dont la propriété, au numéro 9 de cette rue, est contiguë, a déposé le 28 novembre 2016 auprès des services de la commune d'Azille une déclaration préalable de travaux portant, d'une part, sur la réalisation d'une piscine et, d'autre part, sur la construction d'une extension d'une maison d'habitation. Cette déclaration préalable de travaux qui a fait l'objet d'une décision tacite de non-opposition née le 28 janvier 2017 a été annulée par un jugement de ce tribunal du 22 octobre 2019 devenu définitif au motif que les travaux autorisés relevaient du régime du permis de construire. M. C a alors déposé, le 11 septembre 2020, une demande de permis de construire pour l'extension de sa maison d'habitation que lui a accordé le maire d'Azille par un arrêté du 4 décembre 2020. Au cours du mois de novembre 2020, Mme A a constaté la réalisation, sans autorisation d'urbanisme, d'une arche maçonnée de près de 2 mètres de hauteur collée à sa propriété. Le 16 février 2021, Mme A, par l'intermédiaire de son conseil, a saisi le maire d'Azille par courrier recommandé aux fins de faire dresser un procès-verbal d'infraction. Sa demande a été implicitement rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal ". Aux termes de l'article L. 480-2 du même code : " L'interruption des travaux peut être ordonnée soit sur réquisition du ministère public agissant à la requête du maire, du fonctionnaire compétent ou de l'une des associations visées à l'article L. 480-1, soit, même d'office, par le juge d'instruction saisi des poursuites ou par le tribunal correctionnel.() Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. Copie de cet arrêté est transmise sans délai au ministère public. () Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public () Les pouvoirs qui appartiennent au maire, en vertu des alinéas qui précèdent, ne font pas obstacle au droit du représentant de l'Etat dans le département de prendre, dans tous les cas où il n'y aurait pas été pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, toutes les mesures prévues aux précédents alinéas.". Aux termes de l'article L. 480-4 de ce code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé () ".

3. L'autorité compétente est tenue de dresser un procès-verbal en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme lorsqu'elle a connaissance d'une infraction mentionnée à l'article L. 480-4, résultant soit de l'exécution de travaux sans les autorisations prescrites par le livre IV du code, soit de la méconnaissance des autorisations délivrées.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'un procès-verbal d'infraction a été dressé à l'encontre de M. C en application des dispositions de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme le 27 octobre 2021 par un agent de la direction départementale des territoires et de la mer de l'Aude. La décision de refus du maire d'Azille de dresser un procès-verbal d'infraction est donc devenue caduque. Dans ces conditions, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par Mme A sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Hormis les cas limitativement énumérés par la loi, étrangers à la présente instance, il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à des personnes privées. Les conclusions de M. C tendant à ce qu'il soit ordonné à Mme A la démolition de sa maison d'habitation et à ce qu'elle remette dans l'espace public la partie de terrain qu'elle se serait illégalement appropriée sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. L'article L. 761-1 du code de justice administrative dispose que : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge des parties les frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation du refus du maire d'Azille de faire dresser un procès-verbal d'infraction aux règles d'urbanisme à l'encontre de M. C.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par la commune d'Azille et M. C sont rejetés.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme D A, à la commune d'Azille, au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales et à M. C.

Copie en sera adressée au préfet de l'Aude.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Encontre, présidente,

Mme Teuly-Desportes, première conseillère,

M. Rousseau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

Le rapporteur,

M. ROUSSEAU

La présidente,

S. ENCONTRE La greffière,

C. ARCE

La République mande et ordonne au ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 14 avril 2023

La greffière,

C. ARCE

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