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AccueilJurisprudence administrativeN° TA34-2103307

Tribunal Administratif de Montpellier — Décision N° TA34-2103307

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montpellier
SectionTribunal Administratif de Montpellier
N° DossierTA34-2103307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP COULOMBIE, GRAS, CRETIN, BECQUEVORT, ROSIER, SOLAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 juin 2021 et 21 novembre 2022, la société Hectare, représentée par la SCP Bedel de Buzareingues-Boillot et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2021 par lequel le maire de la commune de Lunel a refusé de lui délivrer un permis d'aménager un lotissement, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux du 26 février 2021.

2°) de mettre à la charge de la commune de Lunel une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Elle soutient que :

- l'arrêté ne vise pas la délégation donnée à sa signataire ; la compétence du signataire devra être démontrée par la production d'un arrêté ayant été publié ;

- le motif de refus tiré de l'existence d'un risque au titre de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme est illégal ; le projet n'est pas situé dans une zone à risque d'inondation et il a fait l'objet d'une déclaration au titre de la loi sur l'eau à laquelle le préfet ne s'est pas opposé ;

- le motif de refus fondé sur l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme est illégal, car entaché d'erreur de droit et d'erreur de fait, dès lors que le projet nécessite un simple raccordement sans extension et que le délai des travaux a été communiqué par le concessionnaire du service public de l'électricité.

Par des mémoires en défense enregistrés les 4 octobre et 5 décembre 2022, la commune de Lunel, représentée par la SCP Coulombie, Gras, Cretin, Becquevort, Rosier, Soland, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Hectare une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Hectare ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Crampe, première conseillère,

- les conclusions de Mme Villemejeanne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Constantinides, représentant la société Hectare, et de Me Aldigier, représentant la commune de Lunel.

Considérant ce qui suit :

1. Le 3 novembre 2020, la société Hectare a demandé la délivrance d'un permis d'aménager un lotissement de 28 lots à bâtir, dont un lot collectif de 12 logements sociaux, sur un terrain constitué des parcelles cadastrées section BZ n°s 17, 18, 19, 239 et 240, situées en zone IIAUc du plan local d'urbanisme de la commune de Lunel. Le maire a opposé un refus de délivrer le permis d'aménager par arrêté du 28 janvier 2021, contre lequel la requérante a formé un recours gracieux réceptionné le 26 février 2021 et tacitement rejeté. Par sa requête, la société requérante demande l'annulation de l'arrêté portant refus de permis d'aménager du 28 janvier 2021 ainsi que de la décision qui rejette implicitement son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté du 10 juillet 2020, le maire de la commune de Lunel a donné à Mme A, signataire de l'arrêté en litige, délégation à l'effet de signer tous les actes se rapportant à sa délégation de fonctions, laquelle inclut la gestion du droit des sols. Cet arrêté porte, outre la mention de son affichage et de sa transmission au contrôle de légalité le 16 juillet suivant, l'indication dans son article 4 qu'il sera publié dans les formes légales, ainsi que l'indication " certifié exécutoire ". Cette disposition de l'arrêté relative à ses modalités de publication permet de présumer que l'affichage qu'il prescrit a été effectivement mis en œuvre. Mme A était donc compétente pour signer la décision attaquée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé où n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". En vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.

4. D'une part, si le projet n'est pas repéré comme étant situé dans une zone inondable par le plan de prévention des risques naturels d'inondation, au demeurant annulé par la cour administrative d'appel de Marseille par arrêt du 20 juin 2017, et si le projet est classé en zone d'aléa résiduel dans le porté-à-connaissance préfectoral adressé aux communes en 2015 et s'il n'est pas inscrit dans les zonages de scénarii des territoires à risques importants d'inondation (TRI) de Montpellier-Lunel-Mauguio-Palavas, ces circonstances ne s'opposent pas à la prise en compte des informations issues de documents non opposables, mais révélant l'existence d'un risque, pour l'application des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Il ressort des pièces du dossier que le lotissement projeté est situé à proximité du ruisseau de la Laune, dont le débordement a fait l'objet en 2017 d'une étude spéciale, à une échelle détaillée, aux termes de laquelle a été révélé un risque particulier affectant, notamment, les parcelles d'assiette du projet d'un aléa fort et modéré.

5. D'autre part, cette étude, réalisée dans le cadre d'un projet communal portant sur le secteur IAUe, situé au Nord du secteur IIAUc, tient compte de la crue centennale en intégrant l'hypothèse du dépassement de la capacité du premier bassin écrêteur de crue, et de ce que le second bassin projeté dans la zone n'a pas été réalisé. L'étude a permis d'établir une carte des zones inondées en cas de crue centennale. Si le rapport final établi par le bureau d'étude n'a été fourni à la commune qu'en avril 2022, ce rapport fait état du risque connu en janvier 2017, antérieurement à la date de la décision en litige. La présence d'un risque fort et modéré sur la parcelle d'assiette a été confirmée par une étude ultérieure du 12 mai 2021 qui, si elle repose sur un modèle hydraulique différent et des données actualisées, offre des conclusions relativement similaires et ne permet pas d'infirmer les données recueillies en 2017 à partir desquelles le maire a fondé sa décision. Ce risque d'inondation doit dès lors être regardé comme avéré, alors même que les études relatives au risque inondation sont élaborées en considérant les bassins ecrêteurs comme transparents, la requérante n'établissant, ni même n'alléguant, que le risque d'un débordement du ruisseau alors que le bassin serait déjà rempli, est nul ou que cette méthodologie, préconisée par les services de l'Etat aux bureaux d'étude, serait inappropriée à l'évaluation des risques d'inondation.

6. Enfin, si la société Hectare fait valoir que d'autres projets ont été autorisés, à proximité des siens, les éléments qu'elle produit, relatifs à l'extension de l'entreprise BIO-UV Group ou à l'implantation d'un magasin LIDL, soit des constructions à destination d'activité et non d'habitation, ne saurait faire regarder ces projets comme placés dans la même situation à l'égard du risque d'inondation que son projet de lotissement d'habitation.

7. Eu égard à la nature du risque ainsi révélé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il était possible au maire d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. Il en résulte que c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la maire de la commune de Lunel a opposé un refus sur le fondement de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. () ". Aux termes de l'article L. 332-15 de ce code : " () L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que l'avis rendu par l'opérateur Enedis sur le projet mentionne la nécessité d'une extension du réseau de distribution d'électricité d'une longueur de 335 mètres. Ce réseau ne saurait dès lors être regardé comme un équipement propre et la nécessité de son extension induit une contribution à la charge de la commune, qui a pu, à bon droit, opposer les dispositions précitées au motif qu'elle ne pouvait indiquer dans quel délai ces travaux à sa charge serait réalisés. Si la requérante fait valoir qu'une autre solution technique lui a été proposée, tendant à la réalisation d'un poste de transformation sur son terrain d'assiette, ce courrier d'Enedis du 17 novembre 2022 est postérieur à la décision attaquée et ne permet pas de regarder cette solution technique, qui n'entraînerait pas, selon le concessionnaire, de contribution pour la commune, comme existante à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme que le maire de Lunel a opposé un second motif tiré de ce que la commune n'était pas en mesure d'indiquer dans quel délai les travaux nécessaires au projet pourraient être mis en œuvre.

10. Il résulte de ce qui précède que la société Hectare n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 28 janvier 2021 par lequel le maire de la commune de Lunel a refusé de lui délivrer un permis d'aménager un lotissement, ni de la décision implicite rejetant son recours gracieux du 26 février 2021.

Sur les dépens :

11. La présente instance n'ayant pas donné lieu à dépens, les conclusions de la société requérante tenant à ce que la commune de Lunel supporte les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lunel, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, quelque somme que ce soit, au titre des frais exposés par la société Hectare et non compris dans les dépens.

13. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Hectare une somme de 1 500 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés par la commune de Lunel.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Hectare est rejetée.

Article 2 : La société Hectare versera à la commune de Lunel une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Lunel au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Hectare et à la commune de Lunel.

Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Besle, président,

Mme Crampe, première conseillère,

Mme Pastor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure

S. Crampe Le président,

D. Besle

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour expédition conforme,

Montpellier, le 16 mars 2023.

La greffière,

M. B

2

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